Posted in Carnets de route

Cet amour sans fin

Crédit Pixabay

La fin de l’été approchait. Il ne me restait plus que quelques jours pour aller pousser la lourde porte au bout de la rue. J’ai pris mon vélo un matin, seule, il fallait que je sois seule pour cette visite-là. La route se dessinait égale à elle-même, inchangée depuis des années. Ici et là apparaissaient des images, souvenirs. J’entendais nos rires d’enfant percer le silence du jour tout juste levé.

J’ai poussé la grille, posé mon vélo. Rien ne change si ce n’est l’espace qui se réduit d’année en année. D’autres noms, d’autres histoires posent leurs affaires sur ce carré de terre. Au milieu de cet alignement presque parfait, entre toutes, je la reconnais.

C’est un matin d’août que mon cœur a connu la première entaille, de taille, froide. Depuis ce jour, tu n’es plus là. Où es-tu ? Dans quel mystérieux univers vis-tu ?

Ton cœur à toi s’est arrêté de battre. Envolé l’espoir d’une rémission, d’un avenir dans lequel tu aurais pu continuer à me raconter des histoires, que j’aurai écouté, attentive, assise sur tes genoux. L’été s’est noyé dans un chagrin sans fin. Mes larmes ont remplacé les silences que nous aimions contempler, main dans la main, d’un bout à l’autre du jardin.

Je me suis assise entre les morts, j’ai changé les fleurs, nettoyé les restes de l’orage. J’ai laissé les mots sortir et les sanglots se déposer. Le souffle du vent comme un murmure de toi m’a apaisée. J’étais bien.

Quand je t’ai quitté, j’ai déambulé entre les allées. J’avais quelqu’un d’autre à aller voir. Je suis sortie de la tendre enfance pour aller me confronter aux premières heures de l’adolescence. Je l’aimais, je crois, il ne le savait pas ou il s’en fichait royalement. A 14 ans, on  se dit qu’on a la vie devant soi pour tant de choses. Et puis la vie nous fait faux bond. Je lui ai parlé comme on parle à un ami. Il passe parfois comme un fantôme dans un partage d’autrefois. Son image s’envole, il ne reste pas. Nous évitons d’en parler, nous faisons comme si et ça marche plutôt bien. Nous tentons de tenir à distance ce qui relève de l’incompréhensible. On réalise à peine qu’il n’est plus que poussière.

Face à la mort, je ressens encore plus pleinement la vie battre contre mes tempes, mon cœur se réveille, les morts ne sont jamais loin, ils vivent dans mon cœur comme un rappel certain que l’amour n’a pas de fin.

Author:

Auteur - Blogueuse et Poète. J'écris comme je respire... Author - Blogger and Poet. Writing is my breath, my voice, my dream...

34 thoughts on “Cet amour sans fin

  1. La mort donne un sens différent à la vie. Celle des autres nous confronte à notre propre fin et nous ouvre aussi à un univers invisible. La vie n’est pas que ce qu’on voit, c’est aussi ce qu’on ressent. J’aime flâner dans les cimetières. Il y a plein d’histoire qui flottent ici et là entre les pierres. Il y a des rires, des pleurs aussi et le silence apparent qui remplit nos vides.

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    1. J’aime aussi beaucoup flâner dans les cimetières pour toutes ces raisons. La mort nous confronte à nous mêmes. Face à la mort on saisit l’urgence de vivre au présent.

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  2. Je n’ai pas de mots, parce que c’est très beau.
    Un gros bisou ma petite Marie.
    Tony

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  3. La mort, ça me prend aux tripes. Le pire chez les morts qu’on aime, c’est qu’on ne les voit plus, on ne fabrique plus de nouveaux souvenirs avec eux…Je ne suis pas de celles qui se baladent dans les cimetières, pas parce que j’ai peur mais parce que ça ne me parle pas ici. Mes origines sont ailleurs, mes morts aussi. Bisous

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    1. C’est l’absence le plus dur en effet Elisa.
      Chacun ses origines comme tu le dis et sa manière de vivre avec les morts / de vivre la mort aussi.
      Belle journée. Grosses bises

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    1. Moi aussi Ornella. C’est pourquoi j’aime écrire dessus tout comme j’aime me balader dans un cimetière!
      Merci ma belle.

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  4. A chaque nouvelle rencontre il faut à nouveau fabriquer des souvenirs, à nouveau raconter sa vie, à nouveau montrer les photos quand on était petit, c’est d’un lassant ! 😉

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Un mot doux pour la route...

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