Merde au positivisme à tous prix !

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Si il y a bien un truc qui me met hors de moi, ce sont ces phrases toutes faites qui sortent de la bouche de personnes à qui tu n’as rien demandé la plupart du temps mais qui se sentent obligées de rebondir sur les maux que tu poses, déposes, en pensant par-dessus le marché qu’elles te font une fleur.

Tu les connais forcément toi aussi les « ce n’est pas si grave », « demain ça ira mieux », « il faut rester positif », « il y a pire que toi », « ça va passer », « arrête de te plaindre, de te lamenter », « il faut passer à autre chose », «tu as plein de personnes autour de toi qui te soutiennent et t’aiment alors un peu de jus », « mais bouge-toi bordel », « t’attends quoi au juste ? », « c’est un mal pour un bien », « prends du recul », « à toute chose malheur est bon », « c’est pas la mer à boire », « ça sert à quoi de se laisser aller comme ça ».

A force de toujours insister sur le positif, voilà ce que ça donne parfois (Je vais grossir le trait, parce qu’il existe sur cette terre des personnes qui, soit manquent cruellement de bienveillance, soit n’en ont rien à foutre des autres, ou s’y intéressent pour la forme – certains de ces exemples sont vrais.

C’est aller dire à un couple qui vient de se séparer  « heureusement vous n’aviez pas d’enfant »

C’est aller dire à une femme qui a fait une fausse couche « au moins tu n’as pas eu à accoucher d’un bébé mort-né »

C’est aller dire à une famille qui vit dans un appartement humide et à la limite des normes d’hygiène et de sécurité « regarde les migrants qui vivent dans des tentes, au moins toi tu as un toit sur la tête ».

C’est dire à un père qui vient de perdre son enfant de 17 ans dans un accident de voiture « au moins tu as pu en profiter jusqu’à cet âge, d’autres n’ont pas cette chance »

Mais bien sûr, nous n’avons pas tous les mêmes chances. Nous ne sommes pas tous nés du bon côté de la barrière ni dans une famille aimante et attentive. Nous ne sommes pas tous égaux devant la vie. Il y a toujours pire, ici et ailleurs. Sincèrement le fait de le savoir ne change pas le quotidien. Dans l’absolu, c’est merveilleux – nous ne sommes pas tous des sages. Dans la réalité, c’est un coup supplémentaire porté à notre moral. Notre souffrance n’est pas prise en contact et c’est encore plus douloureux.

Toutes les personnes ou presque rebondissent un jour ou l’autre. D’ailleurs toutes les personnes qui mangent, se lèvent le matin,, s’occupent de leurs enfants, vont bosser, se font aider, toutes ces personnes ont une petite graine de foi au fond d’eux, une minuscule voix qui leur dit que ça va aller, qu’elles vont s’en sortir. Sinon, ça fait longtemps qu’elles auraient plié bagage.

La vie ce n’est pas toujours le monde des Bisounours. Parfois, c’est aussi joli qu’un melting-pot des couleurs de l’arc en ciel et parfois c’est gris, marron, noir, c’est un pas en avant et une grosse bourrasque de vent qui nous fout par terre, qui nous terrasse, qui nous plonge au fond de la piscine. Parfois on a même envie d’y rester au fond de la piscine, le temps de reprendre son souffle, le temps d’être au plus mal, le temps de ne plus savoir si ça vaut vraiment le coup d’avancer, le temps de pleurer tout son saoul, de dire qu’on n’en peut plus, d’être en colère et d’en vouloir à la terre entière. On sait que ça ne fait pas avancer le schmilblick. Mais à cet instant précis, on s’en balance, on a juste envie de cuver notre chagrin et de savoir qu’on n’est pas seul.

Alors bien sûr être positif c’est génial, c’est même un bon tremplin pour dépasser le passé et ses fantômes. Ce n’est pas possible tout le temps. Et ce n’est pas qu’une question de volonté. Il y a plein de gens positifs qui se voilent la face, qui avancent en essayant de se persuader que tout va bien, que tout est parfait et beau, que la vie est un long fleuve tranquille. Et qui se prennent les pieds dans le tapis. Testé et approuvé.

Le positivisme coute que coute me donne la nausée (comme tous ces romans feel-good qui remplissent les devantures des librairies).  Les deuils de la vie, quel qu’ils soient prennent du temps. A force de vouloir que tout aille vite, que les gens qui nous entourent retrouvent le sourire top chrono en main, on oublie l’essentiel, que chacun va à son rythme, qu’il n’y a pas de règle en la matière.

Demandez à n’importe quelle personne qui souffre ce qu’elle attend et je vous fiche mon billet qu’elle dira une présence, une oreille attentive, un soutien. Parce que c’est ce dont elle a besoin aujourd’hui, alors qu’elle est au fond du gouffre, qu’elle espère et que ça ne marche pas, que les teintes de sa vie sont toujours mornes, tristes, froides. Arrêtez de la gaver de phrases répétées des centaines de fois, arrêtez de lui parler de positivisme, parlez-lui avec votre cœur et non avec la cervelle atrophiée de la moitié de la population. Le jour où elle se sentira ressourcée, à nouveau armée pour faire face à tout ce qui la dépasse, le jour où elle vous dira qu’elle a besoin de vous pour refaire surface, oubliez les heures noires et foncez avec elle vers la lumière au bout du tunnel !

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45 thoughts on “Merde au positivisme à tous prix !

  1. Maud February 28, 2018 / 12:31 pm

    Merci Marie, je prends un peu le billet pour moi et ce que je traverse…… Merci merci merci

  2. La Nébuleuse February 28, 2018 / 4:56 pm

    Comme je te comprends… La tendance du développement personnel a ses effets pervers. La vraie “positivité”, c’est accepter aussi les moments durs, la tristesse, le malheur autour de nous, et prêter une épaule et une oreille pour adoucir le peu qu’on peut

  3. DorOthee84 February 28, 2018 / 6:19 pm

    Oh que je suis d’accord….

    • Latmospherique March 1, 2018 / 10:43 am

      Merci Dorothée, je vois que nous sommes nombreux à être sur la même longueur d’ondes.

  4. Petitgris February 28, 2018 / 6:30 pm

    Tout à fait de ton avis ! Parmi les exemples que tu cites, certains m’ont fait dresser les cheveux . La vie est une succession de bons et de mauvais moments. Il ne faut pas positiver à tous prix mais être animée de la volonté de s’en sortir. Bonne soirée Grosses bises

    • Latmospherique March 1, 2018 / 10:43 am

      C’est exactement ça Paulette. J’ai l’impression que le positivisme à outrance nie la souffrance. J’ai du mal avec ça.
      Grosses bises

  5. zenopia February 28, 2018 / 6:51 pm

    Je crois que j’aurais pu écrire ce billet quand je pense à la soupe qu’on m’a déjà sortie !

  6. lacapacitedemerveillement February 28, 2018 / 7:20 pm

    Perso, je ne ressens pas de colères contre ces personnes. C’est une forme d’ignorance, de mal-adresse. Ce sont des gens qui suivent ce qu’on leur a appris en utilisant les clichés et les normes. Bien sûr qu’écouter suffirait. Mais bon, est-ce si différent en somme ? Car la force, nous la trouverons au fond de nous quoiqu’il advienne. Rien ne nous oblige à nous épancher, répondre aux questions. C’est aussi notre choix donc responsabilité. Et je ne pense pas que ce soit un excès de positivisme, c’est un peu comme le “çà va?”. Qui oserait répondre “çà va pas”? Les gens sont habitués à répondre des choses bateaux par maladresse. La douleur passe, que l’on se soit épanché ou pas. Il y a un mois et demi, j’ai eu ce genre de réflexions après le départ de mon fils. J’ai laissé dire, comme j’ai laissé la douleur Etre. Est-ce si important comment les gens “doivent” réagir ? Le plus important, n’est-ce pas comment NOUS devons réagir ? Et la colère me semble nuisible pour nous-mêmes, non ? Pour ma part, je n’attends rien de personne comme j’aime être Avec les gens. Et je conclurais en disant que ce n’est pas le développement personnel ni la volonté du positivisme qui fait dire çà, mais bien “l’ignorance”. Quelqu’un qui est sur le chemin du développement personnel appréhende les difficultés liées au tumulte mental et se tait en général. Les paroles qui veulent booster sont peut être énervantes mais ne font pas de mal à l’ego. Aujourd’hui, j’ai entendu une prof dire à un élève “parfois, je t’aime bien, mais parfois, je te déteste”. Là, c’est inqualifiable. Les seules paroles à proscrire sont celles qui blessent sciemment et qui dévalorisent. Celles empreintes de maladresse sont inappropriées pour Nous, mais la personne a fait “son job”. Elle vous a inclus dans son “empathie de base”. Et c’est déjà pas si mal.

    • Latmospherique March 1, 2018 / 10:49 am

      Je n’ai pas de colère vis à vis de ces personnes. Je trouve juste parfois leur comportement dépourvu d’empathie, de bienveillance. C’est sûrement pour eux un moyen de se protéger parce qu’il est clair que la souffrance, le chagrin d’autrui fait peur.
      Dans certains cas au “ça va?” insignifiant, je trouverais normal voir bénéfique que quelqu’un réponde “non aujourd’hui ça ne va pas”. Si nous ne pouvons pas partager avec les autres, alors à quoi bon vivre avec eux!

      J’imagine que tout dépend d’où l’on vient, de ce que nous avons appris en chemin…

  7. mVmHmE February 28, 2018 / 8:54 pm

    Oh lala Marie, comme je suis totalement d’accord et trouve écho dans tes mots. Je crois que les gens sont bien souvent mal à l’aise l’idée de recevoir un « non » à la question « ça va ? ». Parce qu’il faudrait gérer les choses après, apporter du soutien. Et soyons clairs, c’est beaucoup plus simple de sortir des phrases toutes faites, des phrases à la con qui ne nous soulagent pas du tout quand on va mal. Les gens capables d’être présents, juste là, au cas où on aurait besoin, sont rares. En tout cas, merci pour cet article, j’aurais pu écrire la même chose tant ça me parle en ce moment.
    Je t’embrasse !

  8. bienamicalementvotre March 1, 2018 / 12:04 am

    ohhh je sais que je ne devrais pas…mais les phrases que tu cites (principalement celle ci : « au moins tu n’as pas eu à accoucher d’un bébé mort-né ») … pourraient venir de la bouche de certaines personnes que je connais …

    • Latmospherique March 1, 2018 / 10:50 am

      C’est atroce Leti de se dire que certaines personne pensent ça (et osent le dire)!

      • bienamicalementvotre March 1, 2018 / 4:13 pm

        je sais… si je pouvais faire un top 10 des phrases horribles que ma mother a osé dire….

        • Latmospherique March 5, 2018 / 12:28 pm

          Ah oui quand même!
          Venant de sa mère ça doit être encore plus difficile Leti.

  9. Allumer les couleurs March 1, 2018 / 12:10 am

    Je suis d’accord avec toi Marie, mais je me pose une question. Moi même quand ça ne va pas, qu’est-ce que je fais ? eh bien j’essaye de positiver, de changer le scénario, de remercié le fait d’avoir un toit sur la tête, d’être a peu près en bonne santé et patata même si dans le fond je me me sens mal, j’essaye de sortir de là comme je peux, alors quand quelqu’un va mal, qu’est-ce que je peux lui dire d’autre que ce que je me dis à moi-même ? Bien sur avant tout, écouter, entendre, comprendre …Bon, je me rends compte en écrivant que je ne suis pas représentative des gens dont tu parles. Je ne suis pas du tout, du tout positiviste, au contraire, le positif pour moi est une lutte de chaque instant…et pendant longtemps j’ai détesté les gens trop positif justement mais en même temps un jour, j’ai compris que pour ma vie, c’était plus intéressant que de m’enfoncer dans l’ombre…C’est pas simple ! Bon ben du coup, je ne sais plus…

  10. maman délire March 1, 2018 / 11:57 am

    absolument ! TOUTES les émotions doivent se vivre, et nous n’avons pas d’emprise sur le temps que ça prend, n’en déplaisent à certains….

    • Latmospherique March 5, 2018 / 12:38 pm

      Tu as tout résumé en peu de mots ma belle. Mille mercis!

  11. Celine March 1, 2018 / 12:54 pm

    Je me suis “precipitée” sur votre article car le titre résumait mon impression : OK bienveillance positif tout le tralala … mais on n’a plus le droit de dire que et quand ca ne va pas, plus le droit de s’arrêter et admettre “merde j’en ai marre de cette … personne, situation, boulot (rayer la mention inutile !), plus le droit de pleurer un coup sur son sort. Etre toujours souriant, gentil, patient, positif à tout prix, c’est le risque d’un gros effet cocotte-minute : un jour ca fait boum et c’est la dépression assurée ! Parfois vivre ces touches du quotidien que sont le négatif, la tristesse, la colère, sont nécessaires et par petites touches, elles font partie de la vie. C’est quand tout est refoulé et s’accumule que cela devient nuisible. Merci d’aller un peu à contrecourant de la bienpensance actuelle 🙂 Belle continuation. Celine

  12. Lucie March 1, 2018 / 1:57 pm

    Bien d’accord avec toi…
    J’ai écrit un article sur mon blog qui disait Quand le développement personnel nous fait culpabiliser. Parce que justement, je suis coach de vie, mais quand j’ai perdu quelqu’un l’année dernière j’étais juste un gros tas de chagrin… Je ne trouvais plus aucun but dans tout cela, j’avais seulement besoin de pleurer et d’amour à mes côtés. Ca a pris du temps mais j’ai fait mon deuil.
    Et j’avais aucune envie d’entendre que la vie était belle et tout était à sa place, des choses que je repète pourtant assez souvent lol
    Donc oui, toutes les émotions doivent se vivre, je ne crois pas que le développement devrait te faire comprendre que ta tristesse n’ait pas légitime. Toutes tes émotions ont leur place.
    Ce que je vois dans cette tendance développement personnel/feelgood, c’est plutot un appel à prendre sa vie en mains, au lieu de la passer à se plaindre des occasions ratées: comment aujourd’hui avec tes cartes tu peux faire quelque chose de beau? Aller contre cette tendance humaine de rester dans sa zone de confort.
    Mais alors si tu vis une période de crise, de tristesse, de souffrance, jamais au grand jamais on ne devrait te dire “bouge tes fesses!”. Ce sont des conseils qui ne s’appliquent absolument pas dans cette situation.
    En fait, de plus en plus j’aimerai me rapprocher de l’idée :”comment je peux être en accord avec qui je suis aujourd’hui?” Si c’est en menant à bien un projet personnel parce que tu en as la force, c’est génial. Si c’est en restant à ton écoute et en pleurant, c’est génial aussi. Ne néglige surtout pas ce moment. C’est ça d’être bienveillant envers soi, c’est une vraie clé selon moi. D’ailleurs, je n’en peux plus de ces “deviens une meilleure version de toi même…” Non le développement personnel ne sert pas à cela pour moi….

  13. Iris March 1, 2018 / 2:18 pm

    Tu as su trouver les mots, le ton, pour être juste dans des propos que je ne pensais pas partager mais je suis en train de changer ma perception grâce à cet article.

  14. ptitedelph March 1, 2018 / 2:24 pm

    Merci ma Marie pour ces mots. J’avoue que ça fait un moment que de voir fleurir du positif partout, j’en viens à me taire en voyant que je n’arrive pas à aller dans cette direction et que du coup ben je tranche dans le décor. Je crois que j”en avais fait allusion dans un des EEV mais je n’ai jamais pu écrire un post dessus parce que j’aurais pu être virulente. Il m’est même arrivé de me demander si c’était réel ou si certaines personnes se donnaient cette image de positive attitude où on se sent merdique face à la vie si on n’arrive pas à rentrer une fois de plus dans ce moule là aussi. Ca me fait froid dans le dos, ces exemples 😦 Ca tourne à l’inhumain au-delà de ce besoin d’être toujours dans le positif même quand on n’arrive plus. Ma pause dans la blogosphère, du moins sur mon blog est en tout cas en lien avec ce que je vois, lis. J’avance à mon rythme, même s’il y a des belles choses, il y a aussi des souffrances à gérer en parallèle et c’est comme s’interdire d’en parler parce que ça voudrait dire que je manque ce fameux positivisme qui perso m’étouffe et provoque une overdose. Je ne le lis pas forcément chez moi, mais à travers d’autres endroits d’exutoire, je lis parfois ce genre de réponse et je secoue la tête en me disant “mais non pff…” J’ai envie de me donner le droit d’être dans le négativisme si ça me permet de remonter à la surface ensuite. A mon rythme, à ma façon, avec mes moyens.
    Je viens d’avoir ta carte ^^ je te remercie beaucoup elle est trop jolie et merci pour les thés que je savourerai tranquillement ❤ de gs bisous pour toi et mon petit Dino. je pense à vous

  15. theatypicalsblog March 1, 2018 / 2:42 pm

    C’est fou ce que ton texte me fait penser à une série d’articles que j’ai écrit entre fin 2014 et début 2015 (lorsque j’étais au fond du trou). C’est à cette période où j’ai découvert Ilios Kotsou et son livre “L’éloge de la lucidité” qui m’a beaucoup aidée.
    Perso, je me considère comme une personne réaliste, ni pessimiste ni optimiste. Quand quelque chose est beau, va bien, je le remarque et je le dis. Pareil dans le cas contraire. Et je sais qu’il y a certaines situations où, à terme, on peut trouver du positif et du négatif car tout n’est pas blanc ni noir…mais à terme, seulement. Et ça ne marche pas pour toutes les situations car il y en a vraiment des moches et il faut le reconnaître.

  16. Azylis March 1, 2018 / 10:20 pm

    Dans le même genre, on peut aussi goutte au feu tous ces bouquins de développement personnel de mes deux. Comme s’il suffisait de lire un livre de 250 pages pour être heureux.

    • Latmospherique March 5, 2018 / 12:28 pm

      Le problème c’est qu’on accorde très de crédit à trop de choses, comme si on attendait que les mots agissent comme un miracle…
      Certains livres de développement personnel sont intéressants, il faut faire le tri et surtout choisir ce qui nous convient ou pas.

  17. ornellastro March 2, 2018 / 10:58 am

    Je trouve ton désarroi face au positivisme très intéressant. Néanmoins, je ne suis pas totalement d’accord. Dans des mots très brefs, mon Sabine a perdu le 7 octobre 2016, son compagnon avec qui elle vivait depuis 15 ans. C’était son tout premier copain, l’amour de sa vie. Il est mort à 34 ans d’un infarctus. Ils essayaient de faire un bébé depuis un an. Sabine a appris qu’elle était enceinte lorsque Florian était en réanimation. Elle a avorté. Pendant environ 3 mois, j’étais avec elle nuit et jour mettant ma vie entre parenthèses, repoussant mon projet de blog et faisant des concessions sur mon existence, pour lui adoucir autant que possible la sienne, violentée par le sort. J’ai dormi avec elle, et l’ai prise dans mes bras pendant des heures quand en pleine nuit elle se réveillait en larmes. J’ai essuyé son deuil et ses caprices de femme blessée pendant 1 an, sans rien dire, en allant dans son sens parce que ça ne servait à rien de lui rentrer dans le chou.

    Sauf que trop souvent, elle se servait du fait d'”être veuve” comme d’une excuse à tous ses coups de sang, à son manque d’envie d’avancer. Quand quelqu’un lui faisait remarquer qu’elle était dure, elle disait de façon sarcastique : oh mais tu sais, je suis veuve alors… La personne en face, déconcertée, se confondait en excuses.Elle se permettait des ouvrages, des violences des refus sous couvert de sa peine.

    Au bout d’un an, je lui ai rentré dans le cul, en lui disant, qu’on en avait rien à foutre de sa douleur et de son sentiment d’injustice. Que tout ne tournait pas autour d’elle, et que NON, on ne lui avait pas ENLEVE Florian, que non, elle ne l’avait pas perdu ! Qu’elle a eu une histoire magnifique et que Florian est mort amoureux. J’ai été d’une agressivité inouïe, dure et tranchante. Je lui ai dit qu’elle se comportait comme une gamine pour attirer l’attention et la pitié des uns et des autres, parce qu’au final, cette position d’endeuillée était bien confortable lorsqu’on la plaignait en permanence et qu’elle n’avait à répondre de rien. Et bah tu sais quoi ?

    Ca lui a fait beaucoup de bien. Dans la foulée, une de ses collègues l’a inscrite sur un site de rencontres, elle a couché avec deux trois types histoire de se dire qu’elle en était capable, et tout s’est très bien passé. Elle revit !

    Tout ça pour dire que même si la douleur est intime et qu’elle ne doit pas systématiquement être comparée à une autre, parfois ça a du bon !

    • Latmospherique March 2, 2018 / 8:46 pm

      Je te rejoins Ornella. En effet au bout d’un moment il faut agir, sortir de cette “période” de souffrance et prendre son deuil en mains si je puis dire.

      Ton exemple montre bien qu’il y a un temps pour chaque chose. Je sais pour ma part que les premiers mois j’étais un vrai zombie, mes proches me bousculaient et ça me déroutait, je me disais qu’ils ne comprenaient rien à mon désarroi (je pense qu’ils agissaient ainsi parce qu’ils avaient peur pour moi).
      Progressivement, je me suis reprise en mains, c’est mon caractère, j’ai remonté doucement avec l’appui de ceux qui étaient présents.

      Je pense que les deux sont nécessaires. Car on ne peut pas non plus se plaindre de notre sort éternellement!

  18. Sweet-Things March 2, 2018 / 5:53 pm

    Juste écouter, être présent…
    Pas facile pour tout le monde.

    • Latmospherique March 2, 2018 / 8:39 pm

      Non. Tout dépend de la sensibilité des personnes j’imagine…

  19. Julie March 4, 2018 / 12:21 am

    Hello,

    J’ai déjà répondu sur ton profil Hellocoton, mais je tenais, au vu des commentaires, à rajouter quelques petites choses.
    Je pense que le développement personnel a du bon. Lors d’une épreuve, la personne en souffrance peut employer le développement personnel comme un outil pour pouvoir travailler sur elle-même. Mais il ne faut pas perdre de vue que les moments difficiles sont des luttes et des reconstructions de soi. Je suis du genre à chercher le positif dans une situation sauf que, il ne faut surtout PAS ignorer ses aspects négatifs et douloureux. Positiver oui, mais fermer les yeux, non. Pour moi, cela s’assimilerait à la politique de l’autruche en refusant de voir le mal, alors qu’il est bien là.
    Quand je vois les exemples que tu cites, j’hallucine un peu. Et je pense que tu ne les as pas cités au hasard, que tu les as probablement entendus. Pour le coup, ce n’est même pas du positivisme pour moi. Je considère cela davantage comme une manière de dédramatiser, de la rendre “moins grave”, mais pas dans le bon sens du terme. Comment dédramatiser une rupture ou la perte d’un enfant ?
    En vrai, je ne peux même pas concevoir que certaines personnes puissent dire de telles énormités et ignorer les dimensions affectives et émotionnelles.

    En tout cas, merci d’avoir soulevé le sujet.

    • Latmospherique March 5, 2018 / 12:34 pm

      Je retiens cette phrase que je trouve très juste”Positiver oui, mais fermer les yeux, non”.
      Il y a toujours ce risque dans le positivisme à outrance je trouve.
      Certains chagrins existent et il faut du temps pour les digérer. Aujourd’hui on a tendance à vouloir passer vite fait à autre chose. Ce n’est pas toujours possible.

      Merci beaucoup pour ton partage Julie et ton intérêt pour le sujet

  20. Pauline March 12, 2018 / 1:43 pm

    Je trouve ta réflexion plus que pertinente et tu sais à quel point je la partage. Elle me rappelle une discussion que j’ai eu avec une très bonne amie il y a peu de temps ❤ Et oui je considère qu'il y a un temps pour tout : viendra le moment de se relever, de faire face mais bon sang, on a le droit d'être malheureux, d'en avoir ras le bol, de ne plus avoir le goût de rien. Et dans ces moments-là effectivement, tout ce dont j'ai besoin, c'est d'une oreille attentive et d'un bon calin. S'entendre dire qu'il faut avancer et relever la tête comme un bon petit soldat, même si la personne qui prodigue ce conseil le dit en toute "bienveillance", c'est surtout très maladroit. La vie ce n'est malheureusement pas un long fleuve tranquille et faire l'impasse sur cette douleur revient à tenter de la nier. Sauf qu'elle est bien là et qu'elle se rappellera à notre bon souvenir tôt ou tard…

    • Latmospherique March 12, 2018 / 1:55 pm

      Tout est dit dans “il y a un temps pour tout”. Tout le monde le sait, un jour il faudra avancer, se lancer des défis, se relever. Mais chaque chose en son temps. Le chagrin n’est pas une maladie qu’il faut enrayer à tout prix – comme toutes les émotions il doit être exprimé et expérimenté. Ou alors on passe à côté et un jour ou l’autre ça revient, comme un boomerang. Et la chute est beaucoup plus délicate – je parle d’expérience là encore!!
      Prends soin de toi ma belle. Je t’embrasse fort.

  21. carrie4myself March 23, 2018 / 11:35 am

    I’m puzzled… j’ai lu ton billet suis assez d’accord avec et puis j’ai lu les commentaires.
    Lorsque j’ai quitte Big, il etait a 10000% encore avec moi, dans ma tete, mon esprit, chaque seconde (je ne dis meme pas minute…!). J’ai (apparemment) saoule mon entourage en parlant de lui matin, midi et soir. Je me demande si je n’ai pas saoule Muppet avec aussi… 🙄 je rigole mais j’étais seule, et chaque histoire est differente, chaque ressenti, emotion est differente : l’age, le passe, le moment ou ca arrive.
    Il faut savoir écouter, etre la, mais aussi parfois secouer l’autre. Une parole pour un ne marchera pas forcement pour l’autre, ou meme une parole dite a un moment précis pourra avoir un effet oppose ou fort different a un autre moment.
    Les livres sur le dev. personnel peuvent aider mais par exemple , si j’ai adore “who moved my cheese”, le livre de Laurent Gounelle “l’homme qui voulait etre heureux” m’a passablement ennuyé (et je reste polie…) LOL
    Bizz Marie

    • Latmospherique March 23, 2018 / 12:55 pm

      Comme tu le dis si bien tout dépend des circonstances, de la personne, de l’histoire.
      Il y a un moment pour tout, un pour s’effondrer et un pour rebondir.
      Le problème quand le deuil n’est pas fait c’est que ça revienne un jour ou l’autre. Enfin c’est mon expérience.
      J’avoue que 7 jours après mon retour quand mon père m’a dit “il est temps d’arrêter de pleurer, tu as fait ton choix, tu l’assumes” j’ai pris ça comme une énorme claque. Bien sûr c’était pour lui un moyen de gérer sa propre douleur face à une situation qu’il ne maitrisait pas et qui le faisait terriblement souffrir aussi.
      Je te rejoins pour “l’homme qui voulait etre heureux”…
      Grosses bises et merci pour ton témoignage.

      • carrie4myself March 23, 2018 / 1:40 pm

        Je sus partie de chez Big, toujours dans la voiture, a 2m de la maison, ai sonne mes parents et maman m’a engueule comme ton pere….. ca n’a servi a rien, juste a me faire plus pleurer….
        Bizz Marie

Un petit mot doux pour la route...

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