Violence – Emprise: 6 ans après…

J’ai volontairement choisi de ne pas répondre aux commentaires sous l’article d’hier, étant donné que ces mots appartiennent à une autre personne. Je vous remercie toutefois pour votre bienveillance à son égard.

Certains ont particulièrement retenu mon attention et comme l’idée d’un article se profilait à l’horizon sur le même thème, je me suis dit que j’allais en profiter pour rebondir dessus.

Tout d’abord, comme le souligne très justement Sweet-Things, les victimes de viol, de violence conjugale ne sont pas uniquement des femmes et les bourreaux pas essentiellement des hommes. Les couples hétérosexuels comme homosexuels sont concernés également. Les femmes victimes parlent peu, les hommes victimes ne parlent pas, au nom de ce diktat qui veut qu’un homme soit « fort ». Tous les hommes ne sont pas des brutes épaisses non plus et les femmes des oies blanches. Pour connaître autour de moi des hommes victimes, je peux vous dire que les femmes peuvent parfois être bien pires.

L’anonymat n’est certes pas une solution, toutefois elle permet de se protéger et une personne victime de viol / violence DOIT se protéger.

Pourquoi se forcer ? Souvent parce que le dialogue n’est plus possible ou peut-être ne l’a jamais été. Parce qu’on ne parle pas de ces choses-là. Parce que le fossé entre les deux personnes s’est tant élargi que la communication est brisée. Parce que dire « non » comporte un risque. Parce que dire « oui » nous assure une paix relative. Et que cette paix c’est tout ce qui nous reste. Parce qu’il y a les enfants, la famille, le regard des autres, les convenances, nos valeurs dans la balance aussi.

J’ai déjà écrit des articles sur pourquoi on reste avec une personne toxique. Vous les trouverez en furetant dans la catégorie « emprise et renaissance » si le cœur vous en dit. C’est toujours facile et je l’ai dit plus d’une fois à des amies de partir, fuir. Toutefois quand on est dans la relation, l’emprise est telle que partir est difficile, sans dire dangereux. Ne croyez pas que les victimes restent par plaisir. Elles n’ont souvent pas le choix. Et quand elles font celui de partir, c’est souvent à un prix que nul ne peut imaginer.

Hier, nous regardions l’album des 1 an de Loulou. Au départ j’avais mis quelques photos de moi enceinte, j’en ai très peu. Les premiers mots qu’il a prononcé ont été « ce n’est pas toi ». Et pourtant il a vu des tonnes d’autres photos de moi, à des âges différents et avec des coupes de cheveux différentes et il m’a toujours reconnue. Alors ça a fait tilt. Non ce n’est pas moi. C’est ce que j’ai été pendant 4 ans, une personne étrangère. C’est la peur qui m’a guidée à chaque instant de cette relation. C’est la peur qui m’a fait dire « oui » des centaines de fois. C’est la peur qui m’a maintenue prisonnière. Au début j’ai dit « non ». Puis j’ai dit « non » en me sentant coupable parce qu’ on me faisait comprendre que ce “non” on ne voulait pas l’entendre. Puis les représailles sont arrivées. Et j’ai dit « oui ». Parce qu’en continuant à dire « non » je m’exposais à la violence, au harcèlement, à la manipulation.

Le 16 novembre 2012, ma descente aux enfers allait connaitre son heure de gloire! Là ce n’est plus de la peur, c’est la terreur, les larmes qui coulent, les nuits qui semblent interminables, les tripes en vrac. 11 jours après je prenais un aller-simple pour la France, laissant tout derrière moi, enceinte de six mois. Quand j’y pense j’ai presque du mal à me revoir, du mal à réaliser que j’ai été là, que j’ai vécu ça, que j’ai encaissé tout ce mépris. La jeune femme sur la photo est si éloignée de qui je suis aujourd’hui. C’est très étrange. Je suis désormais dans les faits, moins dans les émotions. Je peux parler de ces derniers jours, sans avoir le cœur prit de frissons, sans ressentir dans mon corps toutes ces sensations désagréables. Le traumatisme s’est estompé. Il revient parfois. Je ne peux plus voir la violence en peinture. Je ne peux plus entendre de cris sans me retourner dans la rue. Je ne peux plus voir de couples s’invectiver devant moi. Je ne peux plus visionner un film sur le sujet.

La prise de conscience de ma part de responsabilité dans ce naufrage m’a permis de faire mon deuil, de pardonner, d’accepter, de dépasser mes maux, de me reconstruire. Ce processus est propre à chacun.

Vous ne pourrez pas, nous ne pourrons pas tout comprendre. C’est impossible. Si un jour vous êtes en face d’une victime de viol, de violence, ne lui dites pas ce que vous feriez à sa place, vous n’y êtes pas. Écoutez-la et soyez présent. Mettez de côté vos idées toutes faites et écoutez-la VRAIMENT.

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Latmospherique

Auteur - Blogueuse et Poète. J'écris comme je respire... Author - Blogger and Poet. Writing is my breath, my voice, my dream...

12 thoughts on “Violence – Emprise: 6 ans après…”

  1. Le déclic je l’ai eu quand j’ai failli y rester et que j’ai pensé: “tant mieux, au moins ça sera terminé.”. C’était la fin de la normalité et le début de la prise de conscience de l’anormalité… J’ai pris tout ce que j’ai pu et j’ai disparu mais le spectre est toujours là.

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          1. Ne pas chercher des excuses… Un de mes exs se trouvaient toujours des excuses pour justifier de son comportement agressif. Jusqu’à me dire qu’il était violé gamin bref c’est devenu n’importe quoi…

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  2. Fuir semble toujours la bonne solution quand tout le raisonnable a été essayé vis à vis de ces individus dangereux mais malheureusement certaines femmes ne peuvent pas fuir ou fuient avec leur tortionnaire qui les poursuivra jusqu’au bout. Horrible ! Dans ma vie je suis intervenu sérieusement deux fois pour aider deux femmes à sortir des griffes de ceux que l’on appelle PN. L’une a déménagé mais non sans lourdes séquelles psychologiques, l’autre a réussi au bout de plusieurs années à se débarrasser de ce type qui trois ans après leur séparation se croyait toujours en couple avec elle. Un taré de chez taré. La société accepte en liberté les schizos mais les psychos genre PN ne sont pas arrêtés. Les femmes sont rarement considérées comme des victimes. Il va falloir que cela change.

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  3. Oui Marie, écouter, juste écouter…J’ai eu la chance d’avoir un ami courageux, un ami qui m’a prise par la main pour m’emmener au commissariat et qui ne m’a pas lâché, d’autres qui m’ont écouté et d’autres qui m’ont dit de grosses conneries mais je ne leur en veux pas, ils étaient bouleversée. je n’en reviens pas comme toi marie quand je regarde en arrière, j’ai l’impression que c’est quelqu’un d’autre. Gros bisous ( je n’ai pas lu l’autre billet )

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  4. Je crois qu’en ce qui me concerne, j’ai toujours su me tire éloignée des violents. Jet je détectais très rapidement les pervers narcissiques. Ça a été une chance énorme.

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Un mot doux pour la route...

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