Posted in Variations Littéraires

Feel the beat !

Crédit Pixabay

Du plus loin que je me souvienne, Lucie avait toujours aimé danser. Elle sautait sur chaque occasion, mariage, 14 juillet, fête de fin d’année pour s’adonner à sa passion. Même seule le soir, dans sa chambre. Parfois même en pleine rue, dès qu’une musique sonnait juste, on pouvait la voir esquisser quelques pas.

Pour moi qui n’en alignais pas deux correctement, Lucie m’impressionnait.

« Feel the beat ! »

Ces trois mots disaient tout ce qu’il fallait savoir. Sentir la musique, se laisser porter, faire fi du monde autour, des regards, s’immerger dans les sons, faire sien le rythme, suivre les pulsations, battements et laisser son corps s’exprimer.

Tous les jours au bureau, Lucie portait un masque, celui d’une jeune femme classique, très discrète. Elle prenait plaisir à accentuer les traits du portrait presque parfait qu’elle offrait au reste du monde. Toujours tirée à quatre épingles, on ne lui connaissait aucun penchant suspect. Elle parlait peu de sa vie privée, encore moins de sa vie sentimentale. Elle dégageait une sérénité et un certain mystère qui laissaient les gens croisés remplis de certitudes erronées à son sujet.

Une fois par semaine, dans une fébrilité sans cesse renouvelée, elle lâchait ses tailleurs stricts, ses chemisiers cintrés, ses ballerines, enfilait une robe qui mettait sa féminité en valeur, chaussait ses escarpins à talons et partait à la conquête du monde.

Il fallait la voir se déhancher sur une piste de danse. Il fallait la regarder mouvoir son corps comme si ses mouvements étaient naturels. Il fallait voir les hommes la désirer, s’approcher, s’accrocher, leurs mains écrire une symphonie dont personne ne connaissait la partition. Ils la créaient ensemble à l’instinct. Quand la musique s’arrêtait, chacun reprenait sa place, la magie durait le temps de ce contact éphémère.

Quand Lucie dansait, elle laissait exprimer sa sensibilité, sa féminité, sa sensualité. Elle ne jouait plus le rôle de la petite fille sage et c’était beau à voir. Elle exprimait l’intérieur d’elle-même, se mettait à nu, posait ses vulnérabilités sur la table, envoyait valser les codes, les cadres.

Les femmes la désiraient aussi et au lieu de la troubler, cela lui donnait encore plus envie de lâcher prise. Quand une s’approchait, elle la laissait investir son espace. A elles deux, elle  composait une chorégraphie différente. Elles se cherchaient du regard avant que leurs corps n’ondulent à la même fréquence. Elles fusionnaient ou bien se séparaient. Pour Lucie, la danse comme l’amour relevait d’une alchimie particulière.

J’aimais la voir danser seule aussi, quand elle fermait les yeux, caressait son corps, balançait ses bras, faisait basculer ses hanches, se contorsionnait. Elle semblait ailleurs. Les autres le remarquaient et la laissaient à sa félicité. Elle n’appartenait plus au monde. Elle appartenait à sa liberté d’être.

Lucie devenait une œuvre d’art quand elle dansait.

Texte écrit à partir de l’image ci-dessus

Author:

Auteur - Blogueuse et Poète. J'écris comme je respire... Author - Blogger and Poet. Writing is my breath, my voice, my dream...

8 thoughts on “Feel the beat !

  1. Tu dis Lucie, mais bon, tu aurais pu aussi l’appeler Marie. 🙂

    Mon amoureuse a toujours beaucoup aimé la danse, sans doute pour les mêmes raisons que tu évoques ici. Dans ces moments, elles devenait unidimensionnelle, n’était plus ni la mère, ni l’épouse, mais juste un corps de femme résonnant au rythme des tambours, emportée par la musique et libérée pour un instant de toutes règles et conventions. Il y a là quelque chose de primitif, un peu sauvage, comme un comportement inscrit dans les gènes, qui va au-delà des sociétés et des cultures et qui rejoint la femme dans ce qu’elle a de plus fondamental.

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    1. Complètement! C’est une fiction très personnelle en effet.
      Je suis d’accord sur la dimension primitive, dans la danse c’est le corps, les sens qui prennent le relais, l’esprit déconnecte complètement. On se découvre, on se retrouve.
      Mille merci pour la lecture et le partage.

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  2. Les tribus primitives savent se donner à la musique , ils la vivent ! Notre côté civilisé nous fait souvent porter un masque . La musique a le don de permettre au corps de s’exprimer sans tabous ! Lucie est ce que beaucoup souhaiteraient être pour secouer le côté conventionnel de leur vie ! Belle semaine Marie grosses bises

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    1. Oui Paulette. J’adore voir les femmes africaines (et les enfants) danser par exemple. C’est la vie qui s’exprime dans leurs gestes et mouvements!
      Je me souviens aussi des femmes en Egypte, dans le cocon de leur appartement, elles s’en donnaient à cœur joie entre elles. Pour moi c’est ça la danse, le corps qui s’exprime.
      Belle soirée, mille merci.

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  3. Oui, il se passe quelque chose quand on danse sans retenue, une sorte d’alchimie, on trouve un bout de notre identité dans ces moments, même si c’est très fugace ! Une très jolie inspiration dans ce texte, on sent qu’elle vient des tripes !

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Un mot doux pour la route...

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