Day: February 26, 2018

Plaisir estival

C’est un soir d’été. Le fond de l’air est chaud, le soleil descend sur la ville agitée, riche de l’expérience des beaux jours retrouvés. Elle porte une robe légère, fleurie, resserrée à la taille, un modèle vintage trouvée dans une solderie lors d’un voyage à Avignon. Une robe qui sent bon la vie, l’insouciance. Et ce soir elle en est pleine de cet océan de possibles qui s’étend devant elle. Elle ne porte rien sous sa robe, c’est peut-être aussi cette liberté soudaine qu’elle chérit, après des mois à l’étroit dans des pulls, collants, robes en laine, après ce froid qui gèle les extrémités du corps, après la grisaille et la pluie.

Le fait de savoir ce que nul ne devine lui donne l’impression d’être la détentrice d’un magnifique secret. Elle en joue, juchée sur ses escarpins à talons ocre, ondulant du bassin comme une sirène sortant de l’eau.

Son rendez-vous l’attend. Elle sait qu’il lui suffira de la serrer contre lui pour percer son secret. Il ne dira rien ou il sourira, de ce sourire espiègle qui murmure « j’ai envie de toi ». Elle aussi a terriblement envie de lui, comme à chaque fois qu’il entre dans son champ de vision, que ses yeux croisent les siens, que son corps s’approche de son périmètre, qu’il la prend dans ses bras, que son sourire la fait chavirer. Elle en a envie le soir quand elle s’allonge nue sous sa couette et l’imagine faire de même, le matin au saut du lit quand elle aimerait qu’il la réveille en laissant courir ses doigts sur son corps. Et la nuit aussi quand elle rêve de lui. Ou quand l’insomnie la surprend et que les scénarios les plus torrides envahissent son esprit et l’entrainent dans un dédale de fantasmes fous.

Elle ferme les yeux au contact de leurs peaux qui se touchent. A travers les tissus souples des vêtements de saison, elle perçoit son trouble. La place grouille de monde. Elle la voudrait plus déserte. Elle regarde autour, cherche un endroit à l’abri des regards. Elle imagine à quel point cela doit être excitant de faire l’amour dans un lieu public, en se pressant un peu ou sans se presser d’ailleurs. Prendre le temps de se toucher, faire courir leurs langues sur chaque parcelle de peau, exposée ou cachée. Faire durer le plaisir ou le saisir sur l’instant, prendre ce qui se livre en quelques minutes seulement, sans s’abandonner totalement. Commencer par se dire en gestes, en émotions. Ou attendre la fin de la soirée, laissant planer au-dessus du rendez-vous l’envie latente de se rencontrer plus intimement.

Elle se sent soudain portée, transportée, entourée d’un parfum qui l’hypnotise. Elle se dit qu’il a peut-être les mêmes pensées qu’elle, les mêmes fantasmes tus. Osera-t-elle énoncer à haute voix son ressenti ? Ou se contentera-t-elle de lui prendre la main, de le suivre, muette, en attendant la prochaine occasion ?

Elle ouvre les yeux. La place, l’été, son amoureux se sont envolés. Le jour la cueille, le soleil l’invite à profiter d’une nouvelle journée, son rêve bien vivant dans son esprit.