Cette zone grise entre devoir et viol conjugal : Témoignage de femme

« Ça fait combien d’années qu’il te viole ? »

Crédit – Campagne Contre le Viol Conjugal (Chloé F Thompson)

Avec une violence inouïe, les mots se sont affichés sur l’écran de mon portable. Comme j’ai pu, je me suis défendue. Ça ne fait pas des années que ça dure. Quelques mois, tout au plus. Et puis, vu que je ne dis pas clairement “non”, ce ne sont pas vraiment des viols. Un viol, c’est dans la violence, la contrainte, la surprise

Dans la réalité, surtout, pour me protéger. Je ne veux pas admettre complètement ce qui s’est passé. Ce que trop longtemps j’ai toléré. Alors, viens, je t’emmène dans le sacro-saint. Là où peu de monde rentre. Dans l’intimité de la chambre et du lit conjugal, quand la lumière est éteinte.
Toute la soirée, j’ai retardé les contacts, plongée dans mes jeux sur la tablette ou sur Facebook et, le plus tard possible, je suis allée me coucher. Il m’a suivie. Je me suis recroquevillée en chien de fusil, contre le mur et il est venu s’allonger contre moi. Le câlin avant de dormir dure. Je ne bouge pas, espérant qu’il se retourne pour s’endormir. Pas ce soir. Ce soir, au bout d’un moment, ses mains descendent. Elles me malaxent les fesses puis viennent sur une autre partie et la caressent ou la pénètrent. Je sais ce qu’il va se passer si je ne dis pas non, ne donne pas un coup de jambe, d’un air de dire « sors de là ». Je me tétanise.
Je n’ai pas envie. C’est du harcèlement. Pourvu qu’il se lasse et se retourne.
Il ne se lasse pas. Alors je cède. Si je cède, ça cessera vite. Ce sera mal fait, je n’y prendrai aucun plaisir, mais au moins, j’aurai la paix et je pourrai dormir ce soir et quelques autres soirs encore. Alors, j’écarte les cuisses et le laisse faire. Tout en moi lui crie de cesser, que je ne veux pas. Mais aucun son ne sors de ma bouche. Ce n’est pas un viol : je n’ai pas dit “non”. Je me déteste de le laisser faire ça. De me renier à ce point. Je le hais de continuer, de ne rien voir. Je suis certaine qu’il n’y prend pas plus de plaisir que moi alors pourquoi ? Pourquoi continue t’il ? Pourquoi revient-il à la charge sans cesse ? J’en aurais presque envie de vomir. J’ai envie de pleurer mais rien ne vient. Et puis il s’arrête, se retire. Je me retourne et me recroqueville encore un peu plus sur moi-même, tout au bord du lit, coincée contre le mur. J’ai enfin la paix. Je peux dormir.

Pourquoi est-ce que je ne dis pas « non » ? Pourquoi ? Tout simplement parce-que demain, il reviendra à la charge et après-demain et les jours suivants, jusqu’à ce que je cède. C’est une bien sombre histoire. Ma sombre histoire. Une sombre histoire à la frontière entre le devoir conjugal et le viol. Une histoire dans ce que l’on nomme la « zone grise », celle où l’un des partenaires cède, juste pour avoir la paix. Qu’on ne vienne pas me dire : c’est comme une balade en forêt, des fois, il faut un peu se forcer pour lui faire plaisir. Parce-qu’on commence comme ça, en se forçant un peu une fois en passant et puis, ça devient routinier. Je ne veux plus de ça. Je ne veux plus le vivre mais je ne veux plus l’entendre. Parce-que tant qu’il y aura du monde pour le dire, des femmes continueront à se forcer et à en souffrir, de plus en plus.

Je ne veux pas que nos filles et nos fils grandissent en croyant que c’est normal. Non, ce n’est pas normal. Quand un des membres du couple ne voit pas ou ne veut pas voir que l’autre n’a pas envie, ce soir. Quand un des membres du couple se force, encore et encore, s’efface et se renie à ce point. Ce n’est pas normal, tout simplement.

Ce texte est un témoignage anonyme de femme que j’ai accepté de partager sur mon blog.

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Latmospherique

Auteur - Blogueuse et Poète. J'écris comme je respire... Author - Blogger and Poet. Writing is my breath, my voice, my dream...

18 thoughts on “Cette zone grise entre devoir et viol conjugal : Témoignage de femme”

  1. On comprend très vite que le terme “devoir conjugal” a été inventé par des hommes à l’intention des femmes, comme si c’était leur obligation de satisfaire les pulsions génitales (même pas sexuelles) de leur mari. Dans ce contexte, l’homme ne fait pas l’amour à sa femme, il se masturbe en elle, il l’utilise comme un objet. C’est tout sauf de l’amour.

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  2. Voilà un sujet bien difficile qu’il conviendrait de revoir au niveau de la Loi. Ces conneries de devoir conjugal, c’est encore des trucs de religieux et ça me fait bondir. Et pourquoi donc devrions-nous faire l’amour quand on n’en a pas envie même si notre mec lui est motivé. La femme n’est pas un objet et l’homme pas un maître. Il serait grand temps de revoir tout cela sérieusement, on avance mais c’est loin d’être encore l’égalité dans ce domaine. Perso, si dans ma vie de dame de 70 balais un mec un jour avait voulu me forcer, j’aurais taillé la route avant qu’il ait eu le temps de remettre son slip ou son pyjama. Pour ne pas revenir. L’amour ça se fait à deux mais ça ne s’impose pas

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  3. Sujet très difficile et tellement tabou et à la fois tellement commun (malheureusement)
    Je déteste ce mot “devoir conjugal” comme si c’était un du, une dette…
    Ce témoignage est très violent et à la fois très beau, il suscite l’émotion…

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  4. Pour l’avoir longtemps vécu je comprends tes paroles Marie. Devoir conjugal découle en fait de l’ancienne définition du mariage : prostitution légalisée . A une époque où les femmes ne travaillaient pas donc ne percevaient pas de salaire, les maris pouvaient exiger cette soumission en retour du salaire qu’il ramenait à la maison. Les temps ont évolué mais pas toujours la conception masculine du mariage. Grosses bises

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  5. Il faut d’abord parler, je crois, mais pas de façon anonyme. Il faut raconter à quelqu’un, dire les choses, se faire aider. Les lois ne peuvent rien si rien n’est su. Et les lois ne peuvent pas tout. Elles ne peuvent pas faire comprendre à un homme qu’une femme ne veut pas qu’on la touche, elles ne peuvent pas forcer à écouter l’autre, à le sentir, à être capable d’émotion, capable de capter l’émotion et le désir de l’autre, de l’écouter, de le regarder. Les lois n’ont pas accès à la conscience humaine.

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  6. Très beau témoignage sur un sujet difficile soit-il, qu’est la violence conjugale. Je suis engagée et défends ces causes, tels que les violences conjugales et les enfants maltraités. Je trouve ça terrible et cela me tient à coeur.

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  7. Cette histoire vraie est difficile à entendre à notre époque, mais elle nous renvoie vers une phénomène bien réel.

    Je dois dire que je suis également surpris par certains commentaires.
    Ce sujet n’est malheureusement pas exclusivement de l’homme vers la femme, il existe dans l’autre sens, est tout aussi dégradant et je pense encore plus tût.

    Bravo et Merci pour la tribune faite à cette femme.

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    1. moi ce que je ne comprends pas est le pourquoi! oui le pourquoi se forcer? Si c’est si pénible et que l’autre personne en plus continu sans se rendre ou vouloir rendre compte que son partenaire ne prend pas plaisir, alors pourquoi ne rien faire pour arranger les choses, ou pourquoi rester avec cette personne?

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  8. Je n’arriverai jamais à me mettre à la place des personnes qui sont violentées dans le couple ou qui font preuve de violence. C’est un autre univers pour moi auquel je n’arrive pas à m’identifier. Je ne comprends pas comment on reste avec quelqu’un qui nous fait peur, est-ce que c’est parce ce partir nous fait encore plus peur ? Le couple devrait être un choix permanent : j’en ai marre de toi je me barre. Dans la réalité cela semble une prison effroyable. Je déteste l’idée moi qui zappe le toxique dès qu’il se manifeste à peine ! Je suis célibataire depuis trois ans car je connais les revers de la médaille même s’ils ne furent pas au niveau de ce qui est décrit ici. Je ne veux pas m’engager à la légère. La grève du sexe, l’auberge du cul tourné, j’ai connu, je l’ai eu mérité mais forcer une femme est un phénomène auquel je ne peux souscrire, pas même sous forme de concept. Pourtant je sais que cela existe. Les maisons de tolérance ont allégé la pression, le porno compense mais offre une image de la femme soumise et disponible. L’homme n’a plus qu’à se servir. Tout refus devient inconcevable parce que quand il a envie il devient un animal sans émotion autre que le désir charnel. C’est sa croix. La femme a un cerveau moins manipulable mais sans doute trop de générosité et trop d’empathie pour se protéger du monstre qui sommeille en chaque homme.

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  9. Je me souviens d’un soir avec mon ex copine. On était dans sont lit, j’avais très envi d’elle. Et elle pas du tout. Ce soir là elle était fatigué, certain problèmes qu’elle n’arrivait pas à régler n’y étant pas pour rien non plus. Elle se laissait faire. Je pensais qu’elle me donnait son consentement, mais très vite le plaisir de la toucher s’atténuait. J’étais sur elle et elle me regardait sans excitation. Bien évidemment je lui ai demandé ce qu’il n’allait pas.
    -Rien me dit-elle t’en fais pas ça va aller.
    Je me suis dis qu’en me préoccupant davantage de son plaisir naturellement l’envie lui viendrait. Au bout d’un moment après avoir tout essayé pour l’aider à se détendre. Je la vit en position les bras et les jambes écartés, la tête regardant sur le coté.
    -Si tu ne veux pas ce n’est pas grave. Et de toute manière mon plaisir dépendant du sien, je n’en avais plus envi non plus. Je m’allonge à coté d’elle, la prends dans mes bras.
    – Quand tu n’en as pas envi il faut me le dire.
    Notre relation était toute récente, elle sortait d’une rupture complexe avec son ex, un pervers narcissique. Celui-ci avait réussi à lui faire croire “qu’un homme à des besoins”, qu’elle devait parfois faire des sacrifices par amour et qu’elle n’avait pas le droit de jouer avec ses émotions. Bien sure lui s’en accordait tous les droits. Après m’avoir raconté tout ça elle conclue ainsi :
    “Mais ça ne me dérange pas de faire l’étoile de mer pour toi”.
    J’ai ressenti un profond dégout en entendant cette expression, et la rapprochant encore plus près de moi.
    -Ne crois plus ces conneries. Ton corps t’appartiens, même si tu m’avais excité au point que je n’en puisse plus, dès l’instant que tu me dis non, c’est non ! Quelques soient ses raisons, cette règles est prioritaire sur tout ce que l’on peut te dire, te demander, te faire…
    Elle ne comprit pas trop ce que je lui avais dit sur le moment, déboussolée elle avait prit ça pour de la gentillesse. Il nous aura fallu bien un an avant de pouvoir déconstruire ensemble ce schéma de pensé. Ce qu’il m’a vraiment surpris c’est comment avait-elle pu en arriver à déprécier la valeur de son corps au point de me l’offrir malgré elle ? Qu’est-ce qui avait bien pu lui faire croire une telle chose ?
    La réponse était qu’elle avait subit un viol quand elle était enfant. Ce traumatisme l’avait suivi jusque là. Son ex sournois en avait profité, et l’avait violé parfois sans qu’elle n’eut osé désigner cela comme en étant un. Je garde une profonde amertume depuis qu’elle m’a raconté ça. La vie suivant son cour, quatre années passées, on s’est séparé. Mais par la suite elle m’a apprit qu’elle avait trouvé quelqu’un d’autre qui la respectait autant que j’avais pu l’être avec elle. La déconstruction avait fonctionné.

    Les femmes doivent savoir qu’un homme se disant dans l’incapacité de “contrôler ses besoins”, n’est qu’un gros connard de pervers narcissique. Fuyez les à tout prix !

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  10. Quelle tristesse… C’est malheureux. J’ai déjà vécu ça, mais je ne l’appellerais pas “viol”. Je pense que c’est à moi de m’aimer suffisamment pour laisser s’exprimer mes besoins, mes non-besoins.

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  11. C’est compliqué, de revenir de ça. On met du temps aussi à comprendre qu’il n’y a pas de zone grise, pas de devoir conjugal, qu’on est purement dans le viol.
    Je lui souhaite de sortir de là, un jour de rencontrer une personne respectueuse et attentive.. et beaucoup, beaucoup de douceur(s) dans sa vie.

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  12. Je voulais te remercier Marie pour avoir publié ce texte. Ça me fait extrêmement bizarre, plus d’un an après, de le lire. J’ai l’impression qu’il a été écrit par une autre. Dans mon souvenir, il était beaucoup plus violent, dur à lire … En fait, il est gentillet par rapport à la réalité de ce que j’ai vécu.

    Pourquoi ne part-on pas ? Parce que c’est tout simplement extrêmement difficile. Parce que ces connards ne nous laissent pas partir. Qu’ils nous isolent et achèvent notre isolement après la rupture. Parce que les enfants, qu’on ne peut protéger correctement et auxquels ils s’en prennent, sans vergogne. Parce que nous ne sommes pas protégées. Parce que le harcèlement continue, encore et encore. Et que les violences, après la rupture, par tout un tas de procédés que la justice ne reconnait pas, sont là …
    
    On pense que la rupture, la fuite sont la solution. Au final, pendant des mois, des années, parce qu’on a eu le toupet de vouloir sauver notre peau, la violence s’aggrave encore … C’est tout. C’est la réalité.
    

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    1. Merci à toi d’avoir pu partager cela en confiance ici.
      On pense en effet à tort que la rupture fait place nette. Mais ce sont les mois, les années après qui sont presque les plus dures. La violence ne fait pas dans la dentelle. Elle s’abat avec férocité alors même que notre seul souhait est d’avancer.
      Je t’embrasse bien affectueusement où que tu sois, où que tu en sois. Mais souviens toi toujours qu’on en revient.

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