Posted in Carnets de route

Du corps: entre maternité, complexes et libération

J’ai souvent écrit sur le corps, surtout ces dernières années.

Je n’ai jamais eu de problèmes avec mon corps. Ou bien rien de bien méchant. Je ne l’ai pas maltraité et je l’ai longtemps regardé avec beaucoup de bienveillance. Ma taille, mes formes, tout me convenait, je n’avais pas de complexe et la chance d’être en bonne santé.

On prend souvent conscience de son corps par rapport au regard de l’autre. C’est ma taille qui était source de moqueries quand j’étais enfant. Rien d’affolant. On ne peut pas changer sa taille alors à quoi bon…

Le regard de l’autre peut le meilleur comme le pire. Tout comme le nôtre sur nous-même.  Le temps de l’innocence et de l’insouciance a laissé la place à celui d’une réalité qui ne répondait ni à ma culture, ni à mon éducation : cacher le corps.

Sans y prendre garde je suis rentrée pas à pas dans le moule parfait des certitudes imparfaites de celui qui croyait tout savoir sur tout. J’ai couvert mes bras, mes jambes. Je me suis enfermée vivante sous une couche de vêtements qui ne protégeait pas seulement mon corps de l’hypothétique regard des autres hommes sur moi, mais me permettait d’enfouir mon mal aise, mon mal être.

Le corps que j’avais aimé, mis en valeur, que j’avais caressé, que je connaissais presque sur le bout des doigts, mon corps était devenu un territoire étranger que je fuyais du regard, que je couvrais chaque jour davantage.  Il n’avait plus de contours, plus de formes. Il n’était plus qu’une enveloppe.

Puis la vie est venue se loger en moi. Et mon corps s’est transformé. A l’intérieur je n’étais plus femme, mais une mère en devenir. Mon corps n’était plus touché, ni frôlé. Il avait fait son travail, servi à satisfaire les envies d’un homme et intégré ce que l’homme attendait – l’enfant. Il ne restait de ma féminité que des souvenirs, engloutis sous un déluge de dégout et de honte que je tentais de faire disparaitre sous le jet brulant de la douche.

J’ai passionnément aimé mon corps de mère. Je m’y suis accrochée pour la vie qui grandissait en moi. J’ai regardé mon ventre s’arrondir, prendre la place de tout ce qui n’existait plus. La femme s’était envolée…

J’ai mis près d’un an avant de porter à nouveau des tops à manches-courtes, des jupes sans collants. Puis  quelques années de plus avant de m’offrir une nouvelle tenue, m’acheter de la lingerie. Je ne me regardais dans un miroir que pour constater cette tristesse que j’avais au fond des yeux, pour intégrer les cicatrices. Les accepter fut le fruit d’un long et douloureux travail sur moi, dans lequel il a fallu cracher les heures les plus noires de mon histoire, les dire encore et encore, intégrer que j’étais moi aussi responsable de cette mise à mort, que j’y avais adhéré, que je m’étais délaissée/détestée.

En fermant mon cœur à double tour, je savais que je choisissais la facilité, celle qui me permettait de ne surtout pas prendre rendez-vous avec ma féminité, avec l’autre. J’étais mère et mon corps me le rappelait sans cesse. Comment un corps de mère pouvait être désiré, désirable ?  Comment un corps de femme humiliée pouvait être aimé ?

Je ne dirais pas que ce travail est terminé, je me bats encore avec certains démons. La différence c’est que je sais que je les vaincrais, un jour. Je renais à mon rythme, je renoue doucement avec mon corps. Le fait qu’il soit regardé, aimé, désiré pour ce qu’il est m’aide forcément énormément. Le regard de l’autre a aussi le pouvoir de nous libérer.

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Auteur - Blogueuse et Poète. J'écris comme je respire... Author - Blogger and Poet. Writing is my breath, my voice, my dream...

30 thoughts on “Du corps: entre maternité, complexes et libération

  1. il peut être salvateur comme destructeur le regard de l’autre….. je me souviens d’une phrase qui me restera à jamais car j avais le corps un peu gonflé à cause de la cortisone, cette réflexion m’a été faite l’été dernier par soit disant une personne qui tenait bcp à moi…. Sauf que pour 1001 raisons j’ai vu que cette personne ne tenait pas à moi, et cette personne m’a fait bcp de mal ce jour là avec cette phrase assassine…..

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    1. Parfois les mots dépassent la pensée Maud. J’ai le souvenir de mots qui m’ont traumatisée alors même qu’ils sortaient de la bouche des personnes qui m’aiment plus que tout au monde.
      Le regard de l’autre est à double tranchant. Comme notre propre regard sur nous même d’ailleurs.

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          1. sans doute, mais c’est la personne qui est censé nous vouloir du bien, alors on perd encore un peu plus confiance en soi…. on lui en fait part il s en fout, on se dit alors que c est ce qu il pense vraiment et depuis ben depuis c est dur physiquement….

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            1. C’est tout le sujet de mon article en effet Maud. L’impact des mots est terrible parfois. Il faut du temps pour s’en remettre. Tout le travail que tu fais va t’y aider doucement.

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  2. Je commence une formation en massage… je ne te raconte pas comme le rapport au corps, à la peau, au toucher est en train de faire du chemin en moi. C’est compliqué et, en même temps, je sens que c’est nécessaire et que ce sera libérateur…

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  3. Tout un sujet le rapport au corps que je ne maitrise pas bien ! Mais c’est certain que le regard des autres est essentiel et que dans le même temps, on doit apprendre à s’en détacher…surtout celui qui fait mal ! bisous Marie

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    1. Oui Kathou. Pas facile de trouver l’équilibre entre celui qui met en valeur, celui qui détruit et le nôtre. C’est toute une alchimie. Qui varie en fonction des saisons de la vie.
      Grosses bises

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  4. Et quand ton cors aura gagné sa liberté, il changera à nouveau en vieillissant, lol :p j’en suis à accepter la peau qui tombe, les varicosités, le ventre élargi… Mais bon, çà va… on fait avec 🙂 Ce qui m’aide est la marche et l’alimentation saine. Même si le miroir me renvoie l’image d’un corps qui commence à vieillir, je le vis bien car je n’ai aucune douleur 🙂 Aujourd’hui, j’ai donné un vélo Peugeot rouillé. Mis sur le bon coin, beaucoup de gens le désiraient 🙂 Faut croire que l’apparence n’est pas tout 😉 😉

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    1. J’aime regarder les personnes qui vieillissent et acceptent leur corps. En fait je suis en admiration devant les corps qui acceptent l’âge, toutes les imperfections, la peau qui se flétrit, les rides, les veines de plus en plus apparentes…
      Non l’apparence ne fait pas tout. Heureusement!
      Merci

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  5. Le regard, les mots des autres peuvent te bloquer à vie, surtout quand il s’agit de ta propre mère ! Je ne m’en suis jamais vraiment remise et parfois m’habiller est une bravade ! Grosses bises

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  6. La maternité a eu l’effet contraire chez moi, je me suis sentie plus femme de porter la vie et de la donner même si mon corps est probablement moins beau maintenant selon les canons de la beauté standard, je l’accepte plus que jamais tel qu’il est.

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    1. Comme quoi chaque femme est différente Estelle!
      Les canons de la beauté standard sont si loin de le vraie vie tu as raison. Le tout est d’être bien dans le sien.

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  7. Je n’ai jamais aime mon corps et cela reste encore tres difficile pour moi de le montrer. Mais je nage sans souci; dans l’eau, je fais des longueurs et je ne me fixe pas sur mon corps et le regard des autres.
    J’ai fait des massages GSM (Gestalt Sensitive Massage). Le mieux pour ce genre de massage est d’être nu…. j’en ai ete incapable….

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  8. C’est intéressant comme sujet. Je crois que lorsque j’étais petite, je trouvais mon corps parfait et puis est venue la maladie et mon corps a changé. Mes fesses arrondies se sont affaissées et mon corps est devenu douloureux (ce qui n’est plus vraiment jamais parti). Ma famille (au sens large) a commencé à colporter le message que j’avais le cul plat (ce qui n’est pas vrai) et un complexe (assez léger) a commencé à se former en moi. Plus tard, j’ai développé une grosse poitrine alors que j’étais toute mince et assez petite, et là, c’est les commentaires des hommes qui ont fusé. Je faisais tout pour la cacher. Avec les antidépresseurs, j’ai perdu cette lourde poitrine. Ensuite, je suis tombée enceinte et, à nouveau, mon corps a changé. Mes fesses sont, en partie, revenues :-). Je me suis un peu élargie des hanches et j’ai attrapé de la cellulite et un tout petit peu de graisse sur le ventre. Ben tu sais, la vie en moi m’a aidé à me réconcilier avec ce corps. C’est comme un rappel en moi de ce merveilleux miracle et j’en suis fière. Tant pis, si les gens et plus particulièrement, les hommes s’en plaignent (qu’ils osent seulement!).

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  9. Merci Marie de partager avec nous le rapport que tu as pu et que tu peux entretenir à ton corps. Il y a beaucoup de pudeur, de douceur, de douleurs dépassées dans ton texte et il me touche beaucoup.
    Ton corps porte les traces de ton histoire. Le couvrir c’était vous protéger, ton corps et ton âme. Si le regard de l’autre peut sublimer tout comme il peut détruire, il ne faut pas oublier que notre corps nous appartient et personne n’a le droit de lui faire du mal. Blesser un corps, c’est blesser une âme et c’est pour cette raison que la guérison a besoin de temps.
    Ton corps a survécu, et aujourd’hui tu le redécouvres, tu renais tranquillement.
    Je te souhaite aujourd’hui de retrouver l’insouciance de l’enfance, de cheminer doucement sur le chemin de l’amour de soi et de son corps. Je t’envoie de douces pensées et beaucoup d’amour.

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  10. Il n’est pas facile d’accepter son corps dans une société qui nous renvoie constamment à des modèles de perfection. Avec le temps et un peu de compassion envers nous même, nous finissons par l’accepter.
    Merci pour ce partage Marie
    Christine

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Un mot doux pour la route...

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