Pourquoi je n’arrive pas encore à faire la paix avec mon éducation

Helena@ Pixabay

Je me pose pas mal de questions en matière d’éducation en ce moment et voilà que ce matin, au réveil, j’ai réalisé que j’étais toujours en phase de guérison par rapport à mon enfance.

Et pourtant j’ai eu une enfance de rêve! J’ai eu des câlins, des “je t’aime”. On m’a consacré du temps, on m’a donné de l’attention. J’ai été désirée, aimée, choyée. Même adorée, par mes grands parents maternels.
J’ai été l’enfant parfaite – calme, sage, qui dormait bien, mangeait bien – pour mes parents.Je garde des souvenirs merveilleux de ma petite enfance.

Ma sœur est arrivée et on peut dire qu’elle a mis les pieds dans le plat direct. Nous n’avons pas vécu les choses de la même manière.
Elle a fait sa crise d’adolescence à trois ans!
Moi, j’ai pris la douleur de l’enfance maltraitée de ma mère en pleine figure. Elle ne me l’a pas demandé mais avec ma sensibilité et mon niveau d’empathie, je me suis sentie pleinement impliquée dans cette quête. Inconsciemment, elle a répondu à mes attentes en nous demandant d’être des petites filles modèles, de ne pas faire de vague. Tout ce qui était hors du cadre était comme un coup de poignard, qui venait mettre à mal les efforts qu’elle faisait pour sortir la tête de l’eau.

Je crois que mes parents n’ont jamais saisi que nos éventuelles crises, nos mécontentements, nos erreurs, nos errements n’étaient pas des actes contre eux, mais juste notre manière d’être, d’appréhender le monde à notre façon.
Plus tard mes choix amoureux, mes envies d’ailleurs furent considérés comme un rejet et non comme des expériences de vie.
Et puis mon mariage, ma séparation, les heures noires furent des grandes déceptions pour eux et une occasion supplémentaire pour ma mère de culpabiliser davantage, de ne pas avoir été à la hauteur de sa tâche, de ne pas avoir su faire, avec moi surtout. Alors même que personne n’est vraiment responsable. C’est arrivé. Et c’est passé.

Nous avons vécu en tant que famille et jamais en tant qu’individus. Nous avons vécu comme les membres d’un seul corps. Nous n’avons jamais vraiment expérimenté la plénitude parce qu’il y avait toujours quelqu’un qui souffrait dans ce quatuor, parfois très oppressant.

Quand mes parents me voient, ils voient l’erreur, l’échec, le combat, le mien, le leur. Ils me regardent avec mon fils et cela leur fait mal. Une fois de plus ce n’est pas mon histoire ni mes sentiments. Oui mais, c’est ma famille…
Et au quotidien, ils sont là, prennent soin de mon fils, prennent part à sa vie. Ils sont présents, aidants, attentifs.

Trop sûrement et c’est ce qui me gêne pour faire la paix. Parce que je les retrouve avec lui comme ils étaient avec moi. Ils me voient comme une chose fragile à protéger et lui en veulent parfois de m’énerver, de ne pas prendre soin de moi. Ce n’est pas son rôle. Et puis je n’ai pas besoin d’être protégée. Je me sens bien dans mes baskets et j’ai l’impression qu’ils mettent un voile sur mon bonheur, comme si ça n’existait pas, comme si je n’existais pas en tant que co-créatrice de ma vie, de ma famille, de ma paix.

J’ai conscience aujourd’hui qu’ils ont fait leur maximum eux aussi, avec les données qu’ils avaient dans les mains. Ils m’ont donnée énormément.J’ai juste fais le tri entre ce que je voulais garder et ce que je laissais derrière. Je ne suis responsable ni de leur bonheur ni de leur détresse. Je ne suis pas responsable de la manière dont ils me voient, dont ils envisagent ma vie.

Je crains juste parfois qu’ils rendent mon enfant responsable de ces maux qui les agitent, responsable de moi, de mes coups de blues passagers. Mon fils est un individu avec son caractère propre, un être qui ne fait pas les choses contre moi mais qui, comme nous tous, se construit au fil des jours. Il n’est pas parfait et je n’attends pas qu’il le soit. Je souhaite juste l’accompagner sur le chemin pour faire de lui un adulte à l’aise et heureux.
Je n’aimerai pas qu’il soit atteint par cette manière de penser, qu’il mette autant de temps que moi à guérir, qu’il devienne quelqu’un d’autre pour faire plaisir, qu’il signe des accords qui ne le regardent absolument pas.

21 thoughts on “Pourquoi je n’arrive pas encore à faire la paix avec mon éducation

  1. Accompagner… c’est le bon mot je crois et la bonne route à adopter avec ses enfants. Leur donner confiance en ayant confiance en eux. Ils surmonteront toutes les épreuves, feront leurs propres choix. C’est difficile de sortir de l’éducation qu’on a soi-même reçue et plus difficile encore de se détacher de l’histoire de sa famille, du poids qu’elle représente et que nous portons malgré nous. Comme toi je fais le tri. Je garde le bon, je mets le mauvais de côté (sans l’oublier parce que c’est impossible), ça me permet d’avancer. J’espère que je ne pèserai pas trop dans la vie de mes enfants, que je ne les bloquerai pas avec mes propres peurs et que j’arriverai à leur donner confiance en eux… Ce n’est pas si évident qu’on pourrait le croire. Bisous !

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    1. On est marqué par son enfance, son éducation Sandra, à tous points de vue.
      Il faut une fois adulte et soi même parents faire le tri. Et garder ce qui est en adéquation avec nos valeurs et nos principes.
      Accompagner nos enfants n’est pas un voyage linéaire. Il faudra toujours s’ajuster. C’est peut-être ce qui est le plus beau et le plus troublant.
      Grosses bises et belle soirée à toi

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  2. Coucou Marie,
    Je suis prudent quant à porter un jugement trop précoce sur une éducation. Ooooh mais je le fais parfois et puis soudain, ça me ramène à ce bon vieux dicton qui dit : “Fontaine je ne boirai pas de ton eau”.
    Aujourd’hui, je me surprends à travailler plus sur les causes, que sur les effets.
    Comme on dit, il vaut mieux prévenir, que guérir.
    Je t’embrasse ma petite Marie.
    Tony

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    1. Juger une éducation, si facile en effet Tony!
      Je crois que nous venons tous avec nos bagages et nos histoires pas toujours à jour, nos chagrins pas toujours digérés, nos blessures pas toujours cicatrisées.
      Je crois que tout part des causes en effet.
      Merci pour ton éclairage et belle fin de journée

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  3. Merci Marie pour ton texte qui fait écho en moi. J’ai eu le même schéma familial que le tient et j’ai osé m’en affranchir et m’en libérer. Difficile de se détacher et casser le schéma familial, bien ancré et établi. Mais j’ai eu le courage de bousculer les codes familiaux qui m’étaient imposée . J’ai ainsi retrouvé ma liberté d’agir, de penser, d’accepter, de vivre et de choisir ma vie. Bises et courage.

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      1. Oui c’est un travail sur soi, difficile et long. Mais la liberté est au bout. Malheureusement on ne choisit pas sa famille mais on peut choisir sa vie. Tes parents sont ce qu’ils sont et tu ne pourras pas les changer. Ils faut composer avec ou s’en extraire, briser les chaînes et le schéma familial qui nous est imposé. Moi je suis désormais en paix avec moi-même et libre d’être ce que je suis. Bises

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  4. Voilà bien l’enfance qui pointe son nez, et forcément tu te demandes qu’est ce qu’ils, qu’est ce que tu transmets ? Une mère maltraitée transmet forcément soit à l’identique, soit l’inverse, comme dans ton cas, de ce qu’elle a vécu. Mais tu n’es pas ta mère. Tu prends du recul, et surtout tu considères ton fils comme un être indépendant, pas comme ton prolongement. Et il le sais, il le sent. Quand à l’influence des grands parents sur lui, tu peux peut être poser des limites, quand cela ne te convient pas. Je crois que nous devrions tous, faire ce chemin vers l’enfance, pour nous comprendre mieux, comprendre nos blessures pour ne pas les transmettre. Courage tu es sur la bonne voie … Bises pleines de tendresse Marie.

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    1. Oui merci Catherine.
      Tes mots m’ont aidé à retourner sur ce chemin.
      Oui l’enfance est la base de tout. Ma mère avait à cœur de ne pas reproduire le schéma qu’elle avait connu. Elle nous aime en tentant de pallier à toutes les potentielles chutes. Elle en a conscience mais ne sait pas faire autrement.
      A moi de poser les limites, c’est quelque chose que j’ai du mal à faire mais je m’y emploie doucement.
      Je t’embrasse et encore merci

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  5. Quel que ce soit le chemin que nous prenons, nous serons toujours les enfants de nos parents, les petits-enfants de nos grands-parents et les descendants de nos ancêtres.
    Certains fils doivent être coupés, d’autres tissés, certains détricotés ou démêlés, pour pouvoir déployer nos ailes avec le plus de liberté possible.
    Faire le tri entre ce qui nous appartient et ce qui nous appartient pas.
    Avoir conscience comme tu l’écris de toute cette histoire et ces liens est une étape majeure. Pour ce qui est de tes parents c’est à eux de faire leur chemin en ce qui les concerne et le plus dur est peut-être d’accepter que ceux qui nous entourent ne voient pas du tout le tissage familial de la même façon et ont leur propre rythme et prises de consciences. Dans certains cas on est obligé de mettre des limites claires pour que leurs projections ne touchent pas trop nos enfants.
    Pour nos enfants on souhaite que le sac à dos qu’il porte soit le plus léger possible et ne soit pas chargé des pierres du passé qui ne leurs appartiennent pas.
    Je pense que tout ce qui est ramené à la conscience, c’est d’autant d’allègement pour la future génération.
    Grosses bises Marie !

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  6. Difficile de détricoter tout cela et de permettre à ton fils de vivre sereinement !
    Je me souviens de mes parents, pétris de bonne volonté et d’amour qui ont dit à mon fils “N’oublie pas quel nom de famille tu portes!”
    Chose incroyable, mon fils a su rester en dehors de tout cela tout en continuant à montrer respect et affection à ses grands-parents qu’il adore.

    Bonne soirée Marie!

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    1. Je pense que nos enfants peuvent réussir à faire la part des choses. Ils sont une partie de l’histoire mais ils ont leur propre perception des choses.
      J’appends à mon fils de ne pas prendre pour argent comptant ce que lui disent ses grands parents, de les accepter avec leurs maladresses.
      Merci Rachel. Grosses bises

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Un mot doux pour la route...

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