Day: February 5, 2018

Aimons-nous!

Aimons-nous. Ne cherchons plus à savoir qui à raison, qui à tort. Nous nous sommes mentis, trahis bien des fois. Nous avons chacun essayé de protéger l’autre. Sans y arriver. Un choix de vie pour moi. L’angoisse pour vous. Et tous les à-côtés du quotidien.

On se souvient tous des mois de silences dans lesquels nous nous sommes perdus, ces lettres que nous nous sommes envoyés, chargées de rancœur et de peurs que nous n’arrivions plus à contrôler. J’étais paumée dans ma vie. Je vous ai caché la vérité, j’ai eu peur d’affronter votre regard, de faire face à votre déception.

Avec le recul, j’imagine ce que ça doit faire de voir son enfant plonger, n’être plus qu’une ombre, abandonner ses idéaux. Avec le recul, je me rends compte de ce que vous avez pu, dû vivre, l’angoisse constante avec laquelle vous avez dû composer pendant quatre longues années. Et plus.

A l’époque, j’étais trop engluée dans cette histoire, prise dans une toile d’araignée, je survivais comme je pouvais. Le pire ce n’est pas ce que je n’ai pas dit, c’est ce que je ne me suis pas avoué.

Aimons-nous. Le passé est ce qu’il est. Il m’a donné les clés pour devenir celle que je suis aujourd’hui. Aucun regret.

Vous l’avez détesté et vous le détesterez toujours pour ce qu’il a pris, ce qu’il a fait de moi, ce qu’il a détruit. Je ne peux pas vous en vouloir. Moi, j’ai fait mon deuil, je me suis pardonnée cette histoire. Il ne me reste que le meilleur. Et ce meilleur vous l’aimez avec une force incommensurable. C’est l’essentiel.

Aimons-nous. Juste là, à cet instant. Avec la force qui nous a accompagné pour remonter la pente, ensemble. Je reste discrète sur le présent, sur le bonheur retrouvé. Pourtant il vous a suffi d’un regard pour saisir que l’amour avait cette fois ci un goût différent, qu’il me rendait  à moi-même, qu’il était vrai et sincère.

J’imagine le soulagement de vos cœurs de parents.

Ce texte a été écrit suite à la lecture d’articles du blog La capacité d’émerveillement

L’écho des souvenirs passés

[:fr]

Martin, Martin !

J’entends une voix, une voix que je connais, une voix douce et rieuse.

Martin, je suis là !

C’est une voix d’enfant. Elle semble venir de loin, d’un temps dont je n’ai pas la maîtrise. Elle se dirige droit sur moi, prête à me faire chavirer dans un océan de souvenirs.

Je respire calmement, tente de me rappeler. Je regarde l’eau glisser, contemple le reflet des arbres qui lui donnent une couleur verte, comme celle que l’on voit dans ces paradis perdus, abandonnés des hommes.

Martin, ne reste pas planté là, viens, suis moi !

La voix devient plus claire. Elle n’est plus ce vague murmure d’un passé révolu. La scène se dessine sous mes yeux avec davantage de netteté. Derrière les arbres, je distingue la silhouette gracile d’une petite fille.

Martin, vite, après il fera nuit, il sera trop tard !

Je suis la voix, à travers les épais feuillages. J’avance doucement à l’écoute du martèlement de mes pas sur le sol. La voix se fige un instant. Le silence se fait dense autour de moi.

Martin, tu as vu un fantôme ou quoi !

Bien ancré dans le présent, je regarde le temps d’avant, figé dans ce navire à la dérive, la voix de Lila haut perchée, qui m’invite à la suivre. Dans un dédale de jeux, d’aventures risquées, de rêves que seuls les enfants savent imaginer, à partir de rien.

Ceci est ma participation à l’atelier d’écriture 293 de Leiloona – Bric à Book (Photo Caroline Morant)[:]