Confessions d’une ex-dépendante affective

 

Un jour il a fallut se rendre à l’évidence. Ce n’était pas de l’amour. Tout le monde disait que l’amour ça transporte, ça donne des ailes, ça vous pince le cœur tout en vous enveloppant de bonheur. Il y avait un problème, sévère.

Mes relations amoureuses n’ont jamais été ce chemin pavé de fleurs, en plein soleil. Parfois un peu au début quand même. Mais dès les premières heures j’étais déjà quelqu’un d’autre. Mes amours ont toujours été des relations dans lesquelles je me sentais investie d’une mission, sauver l’autre. A plonger. A me perdre

Vivre de l’autre, vivre par l’autre, me nourrir de ce lien, jusqu’à ne plus savoir respirer seule. M’enivrer d’une présence jusqu’à ne plus exister. Attendre une reconnaissance et pleurer en silence. Mes amours furent torturés, quelques hauts et des plongeons dans le vide à couper le souffle, à apprivoiser le cœur complètement vrillé.
Sans l’autre, je n’étais rien. Ce besoin quasi-permanent de sa présence était ma drogue, mon passeport pour un nouveau jour jour. J’avais comme besoin de son accord pour m’autoriser à être. (mal-être!)
Des années à couler pour un regard, un sourire, un “je t’aime”. Une demande vue comme une agression. Des années à me métamorphoser pour devenir quelqu’un d’autre, quelqu’un d’indispensable qui aurait des égards, qu’on estimerait un peu. Un peu plus.

La peur obsessionnelle que l’autre parte, qu’il soit blessé par un mot, un geste et décide de pendre la tangente. La crainte maladive qu’il en choisisse une autre, mieux forcément.

Des années de souffrance à deux, avec cette impression de n’être rien, de ne valoir rien. Dans une définition de soi qui dépendait toujours de ce que l’autre pensait, de comment l’autre voyait les choses.
Des années sans projet, sans envie, si ce n’est que le quotidien prenne quelques couleurs. Quitte à faire encore plus semblant, à dire “oui” en pensant “non”, à ne pas se respecter, quitte à passer sur les manques, les manquements. Quitte à en faire toujours plus, à faire passer le bien être de l’autre avant le sien, quitte à s’aplatir, à s’excuser tout le temps, à faire attention, à ne pas brusquer, à ravaler sa tristesse, sa peine, à sous-évaluer ses besoins.

Dans mes premières relations, les sentiments étaient partagés, mal exprimés mais présents. Dans la dernière, la manipulation et l’emprise ont transformé ma vie en enfer.

Un jour j’ai compris. Et j’ai entrepris un long travail pour m’affranchir de cette addiction nocive, qui me prenait tout, qui me vidait de ma substance, qui m’enfermait vivante dans une relation à l’autre destructrice.
J’ai connu la dépendance en amour. Et en amitié aussi.
J’ai lutté contre mes démons, je me suis fait aider.
J’ai appris à me regarder dans un miroir, loin du regard de l’autre.
J’ai appris que seule, j’avais de la valeur, que l’autre ne me définissait pas, que l’autre n’était pas un indispensable à mon bien-être et mon épanouissement.
J’ai appris à me faire confiance, un peu plus, à m’estimer assez pour savoir dire “non”.
J’ai appris que mes ressentis, mes émotions avaient de l’importance et surtout qu’on ne pouvait sauver personne, qu’une relation qui débute pour cette raison est bien souvent vouée à l’échec.

Le problème, comme avec toute dépendance, ce sont les risques de rechute. Et la peur surtout de retomber dans des travers douloureux. Je crois qu’il faut en avoir conscience? rester à l’écoute de son intuition, de ce qui passe par l’esprit, le corps. Plus on le fait plus on comprend son fonctionnement, sa personnalité et ce qui cause une plus grande vulnérabilité dans telle circonstance, face à tel évènement.

On en guérit, je vous rassure. Et c’est une belle victoire quand vous pouvez enfin être vous-même dans une relation à l’autre, quand l’amour devient enfin cette fantastique expérience à deux, cette aventure qui se construit au jour le jour, dans un face à face sain, quand il n’y a rien à prouver et qu’un regard loin de vous torturer vous rend tout simplement heureux, de faire ce chemin main dans la main.

21 thoughts on “Confessions d’une ex-dépendante affective

  1. Wouah ! Merci pour ce cri qu’est ce bel article. J’ai vécu cette dépendance. J’ai accepté les coups par peur de vivre seule. Et un jour, j’ai décidé de sauver ma peau et j’ai osé l’aventure seule. Ça a changé ma vie, mon regard. Ton texte m’a replongée dans un passé presque oublié. Tu écris si bien. Merci beaucoup de partager avec nous. Agréable fin de journée 😘🙏☀️

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    1. Merci Nicole de partager quelques bribes de vie, très dures et touchantes. Violence et dépendance vont souvent de paire malheureusement. On perd tellement contact avec soi dans ces cas là. Heureuse que ce soit du passé et que tu sois sortie de ce schéma destructeur.
      Je t’envoie d’affectueuses pensées. 😘

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    1. Oh je l’étais avant Sand.
      En amitié aussi mais c’était moins flagrant qu’en amour.
      L’emprise saisit très bien la faille de la dépendance et c’est aussi ce qui m’a permis d’en prendre conscience et de me libérer.
      Merci ma belle.

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  2. Très bel article. Il faut d’abord s’autoriser à s’aimer soi-même, avant de vouloir aider et sauver les autres. J’ai vécu une relation avec un homme qui avait le syndrome du sauveur et était dépendant affectif, donc je connais assez bien le sujet. On ne peut sauver personne mais juste aider par l’écoute et la compréhension.
    Je ferai d’ailleurs un article sur mon blog de la dépendance affective.

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    1. S’aimer c’est en effet la base de tout.
      Quand à sauver les autres, je crois que c’est une utopie. On voudrait les “aider” en fonction de nos propres idées. Qui ne sont pas forcément les leurs d’ailleurs.
      Écouter, être là, oui. Pour le reste il y a des professionnels.
      Je vois que tu connais le sujet en effet. Je serais ravie de lire ton article!
      Merci

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      1. Merci Marie. C’est déjà un grand pas si tu en as pris conscience et reconnu que tu étais dépendante affective. Tu travailles sur la confiance en soi et l’estime de soi, c’est un point positif pour avancer vers la guérison de ce schéma destructeur. Et c’est tout à fait possible de sortir de la dépendance affective, si tu fais un travail sur l’affirmation de soi.
        J’avais déjà publié un article sur le syndrome du sauveur, sur mon blog. La dépendance affective et le syndrome du sauveur sont souvent associés et confondus en une même pathologie.

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        1. J’ai connu les deux en effet.
          Cela fait quelques années que je suis sortie de la dépendance affective, le travail a été long et je pense qu’il n’est pas terminé. Mais je revis, littéralement!
          Quant au syndrome du sauveur, qu’il est important de différencier tu as raison, il prend ses racines dans l’enfance. J’ai identifié sa source et je travaille dessus aussi.

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  3. On ne doit pas sauver l’autre (quelle prétention !) mais l’aider à évoluer sans imposer son fonctionnement. Pas simple. Parfois on s’égare. On donne des leçons en oubliant de s’en donner. A la base il faut une grosse confiance-estime de soi pour accueillir l’autre sans subir de pression ou d’attente. C’est du boulot. La souffrance doit être bannie de l’amour sinon on ne parle déjà plus d’amour.

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    1. Je crois que tout dépend de notre personnalité.
      Pas une prétention, plutôt un malaise, un mal être!
      Pour accueillir l’autre, savoir l’écouter, il faut partir d’une base de non jugement. Et déjà là c’est du boulot en effet.
      Je suis bien d’accord pour souffrance et amour.

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    1. Je reprends des études de thérapeute et nous venons de voir ce weekend justement que la dépendance était une structure de personnalité. On ne peut pas la changer, par contre on peut en tirer le meilleur!
      C’est comme tout ça s’apprend.

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  4. Je suis extrêmement touchée par ces mots dans lesquels je me reconnais beaucoup.. Je l’ai été en amour, mais encore plus en amitié, jusqu’au jour ou j’ai compris et que je me suis rendue compte qu’il n’y avait, effectivement, pas vraiment d’amour. J’ai été très seule, mais j’ai fait connaissance avec moi-même et c’est la que je me suis libérée, que je me suis aimée, épanouie. Et aujourd’hui, malgré encore certaines difficultés relationnelles, je suis heureuse et indépendante ! Ton article a merveilleusement bien illustré ce qu’est la dépendance affective, MERCI ❤

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    1. Je suis heureuse que cet article t’ai touché et apporté quelque chose Justine.
      Oui c’est un cercle vicieux dans lequel on se retrouver très seul au final.
      La connaissance de soi et de ses failles aide à s’en détacher, pas à pas.
      Je t’embrasse et merci pour ton retour.

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  5. La dépendance affective. Ai, ai, ai… J’ai beaucoup donné aussi dans ce domaine jusqu’a ce qu’un jour je décide d’arrêter toute relation… Mais ca ne suffit pas… La seule option est en effet un travail intense sur soi. Un travail qui peu à peu nous amène à se choisir, à choisir d’exister soi-même avant de vouloir se lover dans les bras de l’autre… Je suis en plein dedans. C’est pas tous les jours facile et parfois l’égo nous joue quelques tours mais j’y crois… et la distance aide aussi !

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    1. Et non ça ne suffit pas Kathou!
      Il faut aller creuser à l’intérieur, jusqu’aux racines du mal. Pas évident.
      Mais oui pas à pas on en arrive là, à se choisir. Surement le plus beau résultat!
      Je t’embrasse bien fort et espère que tu vas bien

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Un mot doux pour la route...

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