Posted in Carnets de route

Quand les souvenirs douloureux s’invitent à l’improviste…

Crédit Pixabay

Je serai toujours seule face à ces souvenirs. La joie se partage, se comprend. Le bonheur se faufile et chacun peut en prendre un peu. Le chagrin et la terreur n’appartiennent qu’à nous. Ils se partagent peut-être mais personne n’en saisit vraiment la portée. Personne ne connait le fond des heures noires, à errer, du chagrin pesant qui nous laisse vidés sur le bord de la route. Certaines personnes devinent. Tout juste. C’est déjà beaucoup.

Ils sont revenus comme ça. J’ai bougé les carrés de couleurs – sûrement dans trop de sens – et le passé s’est invité à ma table. Mes pieds sur le sol et la neige autour. La nuit et le froid qui court sur mes bras nus. Mes pieds qui voudraient être aspirés par la terre. J’ai voulu faire marche arrière. J’ai déplacé les carrés de couleurs. Revenir au présent. Trop tard. Le vent et le froid. Mes pieds nus et mes doigts qui voudraient tout arracher, mon cœur, creuser un trou pour que je puisse m’y cacher. Fuir la réalité. J’ai regardé les carrés. Rouge et blanc, comme le sang que je souhaite voir se cristalliser pour que mon coeur ne soit plus irrigué. Le blanc comme la neige qui recouvre mes pieds nus. Derrière la porte, mon secret, si bien caché. Mon enfer, si bien protégé. J’ai cherché les verts, en vain, j’ai voulu les bouger, retrouver aujourd’hui. Mais j’étais partie trop loin dans le passé.

Allongée, j’ai guetté le sommeil. J’ai senti les larmes rouler sur mes joues. Les carrés de couleurs étaient à nouveaux mélangés. Aucun n’avait trouvé sa place. J’errais dans l’antichambre du “pas assez”. Encore et encore. J’avais beau savoir que ce n’était que des souvenirs, rien de tangible donc, je n’ai pas réussi à les éloigner, pas cette fois.

La nuit m’a paru durer une éternité. Ce même refrain qui revient, cette même peur. Toujours. Ce même sursaut. Respirer. Et replonger. Puis sursauter encore. Avoir envie d’arrêter la nuit. Guetter le jour. Et tenter de retrouver un peu de contenance, avant une nouvelle journée.

J’ai regardé les carrés, un peu de bleu dans mon ciel d’orage. J’ai voulu essayer à nouveau mais les couleurs scandaient les notes d’une chanson que je n’aime pas. Alors j’ai arrêté avant de m’enfoncer davantage. J’ai lâcher prise. Non sans mal. Je suis retournée à mes murs, aux mots doux, aux étreintes rassurantes, aux sourires. J’ai abandonné les carrés à leur triste sort, en me disant que d’autres y arriveraient mieux que moi, d’autres qui n’auraient pas peur, qui ne se sentiraient pas vulnérables à la moindre faille d’un système qu’ils ne maîtrisent pas. Je n’en suis pas encore là…

Et vous les souvenirs douloureux, arrivez-vous à les tenir à distance ou au moins à les envoyer balader quand ils se présentent sans avoir été invités?

 

Author:

Auteur - Blogueuse et Poète. J'écris comme je respire... Author - Blogger and Poet. Writing is my breath, my voice, my dream...

23 thoughts on “Quand les souvenirs douloureux s’invitent à l’improviste…

  1. Un bon moment s’invite et passe, il est difficile de tenir le bonheur entre ses mains et de le maintenir en vie sur la durée. En revanche, le malheur ne s’invite pas, il est imprévisible et parfois même arrogant…
    Ce qu’il faut comprendre dans tout ça, c’est que pour grandir et avancer, il faut se recréer chaque jour. Pour finir, se recréer c’est côtoyer l’inverse de ce que l’on est, tel le bien le mal, l’amour la haine, la joie la tristesse…
    Attention, côtoyer ne veut pas dire adhérer…
    Bonne journée Marie ☺️
    Tony

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  2. ❤ Marie – tu y viendras. Et moi aussi.
    Et, oui, on chute encore, même quand on pense que ça n’arrivera plus.
    Comment je fais ? Je lâche prise. Je pleure, et je me dis qu’ils ne sont que ça, des souvenirs, même si j’ai encore peur, parfois. Je sais cependant que mon esprit me protège, car il a effacé beaucoup de souvenirs douloureux (quand quelqu’un me reparle de telle ou telle chose, il m’arrive de ne pas m’en rappeler du tout) – question de survie, sûrement. J’ai toujours été positive, optimiste (c’est en partie ça qui m’a sauvée), et c’est ça que je veux retenir.

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    1. C’est étrange Olivia, parce que moi aussi il y a des évènements que les gens me rappellent et qui ne me disent plus rien. L’esprit oublie puis se souvient – un peu au hasard.
      Quand j’en parle avec des personnes qui ont vécu plus ou moins les mêmes choses, je me rends compte que le temps agit sur nous et en nous. A son rythme. Il faut juste l’accepter.
      Merci beaucoup pour ton soutien.

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  3. Quand les douloureux souvenirs pointent le bout de leur nez, il faut les laisser sortir car un jour, peut-être, ils finiront par ne plus réapparaître. C’est du moins ce que l’on peut te souhaiter. On lit, on comprend mais comme tu le dis, il est toujours difficile de se mettre à la place d’une autre personne, ne serait-ce que parce que la souffrance est différente selon chacun de nous, que même si on a souffert ce n’est pas de la même chose. Parfois il faut en passer par une analyse ou une simple thérapie … mais si le thérapeute est de qualité, quand on arrive au bout et que les choses reprennent une place plus tranquille on regrette de ne pas l’avoir fait plus tôt.

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    1. C’est ce que je me dis, il y a peut-être encore un peu de travail à faire.
      En interne. Peut-être que tout cela me nettoie au fond.
      Certains souvenirs ont déjà disparus et quand on me les rappelle je me demande si ils ont vraiment existé!

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    1. Non pas toujours. Mais oui tout faire pour les maintenir à distance Rachel et quand ils s’invitent, les laisser venir et leur dire bien en face ce que l’on pense d’eux.
      Grosses bises et merci

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  4. Avec le temps, j’arrive à ne plus souffrir… je me demande si ce n’est pas un effet bénéfique de la pleine conscience : l’événement étant passé, il ne peut plus me faire souffrir… Mais c’est “juste” une hypothèse…
    Bisous ❤

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    1. Merci Cécile!
      Ecoute, hier, j’ai médité, je me suis posée (enfin) et j’ai compris ça aussi. Donc oui je pense que tu as raison. Je ne prends pas assez soin de moi ou en tous cas, je ne l’ai pas fait ce mois-ci.
      Merci beaucoup. ❤

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  5. Avec le temps ces souvenirs aussi s’effacent…tout s’efface les visages les voix plus facilement que certains souvenirs qui reviennent parfois en mémoire dans les rêves surtout où certains s’invitent de nouveau sans être invités et qu’on refoule au réveil ils ne sont plus que des souvenirs dans un tiroir de notre mémoire.bises Marie
    PS: donne moi vos nouvelles coordonnées

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  6. Les souvenirs sont de moins en moins douloureux pour moi, voire quasiment pas. Parfois, je me demande si je suis normale considérant le fait que “mon fils est parti brutalement, je n’ai plus d’amoureux” etc, etc.. Bref, je pourrais avoir la panoplie de la victime parfaite. Sauf que j’ai la Vie que je me suis construite et qui m’ est offerte. Mes introspections régulières m’ont beaucoup aidée à ce niveau là (car la douleur du souvenir n’est que l’écho de l’ego et non la réalité) et je n’ai pas honte à le dire : c’est super jouissif. Je peux désormais écouter Nostalgie à fond de ballon et chanter aussi fort que Bridget Jones, les mouchoirs en moins 🙂

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    1. C’est tout un cheminement. En effet.
      Comme le disait Ornella, je ne sais pas si je souhaite encore me détacher de ça. C’est ce qui fait de moi qui je suis, et cela nourrit aussi mon écriture, mes réflexions personnelles. Je m’en détache petit à petit toutefois. Et ne restent que quelques vagues que j’apprends à aborder plus sereinement.
      Il n’y a pas de modèle dans la vie. Enfin je pense. Le tout est d’être en phase avec soi même.
      Merci!

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  7. enfin quand je dis que mon fils est parti, je parle de la maison, pas d’inquiétudes autres 😉

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  8. Je pense que l’on peut se nourrir de bien d’autres choses que les ressentis des souvenirs pour l’écriture, mais bien sûr, à chacun ce qui lui correspond 🙂

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Un mot doux pour la route...

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