L’épreuve de force #5

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L’oniromancie nous prédisait pourtant un avenir lumineux. Le rêve était magique, ton prénom d’or, nos destinées sacrées. Des foutaises mais qui m’ont maintenue en vie, tant que toi tu respirais encore. Ce n’était qu’un passage à vide, un de plus sur la longue liste des jours creux.

Rien ne sert de se s’épuiser en palabres. Rien ne sert à rien de toute manière. Puisque tu es parti. Un matin de juin, sans moi. Un matin ensoleillé, j’avais opté pour un peu de marche, histoire de profiter du calme de la ville. Un matin ordinaire dans une vie qui ne l’était plus depuis longtemps. J’avais croisé la misère, en descendant les marches qui menaient à l’hôpital et j’avais hâte de retrouver ton sourire, dans tes yeux. Tu ne parlais plus beaucoup. Fini les grandes conversations sur la vie, la mort, sur ce qu’il reste quand tout a été écrit, dit, chanté. Fini le temps où tu pouvais encore te lever pour esquisser avec moi quelques pas de danse sur le lino blanc, avant une séance de chimiothérapie qui allait t’esquinter. Tout ça n’aura servi qu’à t’abîmer un peu plus chaque jour. Si j’avais su, j’aurai fait tomber le mur froid et professionnel de tous ces soit-disant savants, qui ont pu mené à bien leurs tests et essais, sans se soucier de nous.

Je suis triste alors je dis n’importe quoi. Sans eux, nous n’aurions jamais espéré, j’aurai coulé depuis longtemps, je n’aurais pas pu te tenir la main, jusqu’au bout. J’ai choisi, en mon âme et conscience, ce rêve chimérique, pour ne pas voir la réalité en face. Elle était trop cruelle. Elle ne cessera jamais de l’être…

Ce texte est ma participations à l’atelier d’Olivia. Les mots étaient: liste, palabres, misère, mur, oniromancie, danse, chimérique

17 thoughts on “L’épreuve de force #5

  1. Des mots qui sonnent si justes ! Cette situation crève chaque jour le coeur de mes enfants dans leur service d’oncologie ! Le traitement entretient l’espoir mais lorsque tout s’effondre, la révolte du survivant les frappe de plein fouet ! Tu l’évoques avec pudeur : merci Marie 🙂 Passe un très bon week end grosses bises

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    • Cela doit être très douloureux à vivre au quotidien. La médecine fait souvent son possible mais quand on perd quelqu’un difficile d’y voir clair.
      Merci Paulette et douce soirée. Bises

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  2. Un texte si fort si vibrant d’émotion !
    Et au bout entre la chimiothérapie et l’oniromancie la vie a choisi.
    Beau texte pour raconter le calvaire.

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  3. La chimio, à la fois espoir et désespoir… Un de mes oncles n’y a pas survécu. Une chimio mal dosée dont les premières séances lui ont été fatales.Ton texte me rappelle ce moment où insouciants, nous avons appris son décès. C’était brusque et inattendu, mais eussions-nous su avant ce qui allait se produire que ça n’aurait rien changé. Au moins, il n’aura pas eu de gens éplorés autour de lui avant de partir. Ton texte est magnifique et bouleversant. Bisous ensoleillé d’ici

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    • C’est toujours terrible ces maladies et ces départs aussi. Mais parfois ne pas se voir partir, ne pas avoir à gérer la douleur des autres, c’est mieux.
      Des pensées Sandra et désolé d’avoir réveillé ces souvenirs. Je t’embrasse.

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  4. Pingback: Premier baiser – Olivia Billington

  5. Ton témoignage est très émouvant. Tu as su utilisé les mots récoltés pour raconter cet épisode douloureux avec pudeur et délicatesse.

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Un mot doux pour la route...

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