Le temps du renouveau

© Jon Tyson

  • Tu as autant de grâce qu’un éléphant !
  • Tu ne tiens déjà pas bien sur tes deux jambes !
  • C’est ta sœur la danseuse !
  • On ne peut pas tout avoir dans la vie !

Pas capable. Pas pour elle.

De quoi avaient-ils peur ? Qu’elle se plante ? Du ridicule ? Ou bien que son envie toute simple ne fasse pas le poids face au talent des autres ?

Rangés ballerines, pointes, justaucorps, tutus. Puisque la danse ne voulait pas d’elle, elle choisirait une autre forme d’expression. La musique ? Pas l’oreille. Le sport ? Pas l’enthousiasme. La peinture ? Pas créative. La couture ? Pas le talent. Le bricolage ? Pas habile de ses mains…

***

10h30 à l’horloge. Adeline se prépare. Dans sa cité dortoir, les murs gris se font face et la tristesse se lit sur les visages de ceux dont l’espoir n’est que trainée de poudre. Les  tours vont être rasées. La nouvelle est tombée le mois dernier, les jours sont désormais comptés. Des années de vie prêtes à partir en fumée. Adeline ne peut s’y résoudre. A défaut d’avoir un travail rémunéré – après tout elle n’était bonne à rien, qui ça pourrait étonner ? –  elle sort tous les jours avec son appareil photo, déniché dans une brocante l’été dernier, payé avec les économies d’heures  de ménage, de gardes d’enfants glanées ici et là – on fait ce qu’on peut avec ce qu’on a. Elle saisit la vie, ses larmes, ses drames, ses moments de joie, ses rêves. Les rêves surtout, ayant abandonné les siens, par peur de ne pas être à la hauteur, de décevoir.

Elle a entendu dire que les artistes se mobilisaient contre la destruction du quartier. Elle veut voir. En tournant rue des friches, derrière les grilles, elle distingue des traits, des cases. En levant les yeux, elle croise une danseuse, gracieuse, offerte au sacre de l’instant. Son cœur bat fort dans sa poitrine. Elle se souvient…

Puis les larmes coulent sur ses joues. Les larmes coulent sur la terre. Elles font parler les fantômes. Elle le sent. Elle le sait. Il est temps que le quartier disparaisse pour laisser place au renouveau.

Ceci est ma participation à l’atelier d’écriture 313 de Bric a Book

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24 thoughts on “Le temps du renouveau

  1. C’est une très belle participation Marie, j’aime beaucoup. On ne peu pas être doué en tout, certes, mais tout le monde a son talent, il suffit de le découvrir. Adeline a trouvé le sien qui consiste à figer les instants avec son apn, instants précieux quand le temps est compté. Très beau

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    • Oui tout le monde a un talent en effet Marie. Il faut aller au fond de soi pour le trouver, parfois ça prend du temps, parfois c’est inné. Certaines personnes n’y croient pas toutefois. Et je trouve cela triste, d’avoir perdu la foi ainsi.
      Adeline a su trouver le sien au fil des ans.
      Mille merci

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  2. Qu’il est dur ton texte! Pauvre Adeline a qui on a, à plusieurs reprises, couper l’herbe sous le pied… L’éducation, le regard et l’avis des autres peuvent avoir un terrible impact sur nos choix, peuvent nous faire perdre confiance en soi et nous bloquer dans nos envies. Pas toujours évident d’être positive en tant que maman (et en tant que prof aussi) mais il faut essayer au maximum de ne pas oublier ce pouvoir destructeur. Merci de nous le rappeler d’une bien belle façon.

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    • Non pas toujours évident Valérie. C’est une attention de chaque instant. Il faut composer avec notre histoire, nos peurs, notre confiance et l’enfant, être unique également.
      Les mots peuvent le meilleur comme le pire.
      Merci pour ton retour sur ce texte.

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  3. Touchée coulée je suis par ton texte ! “Elle saisit la vie, ses larmes, ses drames, ses moments de joie, ses rêves. Les rêves surtout, ayant abandonné les siens, par peur de ne pas être à la hauteur, de décevoir.” et ce passage m’acheva par sa beauté ! merci !

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  4. Je suis triste face à ces petites Adelines qui savent tellement tout ce qu’elles ne sont pas mais si peu ce qu’elles sont, parce qu’on leur a coupé les ailes avant même qu’elle tente un premier vol. La route est longue pour qu’elles redécouvrent en elles ce potentiel qu’on a cherché à éteindre, mais je persiste à croire qu’il suffirait d’un souffle pour réveiller les braises et faire grandir ce courage d’être qui on veut en faisant fi du passé.

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  5. Dès l’enfance, chacun de nous est doué pour quelque chose. Il ne le sait pas. Ce sont les rencontres qui appuieront sur le bouton ou non, qui aideront au déclic ou pour que cette passion éclate au grand jour ! Parfois les parents, la famille ou de mauvais comparses au contraire ruineront ce potentiel caché par un dénigrement destructeur. Et voilà comment meurt une vocation !

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  6. Le chemin est parfois long pour savoir qui l’on est et ce que l’on vaut. Les parents (et tous les adultes d’ailleurs) ont un pouvoir immense sur les enfants. Certains s’en servent pour construire d’autres pour détruire… Je n’arrive pas à comprendre ces derniers et je leur en veux de faire de ce pouvoir une arme quasi criminelle ! Merci pour ce très beau texte 😉

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    • Je crois que certains ne se rendent pas toujours compte non plus. Ils viennent avec leurs peurs et laissent leurs peurs gouverner leur vie. Il faut toujours être vigilent quand on s’adresse à un enfant. Merci beaucoup Jos.

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Un mot doux pour la route...

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