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Les vertiges d’un “je t’aime”

Crédit Pixabay

Je te sais loin. Je te sens près. Ton matin est mon après-midi et ma nuit ta journée. Ces quelques heures et ces milliers de kilomètres qui nous séparent. Juste la partie infime d’un tout. Tant de choses nous séparent sans qu’on en soit conscient. Et si on l’est, alors on l’oublie. Dans le charme de ce que le temps d’aujourd’hui nous offre.
Demain ne sera à jamais qu’une page d’un blanc non immaculé, tacheté de projets, de projections peut-être, d’évidences non acquises, d’envies gardées pour soi.
Je ne sais pas dire. Je ne sais qu’écrire ce que je ressens pour toi. Alors j’écris beaucoup. Je te dis tout, sans la voix.

Avant je disais “je t’aime” tout le temps comme pour retenir l’amour, que je voyais fuir comme du sable qui coule entre nos doigts. Un amour sans profondeur, si ce n’est celle des tunnels qui s’enfoncent dans la terre, qui nous enferment. Dans ma prison, l’amour me tenait compagnie, pour que je ne cède pas à la folie. Tenir encore quelques jours, quelques heures. Tenir l’amour contre mon cœur et sentir le silence le briser à chaque mot, chaque geste, vécu comme une infidélité.

Je ne t’imagine pas quand tu n’es pas là. Je ne laisse pas mes pensées écrire une histoire que je ne connais pas. Je me laisse tranquille le temps que tu reviennes. Le temps qu’un avion ou un weekend te ramène dans mon sillage. Bien sûr je voudrais voir, parfois, le sablier plier sous le poids de mes sentiments. Et alors il n’y aurait plus qu’un espace vide d’obligations, de compromis, un espace neutre sans a-priori, sans blessure.

Je garde mes “je t’aime” sans savoir vraiment pourquoi. L’excuse de l’instant qui ne s’y prête pas. Parce que je ne sais plus dire, en face, les yeux dans les yeux. Parce qu’un sourire en contient déjà tant. Comme le cœur qui s’apaise, comme le corps qui guérit, il se peut que les mots finissent par reprendre leur place. Et que ma bouche ne soit plus seulement la terre qui reçoit tes baisers. Mais aussi le canal qui véhicule mes désirs, mes plaisirs dans une légèreté proche de l’innocence, comme un retour aux sources.

L’idée de ce texte m’a été inspiré par cet article de Solène Vosse.

Author:

Auteur - Blogueuse et Poète. J'écris comme je respire... Author - Blogger and Poet. Writing is my breath, my voice, my dream...

32 thoughts on “Les vertiges d’un “je t’aime”

  1. Je souris à ton texte Marie car mon boy friend bosse à Londres mais a sa maison en Ecosse et nous vivons notre histoire depuis 2005 à distance et c’est bien. Nous nous voyons peu mais c’est chaque fois génial. Il aurait aimé que j’aille m’installer dans sa maison en Ecosse mais troquer une région où le climat est sympa et contre un pays où il pleut beaucoup… j’ai pas voulu sauter le pas d’autant qu’il bosse à Londres et n’est que peu en Ecosse et je me serais retrouvée souvent seule au milieu de moutons. Ce n’est donc pas ton titre qui m’a fait sourire mais les km qui séparent tes deux amoureux. LOL!

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    1. Beaucoup de personnes ne comprennent pas le “vivre séparé” mais je vois que ce n’est pas ton cas!
      Je te comprends même si l’écosse est un beau pays, partir c’est aussi quitter quelque chose, pas toujours le meilleur choix non plus.
      Il faut savoir s’écouter et tant que cette vie correspond aux deux, pourquoi en changer.
      Merci Marie

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  2. Dire “je t’aime” n’est jamais une chose facile lorsque l’amour est sincère. Je me suis toujours méfier des personnes qui, en revanche, l’employait au kilomètre.

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  3. Petite Marie … oui toujours cette chanson de Cabrel qui me revient quand j’ecris ton prénom
    Un joli texte qui confirme ce que tu me disais l’autre jour, “l’amour, je ne sais pas le dire, mais je sais l’écrire un peu”. “Un peu”, c’est toi qui le dit.
    Merci, un tout grand MERCI pour ce texte inspiré par mon billet. En plus, la distance (séparations, retrouvailles…. ) tout cela me parle tellement.
    Je me demandais: que serait l’amour sans les mots ? Et d’ailleurs, est-ce possible ? ” Il n’y a pas d’amour sans les mots”, ai-je écrit un jour…. De là à dire “je t’aime” comme on dirait bonjour, bien sûr. On aime tellement de monde ( famille, amis) et de choses…. il faudrait presque inventer un autre mot pour notre moitié.
    Bref, pour en revenir à l’amour à distance, sur la durée, cela me parait impossible. Et pourtant Khalil Gibran a vécu une subime histoire d’amour avec une femme ( dont je ne me souviens plus du nom) qu’il n’aura finalement jamais rencontrée. Elle aura duré, perduré des années et des années. Et ce, jusqu’à sa mort. Il en reste une correspondance magnifique.
    Belle fin d’après-midi et douce soirée à toi, Marie. À bientôt.

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    1. C’est une de mes chansons préférées Solène. Elle est si poétique en plus…
      Je te rejoins sur l’invention d’un autre mot. C’est peut-être aussi pour ça que je le dis peu. Parce qu’il est presque trop fragile pour mes ressentis et sentiments.
      Les mots sont de toute éternité liés à l’amour. Il suffit de regarder les romans qui ont traversé les âges.
      L’amour à distance j’ai essayé, un peu trop compliqué. Mais comme tout il suffit d’une histoire!!
      Belle journée à toi et au plaisir de te lire.

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  4. Cet amour à distance, je l’ai vécu un temps et il nous convenait. Et la maladie s’est invitée, et j’ai failli tout plaquer pour être à ses côtés. En moins de 9 mois, nos vies chamboulées, des kilomètres parcourus, des larmes refoulées. Aujourd’hui, je me dis que heureusement, je n’ai pas cédé à ce qui me semblait sur l’instant une priorité. La mort a gagné… J’aurais tout perdu, l’amour, mes repères… Et j’aurais peut-être sombré.

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  5. Jolie idée qui t’a été donné par l’article.
    L’inspiration me semble elle venir d’ailleurs.
    Texte plein d’émotions, comme toujours !

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  6. Très joli texte… Je n’envie pas ses couples qui vivent leur histoire d’amour à distance… Notre couple a été comme en suspend pendant 9 mois pour des obligations professionnelles, c’était vraiment dur même si les retrouvailles étaient à chaque fois des bulles de bonheur. Aujourd’hui réunit et parents d’une petite fille 🙂

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    1. Merci beaucoup
      Je crois qu’il y a des couples pour qui ça fonctionne, la distance ou ne pas vivre ensemble. Tant que les deux sont sur la même longueur d’onde.
      C’est plus difficile quand c’est douloureux.
      Heureuse que ces obligations n’aient pas perduré plus longtemps.
      Plein de belles choses à vous 3

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Un mot doux pour la route...

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