Vague(s) émotionnelle(s)

Crédit Pixabay

Cet article est un peu spécial, mais j’ai vraiment besoin de l’écrire. Je sais, certains me diront qu’il faut être positif, que ça va passer, et tout le reste. Mais à l’instant T tous ces raisonnements me sont inaccessibles.

Je ne pensais jamais revivre ça. Me sentir aussi vulnérable. Cette semaine m’aura ramenée à ce qu’il y a au plus profond de moi, la faille invisible, effroyable, celle que je cache à grands renforts de mots et de sourires, celle que je choisis de ne pas voir, tellement le gouffre est profond, tellement la peur de ne pas en revenir, cette fois, est grande.

Les vagues d’émotions qui me submergent me laissent en pleurs sur le carrelage de ma cuisine. Je me sens vide de tout. Je me répète comme un mantra qu’il faut que je tienne le coup. Oui il le faut. Pour mon fils. Alors j’essaie de retrouver mon masque des jours heureux. Il ne tient pas bien en place. Je suis à cran, à bout, partagée entre l’envie de passer du temps avec lui, et soulagée quand il s’échappe pour aller jouer avec la petite voisine – au moins là je le sais en sécurité affective loin de mes cris. Il retrouve l’innocence de l’enfance.

J’oublie qu’il y a un virus qui traine. J’oublie que c’est dangereux. J’oublie le raisonnable. Non je me torture l’esprit, je m’épuise à me demander si…cet espace de liberté que nous nous / leurs offrons ne met pas en danger nos vies.

Le monde m’angoisse, j’ai coupé tous mes réseaux sociaux. Je n’y trouve que du vide. Je n’y comprends rien. Je ne sais pas ce qu’on peut faire, ne pas faire, comment se comporter avec les gens. Tous les conseils divergent. Est-ce bénin dans la plupart des cas? Ou est-ce grave? Certains disent que le virus vit longtemps sur les surfaces, quand il y a une semaine encore nous prenions les transports en commun et partagions le même bureau sans nous inquiéter davantage. Les premiers messages de personnes proches, collègues de travail touchés arrivent…

Je passe du rire aux larmes, du détachement à l’énervement.

Je me rends compte aussi que je viens de passer sept ans à m’oublier dans ma vie de famille, à n’être que celle qui fait à manger, nettoie, joue, console, câline, lave, celle qui s’épuise et n’a laissé aucune marge de manœuvre à son fils pour grandir, devenir plus indépendant.

Je sais que ce n’est qu’un passage, que demain ou après-demain certaines choses auront repris leur place habituelle. Je sais que je retrouverais en moi des forces insoupçonnées. Jusqu’à quand existeront-elles si jamais je ne les renouvèle? Pour avoir vu les dégâts de la dépression, j’espère ne pas en arriver là. Oui j’ai peur de ça aussi parfois.

C’est dans cet état de fragilité. d’inconstance, d’espérance aussi que je débute ce weekend à la maison. J’espère que lâcher les maux ici m’aura offert un peu d’apaisement.

22 comments

  1. Wouah 😍 quel cri ! T’es mots me touchent au cœur. Je comprends tellement ce que tu ressens. Et cette peur du lendemain, de la dépression… Le fait de s’être oubliée aussi. Très chère Marie, maintenant que tu en as conscience, tu peux te relever, devenir un peu égoïste et écouter ton cœur. Le cœur sait. Si on écoute avec le cœur, le mental se tait. Je te souhaite du courage, de beaux moments de partage avec ton fils et avec toi-même. Il y a des jours avec et des jours sans. Dire sa souffrance, c’est hyper important. Moi, je t’entends et je t’aide à distance 🙏

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  2. Accueillir, laisser l’espace à l’émotion, est toujours important. Laisser ces mots/maux ici est une première étape sur ce chemin, sans doute.
    Juste quelques mots pour te souhaiter de trouver doucement une forme d’apaisement et te dire que tes livres m’accompagnent en ce moment (Fragments d’âme et La vraie vie : tu as une si belle plume, Marie !)

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  3. je crois que tous – ou beaucoup – passent par ces vagues émotionnelles, surtout dues à l’incertitude, à l’absence de bonnes infos, toutes ces incertitudes, toutes ces questions sur l’avenir (même proche) nourrissent notre peur, plus encore pour ceux que nous aimons que pour nous-mêmes…
    bises

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  4. Coucou ma chère Marie

    Ton article ma beaucoup touché, et plus encore les moments de fragilité que tu traverses, Tu as bien fait de libérer la parole grâce à ton stylo. je t’envoie un lien avec un interview de Sylvain Tesson, un écrivain que j’adore. Il y a plein de messages pour toi. Bisous et à bientôt.

    https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-20-mars-2020

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  5. Je ne crois pas que ce soit négatif que de tenter de mettre en mots tout ce que l’on ressent! Tu as la chance d’être capable de t’exprimer en écrivant. Alors fais-le! Bon courage ma belle Marie! Bisousxxx

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  6. Bonjour Marie,
    Tu as bien fait d’écrire ce texte, c’est important de poser des mots sur ce qui nous torture. Je vis dans l’angoisse aussi, à n’en pas dormir la nuit. Je pense à mes enfants et j’enrage d’être impuissante à les protéger davantage… Mais, quand j’arrive à me raisonner, je sais aussi que je fais tout ce qui est à ma portée pour les prémunir contre le danger et surtout je leur offre la seule chose que je possède en quantité illimitée : mon amour pour eux. Je crois qu’ils n’en demandent pas plus. Si tu as besoin de discuter, n’attends pas de te laisser submerger, appelle des amis, parle avec eux. Je suis disponible et à ton écoute si tu as besoin. Je t’embrasse fort fort fort. Courage ! Tu n’es pas seule.

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  7. Marie, chère Marie, j’ai envie de te dire d’abord, d’évacuer ces angoisses le plus possible, bien sûr, plus facile à dire qu’à faire, mais dis à ton mental de te lâcher, dis-le à haute voix : ‘lâche-moi !’, respire, respire et fais la méditation Japa : inspire et sur l’expir, répète ah, à ton rythme, inspire et sur l’expir, répète oh, à ton rythm, etc. Et vois comment tu te sens. Le mieux est de le faire plusieurs minutes mais commence en le répétant quelques fois.
    Pour renforcer ton système immunitaire, ce qui est la base de tout pour éviter toute contagion, gousse d’ail dans du miel, chaque jour, moi je trouve que c’est bon en plus. Si tu as de la vitamine D liquide, une goutte chaque jour. Si tu as huile essentielle tea tree et ravintsara, top pour désinfecter et prends aussi une goutte de ravintsara dans du miel.
    Si tu te dis : c’est gentil, mais ça me saoule, pas grave mais svp, respire Marie, respire et dis à ton mental de la fermer ! Je t’envoie de belles ondes !

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  8. Accueille l’émotion en effet. Sur mon blog, on a l’impression que je suis dans le déni, mais crois-moi, toutes ces phases, je les ai passées, en ai été tributaire presque 20 ans et n’ai pas lâché l’affaire. L’épreuve fait partie de notre vie de mortels, savoir comment y réagir est un très très long chemin. Le principal est de le prendre, et de ne pas rester sur le bas côté. Je crois qu’à forces de peines, un jour, on en a marre, car on réalise que les épreuves, comme le beau, ne cesseront jamais. Cela s’enchaine, les uns après les autres. Le sens de la vie est notre comportement à cet égard. Tu n’as pas de date butoir sur ce chemin, c’est le tien, et il a un sens. L’écrire est salvateur, en effet. Il m’a fallu 20 ans Marie pour ne plus m’effondrer par terre. Et pourtant, aujourd’hui, mon fils est en “perdition totale” en me rejetant complètement. Mais voilà, j’ai bientôt 51 ans. Et mes 35-40 ans ressemblaient aux tiens. Courage… Prends les émotions au jour le jour, elles te construiront. Sans erreurs, on ne sait pas ce qui n’est pas bon pour soi.

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  9. C’est important de partager par l’écrit, ce n’est pas à toi que je vais l’expliquer :).
    Oui, c’est très déconcertant tous ces conseils, ces faits que l’on découvre au fur et à mesure de l’avancée de l’épidémie. Bien souvent, on nous dit une chose un jour et trois jours après l’inverse. Mais, on va tenir le coup 🙂
    Bises

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  10. On n’est pas des superwomen, juste des humaines…Tu peux craquer devant ton fils, je veux dire t’es pas une mauvaise mère si ça arrive…L’important est de lui expliquer dans des mots qu’ils puissent comprendre…Puis bon, je crois qu’avec cette histoire, les psys vont devenir riche après la crise. Tu fais ce que tu peux et nos situations de mères seules font que c’est impossible de ne pas prendre de risque du tout. Soyons bienveillantes avec nous-mêmes pour pouvoir faire ce qu’il faut. Je t’embrasse.

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  11. Transformer les émotions en mots, c’est une de tes grandes forces, que ce soit des émotions d’amour, de peine, de peur, d’amitié, d’émerveillement ou de tristesse, c’est pour toi de la matière à alimenter les mots. Sers-toi en, utilise-les pour rejoindre ceux qui en ont besoin.

    Amitié,

    Pierre

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  12. Je crois que ce que cette période a d’incroyable c’est aussi cela : la prise de conscience.
    Les prises de consciences si fortes, qui viennent du fond des tripes, qui font si mal, sont nécessaires à l’évolution personnelle. Alors craque, crie, laisse sortir cette douleur, regarde là et effondre toi sur le carrelage. Se laisser tomber est la seule façon de se relever. Et il n’y a pas de honte à cela, pas de honte à se rendre compte que tu t’es oubliée. Et puis un matin tu te relèveras, en te disant je mérite de m’occuper de moi. Une bonne maman est avant tout une maman heureuse et épanouie. Oui tu mérites de penser à toi, de parfois laisser Loulou à d’autres pour pouvoir revenir heureuse et radieuse.
    Je suis de tout cœur avec toi Marie ❤️

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  13. Ce que tu ressens est normal, un confinement tel que celui que nous vivons exacerbe les fragilités et les failles. Je me considère comme fragile aussi. Et il n’y a pas un soir sans angoisses pour moi. Tu as eu raison de couper les réseaux, mais ne reste pas seule avec les peurs qui t’assaillent. Reviens les mettre en mots ici. Je t’envoie mes pensées réconfortantes.

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  14. Coucou, je n’avais pas vu ce cri du coeur et je suis certain qu’il est passé depuis. Ce confinement est loin d’être anodin. Justement, les masques tombent ! tout ce que l’on voulait se cacher à nous même et aux autres nous saute à la tronche ! Alors y’a des jours avec et des jours sans, sans rien… je comprends tellement ! mais c’est pour mieux rebondir… on va épurer, nettoyer…tu as le droit d’être aplati dans ta cuisine et d’être soulager quand le petit va jouer avec sa copine… gros bisous

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Un mot doux pour la route...

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