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La phrase qui m’a sauvée la vie

Crédit Pixabay

Pour comprendre, il faut revenir en 2012, le 24 octobre 2012 pour être plus précis. A l’époque je suis dans une relation idyllique avec un homme adorable – ça c’est pour vous donner envie de lire l’article – en fait je suis dans une relation merdique avec un type qui dès que je m’assois cinq minutes dans un canapé me traite de feignasse et passe le doigt sur tous les meubles à sa portée pour évaluer ma maitrise des outils ménagers – mention passable.

Moi, j’ai fait les choses en grand, je me suis mariée avec ce type. Si tu as lu mon article d’hier sur mon héritage familial, tu comprendras presque facilement pourquoi cette situation et pourquoi j’en suis presque fière. Et oui, je souffre. Pas un peu. Je ne souffre pas encore à la hauteur de ma mère ou de ma grand-mère mais quand même. Je ne suis plus seulement une postulante au podium de tête, j’en grimpe désormais les marches. Je suis la digne héritière de cette lignée de femmes nées pour souffrir. Ok, je n’ai pas les coups mais j’ai les portes qui claquent, la trouille au ventre, le repas balancé dans l’évier parce qu’il n’est pas assez salé, la gueule parce que je suis sortie sans dire où j’allais. Et puis le silence. Chez nous on ne crie pas, on s’ignore. On passe sans se regarder. On est plus poli avec le clochard saoul du coin qui vient pisser dans la cage d’escalier. C’est pour dire à quel point on se méprise. On baise dans le noir et ensuite on se sépare, chacun son côté du lit, le plus loin possible l’un de l’autre.
Un bonheur que tout le monde nous envie. Je n’ai jamais autant entendu “qu’est-ce que vous êtes beaux!” En plus d’exceller dans l’art de marcher sur des œufs, je sais aussi très bien faire semblant. La preuve, tout le monde est tombé dans le panneau.

Revenons en au 24 octobre 2012, sinon on en est encore là demain! Ce jour là, c’est le jour du grand retour. Après un petit séjour de deux mois sur la terre mère, histoire de se refaire une santé (à coups de fiestas, de copains et de shit), Monsieur daigne rentré chez lui, où sa femme enceinte de cinq mois l’attend avec le sourire.
Ce jour là, les retrouvailles, tout le tralala, tu t’attends à quelque chose d’un peu magique quand même. Tu es épuisée, tu pleurs un jour sur deux, la faute aux hormones, tu te poses plein de questions sur votre avenir commun, avenir tout court. Tu tentes coute que coute de garder le moral et tu te dis qu’après cette parenthèse, le bonheur, tant de fois promis (juré), va enfin se manifester.
Sauf que ça commence mal. Le type qui a trois heures pour faire son transfert à Paris CDG trouve le moyen de rater son avion. On est en droit de se poser des questions. On évite de s’en poser. Ce sont les retrouvailles après tout. On attend encore sept heures. Et enfin il est là. Et il a l’air heureux en plus. Il faut dire que la maison est nickel et qu’on a le sourire de circonstance malgré l’envie de foncer se coucher. Tout se passe bien jusqu’au moment d’aller au lit. Là, dans la fraicheur – très fraiche, un brin humide – des draps, il sort LA phrase qui va changer votre vie.
Vous ne le savez pas encore. Mais là, à cet instant précis, il vous offre une chance. Insaisissable sur le moment.

Et le phrase dit: “on va bientôt rentrer”.
Mais rentrer où?
C’est pas très clair – hors contexte – dans le contexte pas trop non plus, même si on a notre petite idée sur ce fameux où…
Alors il ajoute “au pays”.

Gloups!
Rien de tel pour plomber l’ambiance.
La magie s’est évanouit comme neige au soleil. Il aurait fallu de la poudre de perlimpinpin pour sauver cette soirée.

Ce n’est pas une question. C’est une décision unilatérale.
On n’en avait un peu parlé. Comme ça, en passant, histoire de. De prendre la température, de ne pas faire de mal, histoire de dire les choses sans vraiment les dire.
J’avais sûrement émis, fut un temps, l’idée de pourquoi pas. Avant de connaitre. Et puis aussi parce que le pays c’était une vie de sacrifices qui pour le coup m’aurait offert la première place du grand podium. J’aurais surpassé tout le monde en me planquant derrière un voile et en m’interdisant le droit d’exister. La grande classe!

Sauf que depuis cinq mois je n’étais plus seule. Et pour cette vie qui grandissait dans mon ventre, je voulais le meilleur. Comme tout parent censé!
Je savais ce que ça voulait dire “le pays”, ça voulait dire s’enterrer vivante – devoir demander la permission pour sortir ne serait-ce qu’acheter du pain – vivre avec ma belle famille 365 jours (et nuits) par an – voir mon enfant élevé par d’autres – me convertir sûrement à terme…
J’ai dit “non”. Enfin j’ai dit “non” et j’ai essayé d’étayer mes propos (thèse, antithèse, synthèse). Peine perdue. Il s’est refermé de suite – un bloc de béton armé – me traitant de menteuse, me menaçant de me quitter (la belle affaire!), me promettant presque de me pourrir la vie jusqu’à ce que je dise “oui”.

Je vous passe le chaos des semaines suivantes. Je vous passe le chaos des mois suivants, des années. Je vous passe les détails sordides du départ, du divorce.

Sept après – il m’aura fallut 7 ans quand même! – mais toujours dans cette ambiance “à qui revient la médaille d’or de la vie la plus ratée, de la douleur la plus profonde, de la cicatrice la plus incrustée, la blessure la plus sale?” – pour réaliser que cette phrase avait été le déclencheur d’une prise de conscience sans précédent. C’est cette épée de Damoclès au dessus de la tête qui m’a fait réagir. Sans le savoir, ce jour là, ses mots m’ont sauvée la vie.
Je peux même lui dire merci!

Author:

Auteur - Blogueuse et Poète. J'écris comme je respire... Author - Blogger and Poet. Writing is my breath, my voice, my dream...

36 thoughts on “La phrase qui m’a sauvée la vie

  1. J’ai lu attentivement et je ne sais trop que dire de ton article mais je sais que, perso comme on dit, au premier paragraphe je me serais déjà barrée ou j’aurais castré le mec. Il faut apprendre à dire stop, tu m’emmerdes, je suis pas ta bonne, si tu n’es pas content va voir ailleurs. Même quand on aime. Aimer ne dispense pas de voir clair et surtout de refuser toute contrainte et de se faire rabaisser. Tout mec qui fait ça est à flinguer. Je vais pas me faire des copains mais je m’en moque, à 70 balais je peux me payer le luxe de dire ce que je pense et même quand j’en avais 20 je ne me laissais déjà pas emm…

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    1. Le problème avec ce genre de personnes c’est que tu ne peux pas le dire…
      Il faut prendre ses jambes à son coup avant. C’est tout le problème de l’emprise Marie. Une fois que tu es pris dans sa toile, tu perds ta capacité à réfléchir, à agir, à être. Tu n’es rien et il te le répète assez pour que tu y crois. Que tu ne crois que ça.
      Après dans une situation “normale” je suis d’accord à 100% avec ton avis.
      Merci

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  2. ça craint des mecs pareil, le pervers narcissique dans toute sa splendeur, depuis tu as dû apprendre à te méfier, à être moins dans la compassion. C’est terrible ces destructeurs de vie qui n’ont aucune empathie. Quand on est solide mentalement on se demande comment quelqu’un peut se laisser séquestrer ainsi. Je connais la réponse : débord l’amour ensuite la peur. Deux armes fatales. Heureux pour toi que cela soit du passé et que ton homme actuel soit l’antithèse !!

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    1. J’ai surtout compris pourquoi je m’étais retrouvée dans une situation si catastrophique. Mon avocat trouvait que ça faisait roman du 18e siècle – il avait de l’humour!
      Pour ma part ça a été surtout la peur et l’isolement. Quand on te martèle la tête jour après jour que tu n’es rien, que tu ne vaux rien, ça s’imprime.

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  3. Quelle histoire, je l’ai lu comme on lit un livre. Je suis d’accord avec le commentaire précédent mais comme tu le dis l’emprise dans ces situations là est telle que notre propre capacité de discernement ne nous permet pas toujours de voir les choses telles qu’elles sont réellement. Finalement il y a eu un électrochoc et bien que je ne connaisse que peu de choses de ton histoire j’ai l’impression que c’est la meilleure chose qui te (vous?) soit arrivée !

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    1. C’est une certitude Virginie! La meilleure chose même si ça a été très douloureux et surtout compliqué de se sortir de l’emprise. C’est un mal qui terrasse et parfois tue.
      Merci beaucoup pour ta lecture et tes mots.

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    1. Si je n’avais pas été enceinte, j’aurai sûrement dis oui!
      Et si je n’avais pas été enceinte il ne me l’aurait jamais dit.
      Donc au final c’est très bien comme ça.
      Bises Cécilia

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  4. Non, pas de merci. Ça fait syndrome de Stockholm mais je te dis bravo. C’est toi qui as réagi à sa phrase.
    La vie la plus pourrie ? Je n’en suis pas certain. Il y a tant de personnes qui souffrent en silence et qui s’habituent à cette violence silencieuse de l’autre. Et j’en sais quelque chose. J’en ai déjà évoqué certains aspects par ailleurs.
    Alors aujourd’hui, je te félicite parce que ton texte – bien écrit – sonne comme une victoire sur l’asservissement de l’autre.
    Et contrairement aux idées reçues, de barrer vite fait n’est pas toujours facile…
    Merci de ton témoignage
    Belle journée
    Amities
    John

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    1. Merci beaucoup John.
      Si c’était simple en effet on partirait plus tôt et la violence ne serait pas un tel fléau dans notre société.
      Je le considère comme une victoire, oui! Qui m’a coute pas mal d’années mais dans le processus j’ai appris beaucoup sur moi, j’ai grandis et je me suis surtout offert la chance de vivre une autre vie.
      Amicales pensées parisiennes
      Marie

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      1. C’est une Victoire. Et non seulement l’on apprend de ces expériences mais on peut aussi “en faire quelque chose”. L’écriture en est un bon moyen.
        Je suis sincèrement très heureux de la nouvelle vie que tu as pu avoir
        Amitiés 😊
        John

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        1. Oui John!
          J’ai beaucoup écrit sur le sujet, pour moi, pour les autres.
          Et quand une personne me dit que mes mots l’ont aidée soit à partir, soit à refaire surface, c’est encore plus beau.
          Merci beaucoup pour tout.

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          1. C’est moi qui te remercie.
            Il y a encore beaucoup trop de personnes qui souffrent et sont victimes du comportement de leur conjoint.
            Parler de son expérience, quand cela est possible, peut permettre de libérer la parole.

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  5. Bon jour,
    J’ai connu la vaisselle qui vole et tout le reste enfant et adolescent … de fait, je comprends tes propos mais avec ce regard ancien de l’enfant que j’étais …
    Max-Louis

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  6. Tu sais que je te comprends, n’est ce pas ? Eh oui, on reste des années comme une chèvre à trembler, en se disant que c’est ça qui est bien, jusqu’à ses mots de trop, qui font qu’on se barre vite, la peur au ventre … Tu peux être fière de toi Marie, je comprends le merci, mais c’est toi que tu dois remercier. Affectueuses pensées.

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  7. L’acceptation des conduites méprisantes réitérées d’autrui vis-à-vis de soi fabrique la chute progressive et régulière de sa propre intégrité.Remettre en place le tortionnaire ne suffit pas. Une prise de conscience n’est pas toujours évidente car douloureuse on réalise que l’on a mis en place un shéma masochiste. Lorsque qu’une phrase comme celle qui t’a sauvé la vie, fait résonance en soi, cela permet de mettre un terme à ces répétitions et de sortir de l’engrenage, mais la route est longue et difficile…

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    1. Oui Sabine la route est longue.
      J’ai mis énormément de temps après la séparation à me détacher complètement de l’emprise. Il ne faut jamais négliger son impact dans toute situation.

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  8. Hello Marie,

    Dans un premier temps, merci de nous confier ce morceau de ta vie.
    Dans un second temps, dis-moi que tu as enfin rompu le karma familiale ? 😀
    Je t’embrasse fort !

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    1. Merci beaucoup Sand.
      On va dire que j’en ai pris conscience il y a longtemps mais que j’ai mis du temps à y arriver, que je suis en train de faire le passage – la période s’y prête!
      Je t’embrasse affectueusement et te souhaite une belle journée

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  9. Porter un enfant nous révèle à nous-mêmes.
    Seule, on peut supporter beaucoup de choses. Mais l’amour qu’on porte à un enfant est un truc qui prend aux tripes, un instinct animal. La peur, la fuite, des réflexes primaires de survie.
    Tu as su être lionne pour sauver la peau de ton enfant et la tienne par la même occasion.

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    1. Ce fut exactement mon ressenti Sophie, seule je me sentais capable de supporter. Mais dès que j’ai su que j’attendais un enfant, tout a changé, mes perspectives, mes envies. Je savais ce que je voulais et ne voulais pas pour lui. Cette phrase m’a poussée vers la sortie, mais je savais aussi que tôt ou tard c’était la seule issue possible.
      Merci énormément pour ta lecture et tes mots

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  10. Woua… Ce récit est bouleversant, bravo pour ton courage (d’avoir vécu ça et d’en parler publiquement). Surtout, bravo pour ton courage d’avoir réussi à dire non et d’être restée malgré toutes les difficultés que cela engendrait. J’espère qu’aujourd’hui, tu es la plus heureuse !!!

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    1. Merci Justine.
      J’ai fini par partir parce que justement les difficultés du départ étaient devenues un vrai enfer.
      Cette phrase m’a permis de pendre réellement conscience que ce que je vivais n’était pas normal.

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Un mot doux pour la route...

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