Comme autrefois

Il regarde devant lui, en contrebas les maisons, petits points de poussière colorés, se détachent sur l’horizon. Il apprécie le silence de cet endroit, repère de bergers qui jadis venaient faire paître leurs troupeaux – en reste-t-il de ces hommes-là, alertes et aptes à travailler de longues heures, gestes précis et corps plongé dans une contemplation quasi monastique ?

Il savoure la quiétude de ce lieu comme oublié du temps, les yeux vissés sur l’ubac*. Son cœur bat la chamade, cette mélodie cruelle qui lui rappelle pourquoi il se trouve là, aujourd’hui, pourquoi il a parcouru tant de kilomètres en une nuit. Nuit d’orage et routes glissantes. Le fracas de la ville puis le froid de la campagne déserte. Au petit matin, un feu l’attendait dans la salle commune de la maison. Comme autrefois.

Le chien avait aboyé. Hurlé à la mort plutôt, réveillant le village, alertant les alentours. Un départ sans retour. Aussi simple que cela. La mort, on en fait tout un plat. Et puis elle débarque, c’est l’heure d’éteindre les lumières, d’égrener les regrets, de regarder la vie s’esquiver sans un mot, sans même un aurevoir.

Le téléphone avait sonné. Hurlé la fin dans le grand appartement du 5e étage. Instant gravé dans le marbre des dalles du hall d’entrée. Il avait décroché, inquiet, impatient. La nouvelle telle une onde s’était faufilée entre les interstices de ses pensées et c’est avec une fluidité quasi surnaturelle qu’il s’était habillé, puis dirigé vers sa voiture.

Pas le temps de réfléchir. L’urgence. La gérer. Et puis après aviser.

Il se tient toujours là, à flanc de montagne, incertain des maux qui le travaillent. Il ne sait rien de la fin de ceux que l’on aime. Alors il se tait et respire la chaleur de la terre. Sa terre.

Ce texte est ma participation à l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots à insérer dans le texte étaient les suivants: ubac – fluidité – aboyer – berger – geste – feu – poussière – onde – retour – éteindre – chamade.

* Aucune certitude sur la bonne utilisation du mot “ubac”…

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22 thoughts on “Comme autrefois

  1. Je n’ai pas lu les autres participations mais j’apprécie beaucoup la tienne. Elle me touche car elle se marie à mes propres souvenirs, non pas de revenir sur un lieu où j’avais vécu et perdu une personne chère mais plutôt une envie de retourner régulièrement dans un petit coin de France qui m’a fait aimer la montagne, la découvrir, apprendre beaucoup d’elle. J’avais 14 ans et il y a longtemps que je n’y suis pas retournée, enfin longtemps pour moi car c’est un peu chaque jour que je pense à ce lieu et j’ai l’impression que la dernière fois était il y a un siècle alors que cela ne fait que 4 ans

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  2. Jolie déclinaison du thème de la mort. Celle qui arrive sans prévenir et que l’on essaie de gérer en se ressourçant au cœur de la nature. Ton ubac est tout à fait bien employé.
    •.¸¸.•`•.¸¸☆

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  3. A partir de mots imposés tu as construit une histoire toute en émotion . Avec l’éloignement des enfants c’est une situation qui arrive souvent ! Au fur et à mesure que je parcourais tes mots le film se déroulait dans ma tête. Merci pour ce beau texte 🙂 Grosses bises

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    1. C’est pas facile la mort Cécile. J’aime en parler par contre, enfin l’écrire. Ça permet de saisir quelque chose.
      Même si ce quelque chose est différent d’une personne à l’autre.
      Bon vendredi à toi aussi. Merci beaucoup.

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Un mot doux pour la route...

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