Le premier flocon

© Aaron Wilson

Il n’y aurait donc que la peine qui mériterait d’être contée, la tristesse, la colère, les démons qui mériteraient d’être peints, le cafard, les idées noires qui mériteraient de prendre vie sous le crayon de l’écrivain, le trouble, le doute, la peur qui mériteraient d’être captés par l’objectif du photographe.

Face à cette photo, dans cette galerie, elle se pose des questions. Que penseraient les autres de ce cliché ? Tous ces flocons et ce brouillard, n’est-ce pas un peu trop ?  Elle entend déjà les voix qui cloueraient au pilori cette œuvre qu’ils regarderaient comme une énième guimauve, sans saveur.

Les écouterait-elle ? Se rallierait-elle à leur façon de penser, qui veut que si ça ne saigne pas, c’est sans intérêt ?

Elle se souvient alors. Des circonstances. Du jour, de l’heure. Du premier flocon qui fend l’air, qui dégringole du ciel et vient s’écraser sur le bitume froid. Puis de ceux qui suivent, enveloppant la ville d’un manteau blanc, soyeux. Du silence et des pas qui crépitent. De l’enthousiasme des enfants, de leurs yeux éblouis. Du ciel gris perle. Et de ce papier sur lequel dansaient les lettres « rejoins moi près du pont ». De l’excitation, des frissons. Du chemin. Et de ce pont. Un paysage de carte postale, juste là sous ses yeux. Juste le jour où…

Face à cette photo, dans cette galerie, elle sut que le bonheur aussi pouvait être peint, capturé, conté, écrit.

Ce texte est ma participation à l’atelier d’écriture 318 de Bric A Book

35 thoughts on “Le premier flocon

  1. Je me sens un peu visé par ce joli article qui prétend que l’on peut écrire ou faire de l’art aussi bien sur le bonheur que le malheur ! La détresse n’attire pas forcément plus de belles phrases que la liesse ? P’tete bien que oui, p’te bien que non… Quand je saurais ce qu’est le bonheur durable je pourrais te répondre avec plus d’exactitude ! Quand je ferais connaissance avec la profusion des instants magiques qui devraient submerger l’existence de tout un chacun je tenterais, c’est promis, de me répandre en phrases magnifiques et mirifiques décrivant les détails sublimes de ce portrait idyllique de la vie et sans en faire de la guimauve. Promis craché ! Or là je viens de nettoyer la poussière de l’appart et je repars bosser. La rime manège dans mon cœur comme il neige sur la ville ; Quelle est cette langue ma sœur qui pénètre mon cœur ? Ô bruit doux du cortège….

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    1. Certains voient la beauté dans un grain de poussière!
      Cela fait suite à plusieurs commentaires et des discussions, ici et ailleurs. Rien de personnel.
      Je ne pense pas qu’il faille vivre le bonheur pour pouvoir l’écrire, ni vivre le malheur d’ailleurs.
      Peut-être que tout est question de ce qui importe pour nous. Certains se sentiront plus à l’aise avec tel ou tel style. Le tout est je pense d’accepter que nous écrivons tous ce que nous pouvons – et ça plaira ou pas.

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      1. il ne s’agit pas de vivre quelque chose pour l’écrire. Il s’agit d’avoir une température interne créatrice. Or quand tu es un peu déprimé tu te renfermes sur toi et donc tu es en phase avec l’écriture et prêt à te dénouer les tripes. Quand tu fais des bonds de joie t’as juste envie de faire l’amour ou de sauter au plafond, t’es en phase avec le ciel bleu et les oiseaux blancs, tu planes tu vas pas t’embêter à écrire cela où alors bien plus tard dans un état à retardement où tu reviendras sur ces moments passés.

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        1. Je pense que tout dépend des personnes. Pour ma part autant j’ai besoin d’écrire quand tout tourne mal. Autant j’ai envie d’écrire quand le bonheur est là aussi. En fait j’écris tout le temps, ici et ailleurs.
          Quand tout va bien, c’est vrai qu’on voit moins les personnes. Mais dès qu’il y a un problème, c’est recrudescence de mots. Je trouve ça dommage. Le bonheur aussi se partage. C’est porteur de vie!
          Mais peut-être que je suis une grande rêveuse…

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  2. C’est le genre de photo qui me plaît et qui me fait rêver. Je trouve la vue romantique à souhait et je ne peux m’empêcher d’évoquer la fillette que j’étais tentant de recueillir un flocon sur le bout de la langue 😀 Le bonheur peut être conté avec autant d’intensité que la tristesse ! Belle semaine Marie Grosses bises

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  3. Joli texte.
    Effectivement, certains penses que la misère en rime est belle et que le bonheur n’appelle pas à la créativité… Réducteur…
    Qui n’a rêvé sur son premier flocon…
    La semaine dernière le visage des enfants les voyant tomber était magique.

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  4. “Si éclairants soient les grands textes, ils donnent moins de lumière que les premiers flocons de neige.”
    Christian Bobin
    Bien à toi Marie.

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  5. Personnellement, j’ai toujours préféré décrire le bonheur plutôt que la mélancolie Mais n’oublions pas que.le second choix, peut-être thérapeutique.

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  6. Une jolie manière d’aborder la tristesse et la joie, le mal être et le bonheur… qui sont indissociables je pense (l’un espérant l’autre). Ton texte me plait par ses mots justes et sa tournure bien sûr, mais aussi parce qu’il en ressort une volonté de ne pas sombrer dans le « malheur », une volonté de voir le côté positif de la vie. 😉

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    1. C’est ce qui me tient, de toujours voir la beauté, le bon, le vrai. Et je suis heureuse que mon texte le montre si bien Jos.
      Aucune vie n’est linéaire, aucun bonheur placide.
      Mille merci pour ton retour.

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  7. Fort heureusement, on peut écrire sur tout. On a tous plus ou moins notre registre, notre style mais personne n’est cantonné à ces derniers. Merci à toi.

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Un mot doux pour la route...

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