Au cœur du traumatisme

Crédit Pixabay

10h00:

Je me dis souvent que je ne veux plus parler du passé. Et il revient sur le devant de la scène. Comme ce matin, dans le claquement brutal de la porte d’entrée, une expression dans le regard, des mots qui me percutent de plein fouet. Et alors revient cette sensation, si familière, si ancrée et que je tente par tous moyens d’accueillir et de laisser passer, cette sensation de n’être “rien”.

C’est une attitude, une façon de dire, un rictus. C’est comme une claque qui arrive de nulle part et qui me terrasse.

On dit que le traumatisme est digéré quand plus rien ne vient le réveiller. Le mien est donc encore bien vivant. J’ai beau travailler dessus, j’ai beau gagner en confiance, il y a encore une faille, une cicatrice qui s’ouvre à chaque fois.

Avec certaines personnes, ça passe vite, parce qu’il n’y a pas d’affect ou bien parce que je n’ai pas l’impression d’avoir quoi que ce soit à prouver. Mais dans le regard de mon fils, je vois le mépris de son père. C’est terrifiant. Je prends énormément sur moi pour faire face quand ma première réaction serait de tout laisser là, de partir loin. Je ne le peux pas, alors j’encaisse en tremblant, je crie intérieurement. Avant je tapais dans tout ce qui passait, pour que la douleur cesse. On peut au moins dire que je progresse.

C’est assez déstabilisant comme situation. Bien sûr que cela n’a rien à voir avec mon fils et tout avec moi. C’est à moi de faire la part des choses, de poser mes limites. J’ai l’impression d’être dans une impasse. Chaque jour je me félicite d’avoir tenu, d’avoir réussi à maintenir une harmonie fragile. Et le jour d’après je m’écroule, j’ai l’impression que l’histoire s’écrit encore et toujours de la même façon et que je n’arrive pas à y mettre un terme.

Bien sûr que je suis épatante, la plus merveilleuse des mamans, le meilleur exemple pour mon enfant – c’est vous qui allez me dire ça et ce matin ça sonnera très faux – mais dans les mots et le regard de mon fils ce matin je n’ai vu qu’une colère immense, un mépris que je ne sais pas gérer.

Je ne veux plus être une victime. Alors j’écris, je décortique, j’essaie de comprendre, de trouver des pistes. Je m’escrime à vouloir sortir de cette situation de crise. Je ne veux pas m’avouer vaincue. Cela n’en reste pas moins très compliqué à vivre ai quotidien. Alors je laisse les larmes couler sur les maux. Et j’essaie au fil de la journée de déblayer le terrain pour aborder la soirée le plus sereinement possible.

Moi qui suis plutôt du côté de la vie, dans ces moments là le néant me rattrape et je donnerais tout pour que cesse cette douleur, pour que se ferme la blessure, pour que je puisse respirer sans me sentir prise dans un étau, prisonnière d’un chaos que je ne sais maitriser.

16h30:

J’ai souvent été de celles qui disaient “il ne faut pas hésiter à se faire aider”. Je crois que le temps est venu de regarder les choses telles qu’elles sont: ma difficulté à trouver ma place dans ma vie de mère et ma place d’adulte dans ma lignée familiale. Il est temps de faire face et d’oser demander de l’aide pour une vie plus saine et sereine.

22 thoughts on “Au cœur du traumatisme

  1. Comme je comprends cette énorme vague du passé qui arrive sans crier gare et qui tente de te noyer. Je connais aussi. Oui, c’est dur, oui dans ces moments-là on doute de nous, on doute de tout, et oui çà fait mal ! Je t’envoie plein de pensées et d’ondes positives !!!!

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  3. Je ne peux que te dire courage, Marie, et je suis là si tu en as besoin.
    On sait qu’une aide extérieure est précieuse, mais quand il s’agit de nous, c’est difficile de faire le pas, je te comprends tellement.

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  4. Je connais ce sentiment Marie. Mon fils me rappelle souvent tout ce que j’ai pu vivre d’affreux avec son père, même si c’est loin derrière nous.
    Tu n’es pas une wonder woman, tu as le droit de flancher, mais il ne faut juste pas se laisser submerger.
    Je t’envoie plein de bonnes ondes.
    Comme on dit “ça aussi, ça passera”!
    Je t’embrasse

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    • Tu as raison Rachel!
      C’est aussi pour ça que je pose les mots. C’est un premier pas vers un mieux être.
      Sinon j’ai pris rendez-vous à mon retour de vacances. Ça fait déjà un certain temps que j’y pense à demander de l’aide sans passer à l’acte…
      Merci et beaucoup. Grosses bises

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  5. c’est tellement ça, le traumatisme que tu crois avoir digéré, dépassé, et qui te saute à la figure pour un mot, un regard, qui te replonge dedans et te terrasse…
    ce serait bien, oui, de trouver la bonne personne (psychologue) pour chercher les bonnes pistes, pour surmonter, trouver les ‘trucs’ qui marchent et qui aident vraiment…
    je te le souhaite!

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  6. Au fur et à mesure que je te lisais, je me disais peut être à t’elle besoin d’aide … Nous avons beau être forte, guerrières, à un moment donné demander de l’aide est la seule chose à faire. Tous ces questionnements ces derniers temps t’amenaient à cela. J’ai lu dans les commentaires que tu avais pris un rendez vous. C’est bien … Il faut plonger dans la souffrance, la décortiquer pour pouvoir l’éradiquer. Je suis de tout coeur avec toi !
    Je t’embrasse Marie.

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    • Oui merci Catherine. J’ai énormément travaillé sur moi ces dernières années que je pensais non pas avoir fait le tour, mais avoir assez avancé pour pouvoir trouver seule les réponses. Mais je crois que non, que je donne beaucoup et que j’ai besoin d’être aidée, surtout pour équilibrer ma vie et retrouver l’harmonie en famille.
      Je t’embrasse et te je remercie pour chacun de tes messages qui est un baume apaisant.

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Un mot doux pour la route...

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