Day: February 13, 2018

Réveil sensuel

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Le jour se lève, frais et dépose des couleurs sur la ville endormie. Rose poudré, violet, bleu nuit. Ici et là les lumières s’allument, étincelles de vie, pépites dorées qui se dissipent dans la brume d’un nouveau matin.

Il se réveille, s’étire en silence, sent ses muscles se détendre. A ses côtés, Boucles d’or dort encore. Ou fait semblant. Sous les draps, son corps enveloppé dans un voile de satin semble attendre ses caresses.

Il effleure ses cheveux longs, fait glisser ses doigts le long de la cambrure de son cou. La peau, à cet endroit, est douce et voluptueuse. Ses doigts s’attardent, légère pression à la base, il sait qu’elle apprécie, avant de continuer leur course sur ses seins, ronds, appétissants, auréolés du plaisir qu’il a à les regarder, les toucher. Il approche sa bouche, enroule sa langue autour du fruit sacré au goût sucré, tout en continuant d’explorer les contours de la féminité offerte à ses mains habiles. Il la sent frémir, pourtant elle choisit de garder les yeux fermés, peut-être pour profiter de cet instant sacré.

Il pose ensuite ses yeux sur ses courbes, les vallées qui se dessinent au gré des mouvements qu’elle fait, lents, aériens. Il aime la souplesse de son bassin, la fièvre qui s’empare d’elle quand elle sent son corps attiré par le sien, comme un aimant au pouvoir saisissant. Il apprécie la générosité de ses envies, tantôt pressantes, tantôt insaisissables. Il se déplace sur son corps, frôle avec sa langue son nombril, territoire neutre, le bas de son ventre, tendu, l’intérieur de ses cuisses, légèrement entrouvertes, comme une invitation. Qu’il accepte avec la candeur d’un jeune premier prêt à savourer les délices à sa portée. La toison d’or exposée à son regard amoureux lui promet un voyage au pays des sens. Il se sent prêt à être englouti tout entier dans l’intimité scandaleuse, dégageant un parfum capiteux auquel son corps entier aspire. Il s’avance lentement, paumes ouvertes, prêtes à donner.

Il n’en a pas le temps. Boucles d’or s’est réveillée. Elle le toise de son regard de braise, saisi sa bouche, couvre ses lèvres de baisers fiévreux et dans un souffle, les fait basculer tous les deux dans une danse lascive inattendue.

Un jour, j’ai voulu accoucher sous X

A quelques heures des 5 ans de Loulou, je souhaite partager ce texte, très personnel. Il s’agit juste de mon témoignage face à une réalité glaçante qui m’a fait perdre tous mes repères, à un instant T, l’instant où les choix qu’il convient de faire impacteront définitivement nos vies. Une façon aussi pour moi de dire que la bienveillance et l’absence de jugement sont des valeurs clés dans les drames qui bousculent nos existences ou celles de nos proches.

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Ma grossesse touchait à sa fin. Je venais de rentrer en France, un choix qui s’était imposé face à une rupture violente que je ne me sentais pas à même de gérer seule. J’étais dans une position psychologiquement très fragile. Si j’avais pu disparaître de la surface de la terre, j’aurai signé sans hésiter.

L’enfant que je portais me faisait peur.  Le jour me terrifiait et la nuit ne m’apportait pas le repos dont j’avais besoin pour faire face à tout ce qui me dépassait. Les insomnies me précipitaient dans un gouffre au fond duquel mes prières ne réclamaient qu’une chose, que l’enfant ne vive pas –  aucune mère ne devrait faire une prière comme celle-là.

J’ai pleuré jusqu’à ce que je n’aie plus de larmes. La préparation de sa chambre de nouveau-né a été un supplice. Faire les magasins de bébé me demandait un effort considérable. Je craignais de ne pas aimer mon enfant. Je m’effondrais à chaque évocation de son existence prochaine.

Chaque jour me rapprochait de la date fatidique de sa venue au monde. Il fallait tenir pour lui, c’est ce qu’on me répétait à longueur de journée. Il n’avait pas choisi. Je ne me sentais pas capable, pas à la hauteur de la vie que je portais. Je me levais chaque jour, avec l’envie d’en finir, d’arrêter le cours du temps. Je me faisais peur. Tout me faisait peur.

Je considérais que je n’avais pas le droit d’imposer mon malaise, mon mal être, ma dépression à cet enfant que j’avais tant désiré, qui n’y était pour rien dans cet immense gâchis.

Alors j’ai pensé à accoucher sous X, j’ai cherché des informations, j’en ai parlé aux sages-femmes qui me suivaient. Je voulais que mon enfant puisse grandir au sein d’un foyer uni, qui lui offrirait la chance d’une vie meilleure que celle que j’avais à lui proposer.

Certains événements dans la vie nous mettent face à certaines réalités, à des prises de décision qui nous paraissaient jusqu’alors criminelles. Le temps de quelques battements de cœur, ce choix m’a libéré d’un poids qui se faisait imposant, plus dense, à mesure que l’enfant prenait ses aises dans mon ventre.

Je pensais, naïvement peut-être, que mes proches accepteraient. Leur désapprobation a été sans appel. Leurs mots m’ont fait extrêmement mal, ils m’ont profondément blessée alors même que ma plaie suintait de toutes parts. J’avais déjà tout perdu, je ne pouvais pas me permettre de perdre leur soutien. J’ai donc mis au monde mon enfant, incertaine. Quand la sage-femme l’a déposée sur ma poitrine, j’ai réalisé que je n’aurais pas pu le laisser partir. Mon fils m’avait donné tous les courages. C’est ensemble que nous étions fort.

Il m’a fallut beaucoup de temps pour me pardonner ces pensées, ces mois d’angoisses, cette peur viscérale d’avoir fait un choix par défaut. Même si certains jours je me sens fragile devant la tâche à accomplir, j’ai conscience que sa naissance a bouleversé ma vie et que sa présence est une chance!