Posted in Carnets de route

Entre le corps et l’esprit: histoire d’un combat sans merci

Entre le corps et l’esprit, autant qu’entre le cœur et la raison, il y a un monde. Un monde qui vibre au rythme de nos limitations, de la confiance que nous accordons, que nous nous accordons, de la liberté dont nous souhaitons jouir, du lâcher prise, de principes et valeurs héritées, de nos limites (évolutives, plus ou moins protectrices), du dépassement de soi. L’échantillon est vaste.

L’esprit résonne. Le corps ressent. Les deux ne s’accordent pas toujours. On peut dire que dans mon cas, c’est tout l’un ou tout l’autre. Entre mon corps et moi, je pourrais tout autant dire entre la sexualité et moi, c’est une histoire compliquée.

D’abord il y a eu la découverte du plaisir. Qui s’est cognée contre toutes les idées arrêtées de la morale religieuse – la lutte infinie entre le bien et le mal. Puis la rencontre avec l’autre et la crainte d’être utilisée. Puis la peur de ne pas être “dans la norme”, d’avoir des envies inavouables,  des pensées malsaines et tout le florilège d’un univers dont on parle peu finalement, ce qui laisse la place, surtout quand on a une imagination débordante, à tout type de manifestations erronées.

Si pour certains la sexualité est une donnée inhérente au couple sans être essentielle, il est évident que pour moi c’est une des bases fondatrices. Une sexualité épanouie est une force pour le couple et dans la vie.

L’absence de confiance, de respect m’a fait tomber dans la dépendance. J’ai laissé mon corps être abusé, je n’ai saisi aucun message d’alerte. Je pensais qu’en me pliant aux injections quelque chose allait naître, quelque chose qui me remplirait. Mais rien de bon ne nait quand le consentement est forcé, quand l’acte sexuel répond à une menace.

On pouvait donc penser – enfin je pensais – que dans une relation saine, le passé serait évincé au profit de ce nouvel état des choses, que le corps reprendrait sa place, ses droits. Mais mon corps je l’avais tellement délaissé (détesté aussi) que mon esprit à profité de cette faiblesse et repris les commandes.

Affronter ma part d’ombre, partager le plus intime, me laisser aller à des confidences jusqu’alors gardées secrètes par peur sûrement du regard de l’autre sur des envies que je n’assumais pas, mon corps le réclamait et ma tête m’intimait l’ordre de ne pas prendre de risque: pourquoi vouloir tenter le diable quand les basiques tiennent la route. Se perdre, j’en avais testé le goût, il ne restait que l’amertume.

C’est là qu’un nouveau combat à commencé – si auparavant dans mes relations amoureuses c’était plutôt cœur contre raison, là la question ne s’est même pas posée – une lutte sans merci qui m’a poussée dans mes retranchements, m’a tourmentée au delà du raisonnable. Et le pire c’est que je me suis imposée tout cela toute seule.
La peur de l’inconnu s’est muée en ombre folle. Mon corps s’est révolté mais il ne faisait pas le poids. Les voyants de l’esprit indiquaient “attention danger” en lettres capitales. A bien y réfléchir le danger n’était qu’une vue de l’esprit. Où il y avait confiance, écoute, respect, communication, transparence, tous les ingrédients pour que mon corps enfin se laisse aller, prenne le plaisir qui lui revient de plein droit, j’ai posé un voile pour ne surtout pas envisager ce qui arriverait si je lui laissais le champ libre. Il est pourtant depuis quelques années mon meilleur conseiller.

L’esprit a sa place malgré tout. Il pose les limites. Il dit stop quand le corps serait prêt à plus sans encore savoir que ça pourrait lui être dommageable. Le corps à besoin d’expérimenter pour savoir, l’esprit analyse davantage et connaît aussi nos failles. Il a les données pour savoir jusqu’où il nous est possible d’aller. Il sert de régulateur à nos pulsions – envies. L’écouter n’est pas négligeable. De là à ne jurer que par lui il y a de la marge. Je me suis rendue compte qu’il avait surtout un train de retard. Le danger était présent il y a 9 ans. Aujourd’hui il est un leurre auquel je m’attache parce que le danger s’est déjà matérialisé une fois et que la peur à pris la place. C’est ce que je ne pardonne pas, ce qu’il a fait de mon corps, de ma sexualité – une offense –  ce qu’il m’a volé, ce qu’il a détruit à coups de menaces et de silences qui me font encore craindre qu’un geste, un mot, une idée  déclenchent une avalanche de souvenirs, fassent ressurgir des traumatismes – ceux sur lesquels je travaille au quotidien pour reconstruire mon identité de femme – peut-on un jour pardonner cette violence là?

Pourtant la configuration est différente, les sentiments, la personne, le cadre, la complicité, la connexion des corps – enfin tout. Il n’y a même pas de comparaison possible. J’ai même envie de dire que la relation actuelle épanouie et épanouissante est le terrain favorable pour tester, expérimenter, avancer à deux en confiance sur les chemins moins fréquentés. Le voile posé n’a pas été suffisant. J’ai eu maintes fois envie de le lever, jamais le cran. Et pourtant dans cette histoire j’ai une personne  qui veut bien le lever avec moi.

Est-ce que j’arriverais seulement à l’avouer, me l’avouer un jour? Est-ce que j’arriverais à trouver l’équilibre parfait pour moi? 

Author:

Auteur - Blogueuse et Poète. J'écris comme je respire... Author - Blogger and Poet. Writing is my breath, my voice, my dream...

27 thoughts on “Entre le corps et l’esprit: histoire d’un combat sans merci

  1. Ca viendra, je crois que tu es sur le bon chemin. Il faut y aller à ton rythme, sans forcer. Le travail se fait lentement et un jour, plus vite que tu ne le penses, le corps et l’esprit seront en accord et tu lèvera le voile.

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    1. Merci Angie.
      Je pense en effet que le travail se fait. A deux, c’est une chance, j’en ai conscience. Peut-être que c’est en lâchant prise totalement que les choses se feront d’elles mêmes.

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  2. Effectivement, un vaste sujet !
    Mais tellement intéressant, le débat mériterait de s’étendre à toute la blogosphère ma petite Marie.
    Bisous et bon vendredi.
    Tony

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    1. Un débat vieux comme le monde Tony!
      Ou est-ce un combat que nous, scorpions, menons davantage, comme poussés par une faim d’absolu? En amour comme ailleurs d’ailleurs,
      Merci et bon weekend à toi aussi Tony.

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  3. Jules Renard disait : “Si l’on bâtissait la maison du bonheur, la plus grande salle serait la salle d’attente”. L’harmonie corps esprit c’est laisser son identité s’exprimer, tu es sur le bon chemin puisque tu as franchi la première étape. Celle qui consiste à identifier qui tu es vraiment vraiment, à connaître tes croyances, les énoncer, les revisiter et les remettre en questions. il s’agit aussi de connaître tes valeurs, être capable de les nommer et vérifier si tu les faisons vivre dans ton quotidien. c’est également connaître tes peurs, comprendre qu’il n’y a pas d’échec mais que tu es seulement en apprentissage constant. Ensuite vient la seconde étape : la mise en œuvre d’une méthode et d’un plan d’actions pour concrétiser ce projet, pour pouvoir vivre chaque jour dans une dynamique qui est celle de tes choix. Tu verras que sur le chemin de ta vie quotidienne les instants de lâchés prise seront de plus en plus fréquents ; les actes que tu poseras auront un sens, celui qui te relie à la vie.

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    1. J’aime beaucoup les mots de Jules Renard. Très vrai Sabine.
      Les instants de lâcher prise sont plus fréquents qu’avant (avant ils étaient extrêmement rares!). Je ne suis pas patiente alors je trouve ça long. Mais quand je regarde en arrière, je me dis que j’ai pas mal avancé ces derniers mois.
      Merci

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  4. On n’en finit jamais avec ce genre d’interrogation. Et peut-être est-ce bien ainsi : une dernière laisse qui nous rappelle qu’en dépit de tout nous ne sommes pas l’autre.

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  5. Ça prendra peut-être du temps, mais j’espère pour toi que ça viendra. Après, il y a toujours un équilibre à trouver entre le corps et l’esprit et, même quand on n’a pas ton histoire, ce n’est pas évident. Normal que tu sois un peu sur la défensive aussi, même si tu as l’impression d’avoir un temps de retard …

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  6. ça viendra Marie encore un peu de patience, il semble que tu as trouvé “la personne” qui sait te guider sur ce chemin pour trouver cet équilibre, bises

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  7. Je crois que ça viendra Marie. Je me retrouve beaucoup dans tout cela.
    J’ai beaucoup évolué sur le sujet ces dernières semaines.

    Il nous a fallu 5 ans, et une libido en constante baisse de mon côté pour que des choses se dénouent ! J’ai fait un grand pas vers l’acceptation de ma sexualité et de ses envies “inavouables”, vers la découverte de mon corps, le lâcher-prise, le PLAISIR sans conséquences et sans obligations, et surtout vers la compréhension que mon corps n’appartient plus à D. Qu’il n’y a aucune trace physique de lui sur moi. Je suis neuve.

    J’avais l’impression qu’il lui appartiendrait toujours un peu vu ce qu’il m’a fait. Que je ne pourrais jamais passer outre. Je ne sais pas si on peut pardonner, mais je sais qu’on peut avoir suffisamment confiance en l’autre pour laisser ses sensations ou profit de nouvelles, libératrices.

    Les oeufs de Yoni m’ont aidée aussi … :).

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    1. Pour la pardon, on verra en effet Rozie!
      La confiance fait beaucoup depuis le début de notre relation. C’est essentiel en effet.
      Tout prend son temps. Je l’oublie parfois.
      Heureuse que tu te sentes à nouveau bien et épanouie dans ta sexualité. C’est si important.

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  8. Tu es sur la bonne voie Marie et tu as trouvé le bon compagnon pour cela . J’ai mis longtemps avant de pouvoir ne plus subir l’expérience passée. L’Hom a été d’une infinie patience pour “m’apprivoiser”. Imagine qu’il n’y a pas si longtemps que j’accepte de me dévêtir en sa présence ! Si on n’oublie jamais complètement du moins on peut surmonter et commencer une belle page neuve 🙂 Grosses bises

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    1. Merci beaucoup Paulette. Oui je suis bien accompagnée en effet.
      Je suis d’accord il faut de la patience de l’autre côté.
      J’ai fais le deuil de l’oubli total. Tout vient en son temps j’imagine.
      Grosses bises

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  9. On garde longtemps les cicatrices d’une “agression”. Le temps est un allié de poids pour guérir ces blessures du passé. Laisse-toi le droit d’être enfin aimée, cela fera peut-être sauter petit à petit les verrous des portes derrière lesquelles tu t’es réfugiée! Bises

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    1. L’amour a déjà fait sauter plein de verrous Rachel. J’ai juste l’impression – inconsciente – de ne pas encore être libérée de tout même si je me sens beaucoup plus libre sur plein de choses.
      Mille merci. Bon weekend.

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Un mot doux pour la route...

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