Posted in Carnets de route

Entre l’enfant que j’étais et l’enfant qu’il est

Crédit Marie Kléber

Je suis une enfant sage, qui ne fait pas de vague. Je n’exprimerai mes émotions que tard, plus tard. Et mal, très mal. Je ne sais pas dire.
Je vis dans une bulle, celle qui me protège d’un monde que je ne comprends pas. Je parle seule et dans la cour je ne suis qu’avec ceux qu’on met de côté – déjà.

Je suis une enfant sage. Des crises qui se comptent sur les doigts d’une seule main. Je me mets à l’écart. Je suis de la famille, tout en étant d’ailleurs.
J’ai frôlé la mort et peut-être que c’est pour ça que mes parents me protègent tant, qu’ils ne me comprennent pas. Pourtant ils sont là, bien présents, ils m’aiment et je le sens. Ils font face aux regards et aux jugements. Ils me défendent à tout instant.

Je suis une enfant sage. Je vis dans un monde que personne ne connait. Je m’invente des voyages, des amis. Ça ne fait pas de mal. Ça inquiète un peu les grands.
J’ai à peine 4 ans, à l’école, je ne parle pas mais je dors beaucoup. Les psychologues disent que tout va bien. Plus tard ils diront que je fuyais la réalité. Que c’était ma manière à moi de me protéger.

Je suis une enfant sage. Je ne bronche pas. Je ne pleure pas. Je ne conteste rien. Je ne crie pas. Je joue dans ma tête. C’est très bien comme ça.
Le monde autour tourne et je l’oublie. A l’intérieur de moi, c’est le chaos, de plus en plus. La mer est seule à m’apaiser. J’ai la nostalgie du temps passé.

Je suis une enfant révoltée. Personne ne le sait. Personne ne s’en doute. Jusqu’au jour où…

***

Il est un bébé sage. Il sourit. Il illumine ma vie quand tout en moi n’est que mort. Il est le rayon de soleil qui vient redonner vie à la fleur flétrie.
Il est un bébé joyeux. Il me donne envie de me battre. Il est la douceur après l’horreur. Le regarder apaise mes peurs, ma colère, mon impuissance à lui offrir plus.

Il est un enfant rêveur, riche d’idéaux. Il aime la vie. Il aime le monde. Il aime ces atmosphères qui font battre le cœur un peu plus vite. Il fait battre le mien entre deux crises. Il me fait chavirer de bonheur avant de me plonger dans un océan de culpabilité.

Il est un enfant qui s’affirme. Il crie. Il teste les limites. Il négocie tout et c’est épuisant. Il est aussi très câlin et une phrase de lui a le pouvoir de me remettre sur les rails.

Il est un enfant que j’ai du mal à apaiser. Il est un concentré d’émotions vives. Il se fâche vite et puis oublie aussi vite. Ange et démon en quelques secondes top chrono. Il cherche en moi la sécurité. Que je ne peux pas toujours lui offrir. A être rassuré sur le fait que je ne vais pas partir.

Il questionne tout ou presque. Il m’offre de me remettre en question régulièrement, de tester de nouvelles idées, de prendre les choses avec plus de légèreté. Il est à un souffle de moi. Un souffle bien fragile parfois.

Il est si différent de l’enfant que j’étais…

Author:

Auteur - Blogueuse et Poète. J'écris comme je respire... Author - Blogger and Poet. Writing is my breath, my voice, my dream...

16 thoughts on “Entre l’enfant que j’étais et l’enfant qu’il est

  1. Pourquoi l’enfant serait il l’image des parents ?
    Déjà je peux t’assurer que des jumeaux sont différents entre eux, alors parents enfants…
    Après l’enfant a toujours des traits des parents, la lecture, le sport l’humour, ,…

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  2. Je ne fus pas une enfant sage, j’avais réponse à tout, j’étais meneuse, rigolote, impatiente, volontaire, extravertie en apparence mais je vivais dans ma bulle de rêve où comme toi je m’inventais mes petits mondes de douceur alors que je jouais aux cows boys et aux indiens, je bâtissais des cabanes, j’étais un explorateur en herbe. Je me suis assagie… quoique….
    S’agissant de ton enfant sage, il ressemble plus à ma fille, elle n’a pas grand chose de moi,. Mais je ne m’étendrai pas là-dessus

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  3. Si ma fille ressemble à mon moi d’aujourd’hui, elle est très éloignée de celle que j’étais enfant…. Je possède bien certaines clés mais elle est trop petite pour pouvoir les saisir et moi, j’ignore celles qui lui iraient.
    Pas facile de comprendre nos enfants…
    Plein de bises Marie !

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  4. C’est souvent troublant, de te lire, Marie, car je crois que nous avons de nombreux traits communs.
    Tes mots sur ton enfance font particulièrement écho en moi…

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  5. Dans un enfant, qu’est ce qui appartient au tempérament, au caractère, à l’éducation, à l’environnement, à l’héritage psychique ? Il est bien difficile de faire le point sur tout ça, de faire le tri ! Accueillir un enfant, c’est avant tout une rencontre entre deux mondes. On s’apprivoise au quotidien et selon son évolution 🙂 On est parfois démunie, parfois en symbiose. Tout bouge …

    Peut-être devras tu particulièrement l’accompagner dans ses émotions lorsqu’il grandira. Peut-être que ce travail te permettra de faire la paix avec ton enfant intérieur et d’accueillir ton monde émotionnel 😉

    Line de https://la-parenthese-psy.com/non-classe/les-9-symptomes-de-la-depression/

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    1. “On s’apprivoise au quotidien et selon son évolution 🙂 On est parfois démunie, parfois en symbiose. Tout bouge …”
      C’est exact. C’est le mouvement qui me déconcerte. Un équilibre à réinventer sans cesse.
      Merci pour vos mots
      Guérir l’enfant intérieur, oui, il faudra y venir. J’ai essayé des choses mais force est de constater que cela n’a pas suffit.

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  6. La petite fille sage, ah je connais ! Et le fils si différent je connais aussi … j’ai toujours fonctionné avec lui, non pas avec la raison mais avec mon coeur et mon intuition de maman. Je me suis battue pour lui contre les enseignants, contre son père et il le sait. Il sait que je l’aime et c’est le meilleur cadeau que l’on puisse faire à son enfant l’amour ! Je t’embrasse.

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    1. Coeur et intuition, je crois que je rationalise un peu trop les choses – par crainte de mal faire – alors que oui ce sont des valeurs sûres Catherine.
      Mille mercis.
      Je t’embrasse affectueusement

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  7. Moi, j’étais casse-cou. Mon fils est peureux. Je faisais un drame si j’avais un 7/10 et lui s’en fout s’il a 0. Il est têtu comme une mule, moi pas spécialement. Par contre, on a tous les deux le même humour et la même curiosité intellectuelle et c’est génial ce qu’on partage. Il y a aussi des phases où je ne le comprends pas mais je crois que c’est normal. Bisous

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Un mot doux pour la route...

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