Carnets de route

Cette Tyrannie qui nous fait du mal

Ce weekend j’ai appris un nouveau mot: La Happycratie ou la Tyrannie du bonheur.

Et ça a fait écho immédiatement.
Pas besoin d’aller chercher bien loin. C’est la nouvelle injonction à la mode. Et si la quête du bonheur, du plaisir, de la joie est saine en soi, ne réduire nos vies qu’à cela me parait dangereux. D’ailleurs, le monde n’a jamais été aussi mal et vide de sens. Regardez autour de vous et dites moi combien vous voyez de gens vraiment bien dans leur peau et dans leurs pompes? Hors mise en avant de leur vie “parfaite” sur les réseaux sociaux.

Est-ce que les gens respirent vraiment la douceur de vivre? Est-ce que vous sentez les gens en phase avec leurs choix, leurs émotions, leur vie tout simplement?

Nous naissons tous avec une personnalité qui nous est propre, un environnement familial particulier, un arbre généalogique, un passif qui n’est pas le nôtre mais que nous portons quand même. Nous grandissons avec nos blessures, nos traumatismes, nos joies, nos peurs, nos réussites, nos goûts, nos valeurs, nos idéaux, nos programmes. Nous connaissons des hauts, des bas. Nous nous arrangeons chacun avec notre bagage. Nous sommes tous à différents instants de nos vies. Il n’y a pas un modèle, un moule. Ce qui est applicable à l’un ne le sera pas forcément à l’autre. Nous avons chacun notre propre carte du monde. Et celle ci n’est compréhensible par personne d’autre que nous.

Alors le bonheur là dedans, le bonheur tel un étendard, qu’il faut appliquer comme de l’Arnica sur une plaie. Dépasser ses blessures, prendre confiance en soi, aller de l’avant, faire le deuil, pardonner, vivre l’instant et j’en passe. Sur le papier c’est très joli. Et je suis la première à dire que c’est important, chaque jour faire un pas vers soi, vers un mieux-être qui nous correspond davantage.

Toutefois à l’excès cela met une pression sur les gens. On nous gave comme des oies. On nous dit de s’affranchir des “il faut” mais on nous en re-balance autant dans l’autre sens. Ce culte du bonheur c’est presque comme une secte. On saute à pieds joints dans “ce n’est qu’une question de volonté”! Et on entraîne les autres dans notre course un peu folle, qui au final ne fait que nous éloigner des problèmes, des difficultés sans les résoudre.

Oui, méditer ça fait du bien. Oui faire attention à ses pensées et ses paroles c’est important. Oui prendre soin de soi, de sa santé c’est essentiel. Oui les soins énergétiques, les fleurs de bach, l’aromathérapie, la lithothérapie, le yoga, lire, dessiner, marcher en pleine nature, rire, entre autres, ce sont des aides précieuses sur le chemin.

Des aides, pas une baguette magique. On devient boulimique, sans s’en rendre compte (et je parle en connaissance de cause). On absorbe tout ce qu’on peut en la matière. Mais ça n’apaise qu’en surface. On ne règle rien. On fuit plutôt, toujours un peu plus loin. On finit par avoir du mal à vivre les coups de blues, les moments d’angoisse. On finit seul avec ses émotions un peu trop lourdes à porter. En regardant autour, le mot “bonheur” clignote, on se demande pourquoi, nous, on n’y arrive pas. Alors pour certains ce sera juste un passage à vide avant de remonter à la surface, pour d’autres ce sera plus dramatique.

On n’échappe pas à ce qu’il faut régler. Alors oui, ça revient, un peu trop souvent parfois. Alors oui, il faut peut-être se faire aider pour mieux se comprendre, mieux s’accepter. Nos chemins de vie ne sont pas linéaires. C’est utopique de le croire. C’est dangereux de vouloir à tout prix rayer les difficultés, mettre un voile sur les épreuves. Le boomerang revient toujours.

Je veux me souvenir et je souhaiterai que vous vous en souveniez aussi, qu’on a le droit de ne pas être au top 365 jours par an, qu’on a le droit d’avoir mal, peur, d’être en colère, d’être nostalgique ou d’avoir envie de baisser les bras, qu’on a le droit de se sentir fragile dans le creux de la vague et fort une heure après, que nos parts d’ombres existent, même si elles ne sont pas accessibles facilement, que nos failles sont réelles, que nous pouvons connaître de grosses crises existentielles et toutefois être heureux, que seul le Sage est au-dessus de tout ça. Nous n’en sommes pas encore là!

16 thoughts on “Cette Tyrannie qui nous fait du mal

  1. Comme tu as raison Marie 🙂 La vie est un subtil mélange de hauts et de bas ! Sans cette alternance il n’est pas possible de mesurer le bonheur lorsque celui-ci se présente 🙂 A mon avis le poursuivre avec acharnement devrait avoir l’effet inverse de celui escompté ! Sachons cueillir et apprécier les petits bonheurs lorsqu’ils se présentent 🙂 Bonnes vacances Marie Grosses bises

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    1. Etre heureux à toutes les heures tous les jours de la vie me semble impossible… L’équilibre des hauts et des bas est probablement important dans notre existence et notre perception de la vie a certainement un impact sur cette dernière. En effet, saisissons chaque petit chouette moment de notre vie 😉 A+

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  2. Ben oui, cette injonction au bonheur rend les gens malheureux. En 2014, j’avais lu “L’éloge de la lucidité” d’Elios Kotsou. Un livre tombé à pic à l’époque et qui s’insurgeait contre les diktats des livres de développement personnel. Je me souviens d’un passage où il parlait de toutes ces techniques à apprendre pour arriver à tel ou tel résultat et qui rendaient dingue les gens qui croyaient ne se dépêtrer de leur situation malheureuse qu’en sachant les utiliser…

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    1. C’est tout à fait ça Elisa
      C’est très triste tout ça. Parce que beaucoup de personnes n’ont pas toujours le recul nécessaire. Au final les gens sont encore moins bien dans leur peau et culpabilisent énormément.

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  3. Oui Marie, je suis d’accord avec tes mots. J’avais tendance à prêcher la bonne parole, la bonne attitude, à asséner des vérités qui ne l’étaient que pour moi et qui en devenaient écrasantes et un peu débiles avec leur forcing. Je sens depuis plusieurs semaines, voire mois, que je suis plus dans le lâcher prise de routines de bien-être que je me forçais à appliquer de façon ‘superstitieuse’, puis je n’impose pas, je n’en parle plus trop, bon pour m’aider il y a aussi le fait que je suis quasi seule H24 mais je me rends compte que entre moi et moi, je vis le présent sans vraiment rechercher à tout prix la positive attitude et tutti quanti mais plutôt à aller vers où mon cœur me porte…

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    1. J’ai été comme ça aussi Patricia alors je peux d’autant plus en parler!
      On se prend facilement au jeu.
      Le tout est d’en prendre conscience, il n’y a que comme ça qu’on peut renverser la vapeur.
      Rien n’est mauvais en soi, ce sont les injonctions au bonheur qui font du mal.
      Là où notre coeur nous porte est toujours le bon endroit…

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  4. Que cela est vrai! Merci pour cet article! Oui! Nous avons le droit d’être triste, en colère ou à bout de souffle! ça ne fait pas de nous des êtres faibles, non! ça fait de nous des êtres humains!

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  5. Tu as entièrement raison et je te rejoins à 200% !!
    L’injonction est absolument partout.
    Je trouve que tout ça est extrêmement accentué par la société du “je montre” plutôt que “je vis”. Les réseaux nous poussent à tout mettre en scène et à créer une vitrine de notre vie, dont la perfection ne fait parfois que creuser le fossé avec ce qu’on ressent en soi, ce qui sort du champ de la photo, ce qui devient presque “honteux” car pas instagramable.

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  6. Je suis bien d’accord avec toi évidement ! Une amie me disait l’autre jour, je fais tout bien comme il faut alors pourquoi je n’y arrive pas ? En fait elle « bouffe » de la spiritualité mais elle ne comprends pas que le plus important est de guérir les blessures, de plonger dans ses fameuses parts d’ombres qui est important. Et là seulement après cela on peut espérer goûter un peu de sérénité. Et malgré tout on a le droit d’être triste ou de se sentir fragile ou encore d’être fatigué. Il est bien d’accepter le bon comme le moins bon. Et tu le dis fort bien ! Bises affectueuses Marie.

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    1. C’est tout à fait ça Catherine.
      Arrive un moment où il faut faire face aux blessures, à l’ombre. Ce n’est pas facile. Et je pense que tu es très bien placée pour en parler.
      J’ai une amie qui m’a partagé une phrase que j’aime beaucoup: l’ombre a tant été aimée qu’elle en est devenue clarté”.
      Oui une fois remontés à la surface nous pouvons accueillir apaisement et joie comme il se doit. Ce qui n’empêchera pas les coups de blues!
      Je t’embrasse et merci pour ta lecture.

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  7. Merci pour ce bel article qui fait un bien énorme.

    Tu as raison. Le bonheur, c’est magnifique mais pas possible en permanence.

    L’accepter, c’est un chemin qu’il est important de suivre.

    Longtemps, j’ai cru que c’était la norme, le but ultime à atteindre.

    Maintenant, je vis et accepte mes émotions au fur et à mesure qu’elles arrivent.

    Et surtout, je me souviens que tout est impermanence, que tout change à chaque instant.

    Cet article est vraiment magnifique.

    Meilleures pensées 🙏✨

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    1. Merci beaucoup Nicole.
      Je suis contente que cela fasse écho en toi.
      Cette quête permanente fait au final plus de mal que de bien.
      Il faut comme tu le fais savoir s’ecouter. Ce qui est bon pour soi doit primer à chaque instant. Et cela peut changer à tout instant aussi.

      Aller avec le flow 🌊

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Un mot doux pour la route...

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