Posted in Carnets de route

Une maman fragile

Credit Pixabay

J’épingle les maux au cahier des charges de la vie de famille. Je passe du rire aux larmes, j’oublie les cris puis la colère revient. Je fuis les nuits, leur lot de cauchemars. Je perds le fil du beau.

J’aspire à davantage…
De temps que je suis seule à pouvoir m’offrir.

Je m’oublie. Je passe après le repas, le brossage des dents, l’histoire, le dernier rappel, les câlins. Je passe après la tournée officielle des machines, de la vaisselle, du ménage. Parfois ça laisser un goût amer. Et puis ça s’en va.
Au réveil, la joie me cueille au saut du lit. Un peu avant le retour des “non” qui ne cessent de s’accumuler. Mes limites semblent contestables. Elles sont sans cesse contestées. Les négociations sont interminables et me laissent vidée derrière la grille de l’école. Un sourire aux lèvres. Je m’accroche aux rires pour ne pas perdre le fil.

Et quand on me propose de l’aide j’ai du mal à lâcher prise. Comme si j’avais peur de quelque chose. Que l’on me vole encore un peu de lui. Comme si j’avais peur de le perdre, qu’avec d’autres il trouve plus de sérénité et de confiance qu’avec moi. Quelle étrangeté que ce sentiment là!
J’ai l’impression de disparaitre derrière ces autres, derrière ces mains tendues. Je perds de ma consistance. Mes failles m’apparaissent en gros plan. Je me sens vulnérable, indécise. J’accepte, le cœur partagé. Je sais qu’il appartient au monde et que le monde l’attend, que le garder trop proche serait ne pas véritablement l’aimer.

C’est comme si la blessure des premiers mois s’ouvrait à nouveau, ce temps que je croyais guérit, ces mois à ne le voir que 48h par semaine. Essayer de l’aimer au milieu du chaos. Dans l’imprécis. Le voir s’attacher à d’autres et m’éviter. Un réflex. Si compréhensible. Quand mon corps tout entier respirait l’angoisse de ne pas savoir faire, ni dire.

Je cherche le juste milieu dans un espace riche de contrastes. Tant de données m’échappent. Je suis comme un funambule au dessus d’un brasier. En perpétuelle quête d’équilibre. Quand je crois y être arrivée, une marche disparait et c’est le vide. A apprivoiser. Sans certitude.

Je manque de légèreté. Je suis une maman fragile.

Author:

Auteur - Blogueuse et Poète. J'écris comme je respire... Author - Blogger and Poet. Writing is my breath, my voice, my dream...

10 thoughts on “Une maman fragile

  1. Il faut toujours laisser un peu de toi partir dans le monde, parfois ce sont tes écrits, d’autre fois c’est ton enfant… Rien n’est facile et je ne pense pas que ça le devienne vraiment un jour.

    “You were so brave today”, une phrase entendue chez Liz Gilbert, qu’elle se dit à elle-même en temps difficiles ou le fil du beau se perd, mais que tu as tenu tous les autres fils à bout de bras no matter what.

    You ARE so brave.

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    1. C’est très vrai ce que tu dis Cléa. Ce n’est pas évident mais rien ne l’est quand les émotions et les sentiments rentrent en ligne de compte.
      Mille mercis pour ta présence et tes mots.

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  2. Pas simple la vie de maman solo…. Et encore je lis que tu le laisses à tes parents aux vacances etc… Moi ça fait 23 ans que j’en ai toujours un, pas de jour sans enfants, je ne connais pas ça.(oui j ai une fille de presque 23 ans qui fait sa vie désormais)…. je rêve de repos juste 2 jours…. j’en rêve et puis ça passe…. et là ça craque ….. je suis trop sollicitée depuis 23 ans à donner que pour eux ma vie je l’ai oubliée et du coup en plus du stress post traumatique je fais une burn out maternel dixit le doc vendredi dernier et je serais à partir de vendredi en hoptal de jour….. pour couper avec cela (même si le soir je retombe dans tout ça…) mais au moins en journée je devrais voir autre chose que chez moi…..

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    1. Ce n’est jamais simple Maud. Il faut en effet composer avec de nombreux paramètres, entre le boulot, la maison, les activités des uns et des autres.
      Quand ça craque il faut se faire aider. C’est toujours le risque, de ne plus pouvoir au bout d’un moment, de ne plus arriver à avancer. Prends soin de toi

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  3. Pour tout individu, dès la naissance, la coupure du cordon est tout autant porteuse de vie réelle que de mort symbolique. Quel que soit le chemin, l’injonction essentielle sera toujours, en conscience ou pas, de devoir renoncer.

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Un mot doux pour la route...

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