Je ne t’ai pas vu grandir

Je ne t’ai pas vu grandir.

Notre aventure a débuté au milieu de l’indicible, un entrelacs de maux dont le souvenir s’estompe peu à peu pour laisser place à la vie. Mais nous nous construisons sur notre passé, ce temps d’avant qui fut un temps de loin, où nous nous retrouvions entre deux trains pour des rendez-vous réguliers qui avaient des goûts de trop peu. Mon cœur débordait quand je te laissais, si petit, dans ton berceau, si plein de vie alors que tout en moi semblait mort. Nous nous sommes apprivoisés dans les larmes, le chaos, dans les méandres d’une histoire qui n’avait d’amour que l’illusion. Nous nous sommes rapprochés dans un soupir, si fragile, un instant en déséquilibre constant, moi avec mes failles et mes sentiments ambivalents, de ne pas savoir, de ne pas pouvoir.

Tu as sept ans bientôt et je prends conscience que je te couve encore comme un petit. L’interprétation de ce conflit intérieur, entre te laisser grandir et te garder encore un peu dans un état qui nécessite mon intervention permanente, me ramène à ce que nous n’avons pas vécu, à ce que je n’ai pas connu, à ce que l’on m’a pris sans penser à mal, à ce que je n’ai pas su réclamer tant qu’il était encore temps, aux limites que je n’ai pas su poser. A ce vide de toi.

Je te regarde, je te découvrirais presque alors que l’on vit ensemble, mon cœur t’écoute zézayer et essayer de trouver ta place. Je n’ai pas d’impossibles projets pour toi mais je sais, aujourd’hui, que je dois doucement te laisser lâcher ma main, te laisser être, t’épanouir et vivre. Mes blessures ne t’appartiennent pas, elles aussi je vais les guérir, à mon rythme.

Ce texte est ma participation à l’atelier d’Olivia. les mots imposés étaient: régulier – interprétation – indicible – méandres – souvenir – aventure – projet – zézayer – soupir 

22 thoughts on “Je ne t’ai pas vu grandir

  1. Ton histoire me parle. Une séparation involontaire entre la mère et le fils pour se reconstruire et la sensation inconsciente de devoir récupérer ce temps perdu à jamais. La remise en question perpétuelle aussi. Et des petits garçons peut-être trop couvés ou trop “bébé” par rapport à ce que la société a décidé pour eux à leurs âges.

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  2. Nous construisons nos enfants comme nous nous sommes construits. Ils portent aussi nos fragments d’ADN…C’est vrai Marie que nous sommes les héritiers de notre passé…un passé qui pèse beaucoup trop parfois dans la balance de la vie.
    On essaie de se construire au présent avec l’espoir d’un avenir brillant. C’est cet avenir précisément que l’on souhaite pour eux.
    Bon week-end Marie.
    Je t’embrasse. 🙂

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  3. Un texte émouvant… et qui me parle bien sûr. Je n’ai pas vécu de séparation avec ma fille, mais les trois semaines de couveuse de mon fils m’ont paru à la fois longues et injustes. Je n’ai pas réussi à entrer tout de suite dans mon rôle de maman et ça me pèse encore aujourd’hui. Je suis devenue une maman louve et laisser mes enfants grandir va être compliqué pour moi (mais bon, je peux compter sur leur papa… à nous deux nous arrivons à trouver l’équilibre)

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  4. Bonjour,
    Qu’est ce qu’il est beau ce texte … voir grandir son enfant c’est magique, dur aussi mais c’est à chaque fois un émerveillement. Tu vas apprendre à moins le couver quoique cela se fera naturellement ou il t’y aidera 😜
    Chaque age est unique … mes enfants sont grands et je repense avec sourire à leur enfance … ce sera pareil pour toi
    Bisous

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  5. Tiens donc! Ces mots imposés nous ramènent vers le passé. Et pour toi, tu y a inclus un peu de futur. On n’a de contrôle sur rien pour ce qui est passé, un peu sur le futur quand même… et plein contrôle sur le moment présent. J’ai beaucoup aimé lire ton texte.

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  6. Ton texte est magnifique de ses émotions, de ses tourments, de ses doutes et de sa ponctuation positive. Prendre conscience de tout ça, c’est un immense pas en avant ! Ai confiance en toi, et en lui aussi !

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  7. Très joli texte sur la parentalité. Beaucoup d’émotions. Probablement que beaucoup de parents sont dans ses interrogations conscientes ou non, de laisser s’envoler l’oisillon, ou de le couver encore.

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  8. Je suis toute retournée en te lisant … L’amour est dans chaque mot, dans chaque silence. Tu dis ” à ce que l’on m’a pris sans penser à mal ” et j’ai envie de hurler face à cette injustice. Parce que c’est une injustice, quel que soit l’état où tu te trouvais à ce moment là ! ” On ” n’a pas le droit d’enlever un petit à sa maman … Combien de temps ? Prends conscience ma belle que ce n’ètait juste ni pour lui,, ni pour toi. Et si tu le couves un peu trop il me semble que c’est bien normal … Je t’embrasse affectueusement.

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    1. Pas tant une injustice que ça Catherine.
      C’était pour me protéger, le protéger. Tu sais avant qu’il naisse je voulais accoucher sous x. Je me sentais incapable de l’élever. Je me suis retrouvée des centaines de fois en haut de l’escalier chez mes parents avec une envie de rater une marche et de me délivrer de cette agonie.
      Alors je pense que c’était vital. Mes parents se sont bien occupés de mon fils, alors que j’ai trouvé du travail à Paris et que je revenais le weekend pour quelques jours avec lui.
      Ça a dure 9 neuf mois et je pense que ça m’a rassurée. Je me suis refusée seule le droit de souffrir de cette séparation. Parce qu’il y avait le travail et puis un divorce à gérer et des menaces journalières. Au moins mon fils était en sécurité et son père ne savait pas où il était.
      Merci pour tout et plein d’affectueuses pensées pour toi.

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  9. Tu as tellement su exprimer ces sentiments complexes qu’une mère éprouve toujours envers son enfant. Quelles que soient les circonstances…
    Je te souhaite de panser tes blessures, et que reste seulement l’amour, la plus belle chose au monde…
    •.¸¸.•`•.¸¸☆

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Un mot doux pour la route...

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