Écouter l’autre, oui mais l’écouter vraiment

Crédit Pixabay

Il y aura toujours pire, il y aura toujours mieux. Selon nos propres critères. Aucune situation n’est idéale. Aucune souffrance n’est moins importante qu’une autre. Puisque tout part de nous, de notre ressenti. Ce qui est banal pour moi sera terrible pour quelqu’un d’autre. Et ce qui est dramatique pour quelqu’un passera peut-être comme une lettre à la poste pour moi.

C’est pourquoi quand quelqu’un nous parle, évitons de lui sortir des banalités comme “oui mais toi tu as de la chance” ou “tu es dans une position plus confortable que la mienne”. Quand qu’une personne nous parle, elle a besoin d’écoute tout simplement, pas de savoir que la vie de l’autre est plus compliquée que la sienne – il y a fort à parier qu’elle le sait déjà. Elle a juste besoin de vider son sac, de dire ce qui pèse, ce qu’elle supporte mal, ce qui la touche, ce qui la fait vaciller.

Dans mon quotidien de maman solo, j’entends souvent “tu as de la chance tu as tes parents”, “tu as de la chance tu n’en as qu’un” ou encore “oui mais toi tu gagnes bien ta vie”. Donc en gros “ferme là”.
Comme si moi je disais à un autre parent “oui mais toi tu t’entends bien avec la mère/le père de tes enfants”, “oui mais toi tu as un weekend, voir une semaine de libre et tu peux te reposer un peu” ou encore “oui mais toi tu as tout une tribu autour de toi”.

Qu’est-ce que j’en sais après tout si c’est une chance pour cette personne de si bien s’entendre avec son ex, d’avoir une semaine sans ses enfants, d’en avoir plusieurs parce que, à ce qu’il parait, ils peuvent jouer ensemble!

J’ai certes plus de billes que d’autres, mais pas toutes. Et personne ne les a toutes d’ailleurs. Notre seul point commun, c’est d’élever seul(e)s nos enfants et rien que ça, ça devrait nous unir, non, au lieu de nous séparer, comme si il y avait un podium, une première place pour celle ou celui qui en souffre le plus.

Je l’ai déjà dit ici et je ne m’en cache pas, la maternité est ma plus grand joie et ma plus grande souffrance. Je n’ai pas besoin d’entendre que j’ai de la chance à tout bout de champ. Primo, parce que je le sais et secundo parce que ça ne fait pas tout. Comme tous les parents qui élèvent leurs enfants seuls, une fois la porte fermée, je n’ai pas de relais, je gère tout en essayant de garder le sourire, je me sens seule, nulle face à moi même, je craque, je fais le zouave, je tente de mettre de l’ambiance avec pour seule arme un lecteur de CD!

Quand je lâche les vannes, ce n’est pas pour entendre que j’ai de la chance. Ce n’est pas pour entendre que des femmes vivent avec un salaire deux fois moins important que le mien ou galèrent avec un ex qui leur bouffe toute leur énergie. Si je lâche les vannes c’est parce que j’ai besoin d’une oreille attentive, quelqu’un qui va me dire “je te comprends” même si ça dépasse son stade de compréhension, quelqu’un qui va me dire “je sais que c’est dur”. Ou même qui va juste écouter, rien que ça. Juste être là. Parce qu’à cet instant là je n’ai pas besoin de solution, pas besoin d’avis, pas besoin qu’on me dise qu’il faut être fort ou qu’il faut penser qu’il y a pire. Je le sais, je ne vis pas sur ma planète, je vois la misère, je vois les drames, je vois le chaos, je vois les gens qui luttent, je vois ceux qui se battent. Je vois tout ça, je sais. Mais ça ne change rien à ce que je ressens à l’instant où je déverse mes maux sur la toile du monde.

Allez, promettez moi une chose, la prochaine fois que quelqu’un vous livrera ce qui le trouble, ne pensez pas à vous, ne pensez pas que son chagrin, comparé au votre, comparé au reste, ne vaut rien. Ouvrez votre cœur, vos oreilles et ainsi dites lui que vous êtes là, attentif et qu’auprès de vous, juste le temps d’une confidence, il ne lui arrivera rien!

27 thoughts on “Écouter l’autre, oui mais l’écouter vraiment

  1. Écouter sans donner son avis c’est dur !
    Si on nous parle c’est évidemment pour bénéficier de notre légendaire wisdom (j’ai pas trouvé le mot français 😁)

    Liked by 1 person

        1. Il y a avis et avis. Il y a l’avis constructif et celui qui fait mal. Il y a l’envie d’aider l’autre et l’envie se s’apitoyer sur son sort. Il y a les personnes qui sont présentes et celles qui ramènent tout à elles…

          Liked by 1 person

  2. Il n’y a pas de degré dans la souffrance, la solitude. Il y a la souffrance et la solitude … J’aime à penser que j’ai cette qualité d’écoute, cette empathie qui fait que quand un/une amie veut déverser ce trop plein, elle sait qu’elle peut compter sur moi. Mais il est vrai que trop souvent, les personnes ramènent tout à elles … Tu as le droit d’être fatiguée et triste par moment, élever un enfant seule est une prouesse de chaque instant et fait de toi une super maman ! Je t’embrasse Marie 😊

    Liked by 1 person

    1. Merci Catherine!
      Certaines personnes savent vraiment écouter.
      Je pense que c’est une qualité que nous sommes tous à même de pouvoir développer. Il suffit de le vouloir et parfois de se mettre aussi à la place de l’autre, un peu.
      Je t’embrasse et prends soin de toi.

      Liked by 1 person

  3. Comme on dit, le malheur aime la compagnie. Cependant, ce qui est détestable, c’est qu’on dise “oh mais moi c’est encore pire, tu as de la chance” ou “ah oui, ce n’est rien comparé à toi…”. Une douleur est une douleur; notre échelle de souffrance étant ce qu’elle est, un regard attentionné vaut mieux que tout le reste ! Je crois que c’est dans ce genre de moment que l’on sent quel ami nous écoute vraiment…
    Merci pour ce joli partage pleins de sens,
    Belle soirée.

    Liked by 1 person

  4. C’est parfois difficile de trouver la bonne personne à qui se confier ou le moment idéal pour le faire. Mais tu as raison, quand on se confie, c’est pour se libérer par la parole, pas pour être jugée ou comparée. Nous sommes tous différents, avec nos forces, nos faiblesses, notre personnalité et notre histoire. Nous n’encaissons pas les coups durs de la même manière et c’est normal… Une fois de plus tu sais mettre les mots justes sur les choses. J’espère que tu as près de toi de vraies oreilles amicales pour t’écouter quand tu en as besoin (sinon, n’hésite pas, je suis souvent disponible). Je t’embrasse bien fort !

    Liked by 1 person

    1. C’est tout à fait cela Sandra. On se confie pour déposer le poids de ce qui nous mine.
      On sait que la vie n’est pas toujours rose pour les autres. Mais puisqu’il y a toujours pire ailleurs, personne ne pourrait donc dire ce qu’il a sur le cœur à un instant T.
      Merci pour tes mots et ton soutien.
      On va dire que j’ai peu de personnes mais une écoute de qualité.

      Liked by 1 person

  5. On peut savoir écouter les difficultés et les problèmes des autres. Mais si les personnes ne font rien pour changer leur situation et sont sans cesse en train de se plaindre, et se complaisent dans leur malheur, au lieu de trouver des solutions à leurs problèmes. Cela m’horripile au plus haut point. Il a des solutions à chaque problème, si on veut bien les trouver et les mettre en application. Je vois toujours le verre à moitié plein et je n’aime pas me plaindre.

    Like

    1. Il y a dire quand ça ne va pas et se plaindre sans cesse. Ce sont deux choses différentes.
      Je suis plutôt verre à moitié plein, voir même très plein. Mais je me rends compte de plus en plus que parfois c’est juste une façon de fonctionner et quand je creuse un peu, et bien les blessures sont fragiles, les cicatrices prêtent à s’ouvrir à nouveau.
      Il y a des solutions à tout. Mais certaines douleurs mettent du temps à guérir et je crois que c’est important d’être capable de le voir, de l’écouter, de pouvoir le dire aussi.

      Like

      1. Si la personne n’a pas envie de sortir de ses problèmes, on ne peut pas la forcer à aller mieux. Mais on peut juste l’écouter et essayer de la comprendre. A savoir que l’on ne peut sauver personne. Commencer par se sauver soi-même. La vie est trop courte pour s’apitoyer sur son sort.

        Like

        1. C’est certain on ne peut sauver personne mais on peut écouter, accompagner, être présent.
          Certaines personnes souffrent – elles avancent en souffrant.
          De notre point de vue, encore une fois, cela peut ressembler à de l’apitoiement. Mais du leur c’est une lutte de chaque instant. Je crois qu’il faut y penser aussi de temps en temps, sans pour autant vouloir jouer les sauveurs!
          Écouter c’est être présent à l’autre tout simplement. Chacun a ses réponses, en soi. Chacun prend le temps qu’il lui faut pour les trouver.

          Like

          1. On peut aider mais pas prendre toute la misère du monde sur nos épaules.On peut pas éponger les problèmes de tout le monde, même avec toute la bonne volonté. Vouloir sauvez tout le monde s’appelle le syndrome du sauveur.

            Liked by 1 person

              1. Oui c’est vrai qu’écouter et sauver n’est pas la même démarche. Je connais bien le sujet du syndrome du sauveur car j’ai eu un ami qui a ce syndrome et qui n’est pas heureux avec lui-même. Je pense qu’il faut commencer par ce sauver soi-même avant de vouloir sauver les autres. Je ferai un article sur le syndrome du sauveur sur mon blog.

                Liked by 1 person

                1. J’ai dû le côtoyer aussi ce syndrome. Une fois qu’on l’identifie on peut travailler dessus. Et s’en affranchir. C’est un sujet très intéressant.
                  Je crois aussi qu’il n’y a personne à “sauver” à proprement parler.

                  Liked by 1 person

  6. Je comprends tellement. Je te comprends tellement ! Et je t’admire très fort. Souvent, je me fais des simulations dans ma tête de ce que serait ma vie si j’avais un enfant à charge, si je n’avais pas mes parents, si je ne faisais pas des métiers qui me plaisent… Et en fait, je ne compare jamais aux autres finalement. J’entends qu’on a tous des galères, tous des coups de mou, de blues, des coups de “j’en peux plus” et que nos sensibilités nous les font vivre différemment les uns les autres. Qu’il n’y a pas d’échelle de la souffrance ou du “j’en ai marre”. C’est personnel et ça ne devrait jamais être remis en cause.

    Like

Un mot doux pour la route...

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.