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Le harcèlement : arrêtons de dire tout et n’importe quoi

 

Se taire n’est sûrement pas la solution – dixit mon article d’hier. C’est une des raisons pour lesquelles je m’exprime sur le sujet du harcèlement aujourd’hui. Pour écrire sur un tel sujet, il vaut mieux avoir quelques billes en poche. Ça tombe bien, le harcèlement je l’ai vécu à l’école, j’en ai été témoin au travail et je l’ai vécu en couple. Je ne dirais pas que je maitrise le sujet, j’en ai juste une bonne connaissance. Autant que mon expérience serve à quelque chose.

En ce moment, je trouve qu’on parle de harcèlement à tout va, sans véritablement savoir de quoi il en retourne.

Le harcèlement c’est une violence répétée qui peut être verbale, physique, psychologique ou sexuelle. Les caractéristiques sont claires :

  • La violence, qui inclut donc un rapport de force et/ou de domination d’un individu par rapport à un autre.
  • La répétition, qui implique des agressions ponctuelles qui reviennent de manière régulières durant une période donnée.
  • L’isolement de la personne victime.

Ce n’est pas parce que ce n’est pas du harcèlement que ce n’est pas grave, bien entendu, mais arrêtons de nous poser en victimes de harcèlement dès que nous nous sentons agressés par un mot, un geste, un acte.

  • Un patron qui dit deux fois de suite dans la même semaine à son employé qu’il est en retard, c’est un état de fait, point à la ligne.
  • Une main aux fesses, c’est une agression ponctuelle.
  • Un conjoint qui dit « tu n’es qu’une gourde », c’est un con.
  • Une moquerie sur les performances sportives d’un élève, c’est la méchanceté des enfants entre eux. Malheureusement.

Je le redis, c’est la répétition qui qualifie l’agression de harcèlement. Et d’ailleurs ces agressions montent souvent en puissance, à mesure que la victime perd de sa capacité à réagir face aux attaques. Une fois la victime sous emprise, tout devient permis, le ou les harceleurs s’en donnent à cœur joie.

On peut souvent mettre fin à une agression ponctuelle.

On peut difficilement réagir face au harcèlement. Le harcèlement est insidieux. Ce qui est normal un jour devient anormal au bout de plusieurs semaines. Le mal est fait, la vie devient un enfer.

  • Un patron qui humilie quotidiennement, remet en cause le travail irréprochable de son employé, lui envoie des SMS à toute heure du jour et de la nuit pour lui demander de faire telle ou telle chose, le met à l’écart, c’est du harcèlement.
  • Une main aux fesses, suivie de demandes insistantes à connotation sexuelles, de gestes déplacés, c’est du harcèlement.
  • Un conjoint qui dénigre constamment son ou sa partenaire, lui demande tout et son contraire, utilise les menaces pour arriver à ses fins, c’est du harcèlement.
  • Un élève qui devient la tête de turc de sa classe, de son école, qui subit chaque jour les remarques, moqueries, brimades des autres, qu’on exclut de tout, qu’on insulte à tout va, sur lequel on fait courir des rumeurs, c’est du harcèlement.

On rentre dans une toute autre sphère. D’où l’importance d’utiliser les mots à bon escient. Par respect au moins pour toutes les victimes qui luttent chaque jour pour refaire surface. Arrêtons de faire des amalgames qui n’ont aucun sens et qui empêchent la justice de faire son travail correctement. Donnons de l’importance à ce qui en a. Et n’oublions pas non plus que personne n’est à l’abri, que le harcèlement touche les enfants, les femmes et les hommes. Je trouve qu’on les oublie souvent…pourtant l’égalité que nous revendiquons à corps et à cris réside dans cette reconnaissance là aussi.

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Auteur - Blogueuse et Poète. J'écris comme je respire... Author - Blogger and Poet. Writing is my breath, my voice, my dream...

42 thoughts on “Le harcèlement : arrêtons de dire tout et n’importe quoi

  1. Je suis d’accord à 100%
    Le sujet est trop grave pour faire de l’amalgame.
    Je pense aussi que la notion de harcèlement implique en effet une répétition, que l’évènement soit bénin ou non.
    1 ou 2, voir 3 itérations ne sont pas du harcèlement, c’est la drague si on parle du sujet.
    Au delà, et si le non à été exprimé, de manière explicite ou non (pas de réaction posotive) , le harcèlement commence.

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      1. Je pense que ça dépend beaucoup des circonstances et de notre propre vécu. Face à des mecs insistants, je me suis plus sentie fatiguée que gênée. Mais ça dépend insistants sur quoi et comment.
        Je suis d’accord qu’un “non” devrait suffire surtout quand on parle de rapports sexuels.

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    1. Et pourtant tu sais bien que je ne suis pas puritaine etc…. Une fois non clairement exprimé ça devrait suffire. C’est comme si une fille qui se fait violer (et j’en connais bien le sujet) dit non et qu’on dit mais fallait le dire sur 2/3 fois sinon c’est…. Donc non une fois ça doit suffir, je ne parle pas d’harcèlement, mais qu’on respecte les femmes et je ne suis pas féministe pour 2 sous. Non c’est non, aussi bien pour une homme que pour une femme point barre, pas besoin de devoir le répéter.

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      1. Je parle de drague ….
        Donc dire non à une invitation à un verre, à un dîner à un cinéma cela me semble pas abuser.
        Pour le viol c’est même pas une question de Non, cela devrait un Oui.

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  2. Rapport dominant/dominé, harcèlement moral, autoritarisme, sadisme… La liste est longue de ces conduites perverses, qui vont du viol intellectuel au viol physique, des attitudes abusives qui génèrent, à coup sûr, des processus d’enfermement. Face à ces abérations comportementales il devient impératif de penser en terme de dignité. Absolument personne, quels que soient les liens qui unissent (affectifs ou professionnels), n’a le droit de porter atteinte à l’intégrité physique ou psychologique de quelqu’un. Le harceleur, quelle que soit sa sphère d’action (affective ou sociale), agit essentiellement sur la peur, il n’est surtout pas question d’envisager de pouvoir changer ce type d’agresseur. La priorité consiste donc à ne plus donner de prise aussi est-il important de prendre conscience que le harceleur prendra d’autant plus le dessus si sa victime n’ose pas parler de ses persécutions à quelqu’un d’extérieur. Voilà pourquoi il ne faut surtout pas banaliser le harcèlement.

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  3. Tout le monde s’est jeté sur le harcèlement sans le définir. Tu le fais très bien 🙂 Le harcèlement n’est pas un geste ou une parole déplacée mais une traque répétée qui fait des harcelés de véritables victimes !Il fallait que ce soir dit Marie Grosses bises

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    1. Je n’en peux plus de tous ces amalgames Paulette. Au bureau, j’en entends tous les jours des vertes et des pas mûres sur le harcèlement…
      J’avais besoin de le sortir je crois et tant mieux si cela apporte quelque chose à quelqu’un.
      Merci et belle journée Paulette

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  4. Ben oui, c’est évident. 🙂 D’un côté, je me dis c’est dommage ce qu’on est en train de faire du sujet, de l’autre, je me dis que ça y est, cette fois, on en parle et plus personne ne pourra faire comme si ça n’existait pas.

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    1. Pas évident pour tout le monde…
      Il est temps en effet qu’on en parle, qu’on sorte tout ça des tiroirs, qu’on arrête avec les non-dits. Et que la société – les gouvernements prennent les mesures qui s’imposent.

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  5. Merci, c’est très bien dit 🙂 Weinstein était un harceleur psy, Kevin Spacey qui a dragué bourré il y a 30 ans un jeune homme a dérapé comme beaucoup d’humains et ne méritait pas la potence publique, là est la différence (bien sûr, je m’en tiens aux faits énoncés à titre d’exemple, je ne connais pas ces personnes 🙂

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  6. Oui, ça fait du bien un peu de clarté dans toute cette soupe. Le harcèlement c’est un sujet grave et peut-être que les dérives médiatiques de ces derniers jours nous éloignent du cœur du problème. Et d’un autre côté, je trouve la tendance actuelle au lynchage immédiat sans prendre le temps de comprendre ce qui est vraiment dit est insupportable.

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    1. La tendance actuelle nous éloigne des débats de fond et qui pourraient faire avancer les choses Marie. En parler c’est bien, mettre en place des mesures, encore mieux. Nous n’en sommes pas encore là…

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    1. Tout à fait Cécile. En effet le Burn Out n’échappe pas aux amalgames. C’est un réel danger dont il faut avoir conscience je pense.
      Merci à toi et belle soirée. ❤

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  7. On en parlait justement avec ma soeur l’autre jour et on était d’accord pour dire que c’était vraiment n’importe quoi en ce moment. Le hashtag balance ton porc a eu pour mérite de libérer la parole des femmes, certes, mais du coup, on a tout mis dans le même panier. Le patron ivre qui a une parole malheureuse (mais stupide) un soir avec l’agresseur pathologique et pervers. Ton article est très intelligent et a le mérite de remettre les choses à leur place. Merci.

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    1. Merci ma belle.
      Tout à fait on met trop facilement tout le monde dans le même panier. C’est grave je trouve.
      La libération de la parole est une bonne chose. Mais elle ne doit pas desservir les personnes victimes ni d’ailleurs servir les véritables agresseurs.
      Bonne soirée!

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  8. Très pertinent. Oui les mots ont un sens. Je partage votre analyse, si bien pensée et rédigée et aussi en votre nom sur ma page FB Julien Julius Cauchois. Amicalement. Julien

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    1. J’en suis sortie Stéphanie, c’est peut-être pour ça. Je pense que pour entrer dans tout débat sur un sujet qui nous tient à cœur, il faut arriver, quand c’est possible, à prendre ses distances avec son vécu. Sinon nous sommes trop à fleur de peau pour faire passer et défendre nos idées.
      Merci et belle journée.

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  9. J’aime quand tu ouvres ta bouche et que tu arrêtes de te taire.

    Ta définition est en effet juste et claire et a le mérite d’être posée. En effet, il ne faut pas tout amalgamer.

    Néanmoins, il y a une chose qu’il faut voir et qui est aussi dénoncé, c’est ce qu’on appelle le “harcèlement de rue”, toutes ces remarques, plus ou moins désagréables, que se prennent dans la figure les femmes, dans la rue. Elles sont émises, ponctuellement, par un individu qui ne les reverra jamais et donc ne pourra pas réitérer la chose sur la même personne (mais ne se privera pas de le faire sur d’autres), il n’y a donc pas de harcèlement au sens propre. Mais la répétition, à longueur de semaine, par des individus qui se croient tout permis, devient, à force du harcèlement. Ou tout du moins l’est vécu comme tel. Certaines femmes ont tourné et diffusé des vidéos pour montrer le phénomène et qu’on se le représente au plus juste.
    Ce sont des comportements qui viennent du fait qu’on considère les femmes comme des objets à disposition, des êtres inférieurs.
    Et c’est ce contre quoi il y a un vent de colère.

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    1. Le harcèlement de rue existe en effet bel et bien. Et là il va falloir que la justice, le gouvernement établisse des lois pour lutter, en créant certainement une nouvelle définition face à ce fléau qui enfle.
      C’est vrai aussi qu’il y a un énorme problème de respect des hommes vis à vis des femmes (je généralise). Toute une éducation à refaire. Autant pour les filles que pour les garçons.
      On a du pain sur la planche ma belle!!

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  10. Mais oui, tu as 100% raison. La parole est ouverte, et c’est bien, mais du coup tout part en vrille et les amalgames surgissent de partout. Ca va se tasser et j’espère que l’on retrouvera un peu de bon sens mais tu as raison d’exprimer tout ça ! Mon fils réagit, il ne comprends pas certain propos. Par ailleurs, la personne avec laquelle je commence à travaillé sur sa bio a décidé d’écrire sa vie suite a cette parole libérée, elle veut “dire” et ça c’est super. Elle à 67 ans et n’a jamais rien dit à personne sur des situations qu’elle a vécu et je suis la première à qui elle en parle tout timidement en se demandant si elle à raison de le faire ! bisous

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    1. Ce sont les amalgames qui me révoltent Kathou. Comment s’y retrouver dans ce grand déballage?
      Je suis heureuse toutefois de lire que tu travailles avec une personne qui a décidé de “partager” son vécu. C’est important je pense de dire les choses. Cela ne doit pas être facile mais sûrement très bénéfique sur le long terme.
      Grosses bises et merci pour ton partage

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  11. Ca discrédite et banalise les personnes qui sont réellement harcelées. Ca me rassure de voir que je ne suis pas la seule à trouver que tout passe par le mot harcèlement ces derniers mois, dans l’abus un peu quand même. A toutes les sauces. Et ça me saoule au final que les gens mélangent tout… C’est bien de faire le point et de rappeler le vrai sens et conséquences du réel harcèlement

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    1. Ca ma rassure aussi Delphine. Mettre tout dans le même panier c’est la grande tendance actuelle. Ça dessert énormément les personnes victimes.
      Merci pour tes mots et ton soutien. ¨Plein de bises.

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  12. C’est comme “prise d’otage”, certains mots sont détournés de leur sens initial pour faire du “sensationnel” et du “choc”, puisque la société dans laquelle nous vivons ces dernières années réagit extrêmement (voire uniquement) à ça. C’est le côté Marseillais de la planète en général et des médias en particulier 😉
    Plus sérieusement, c’est en effet bien de remettre les points sur les i, même moi je ne suis pas exempte de ce genre de dérives. Toutefois, et tu le dis d’ailleurs, même si certains actes ne sont pas du harcèlement à proprement parler, ils sont graves quand même. Ça ne me parait pas non plus une mauvaise chose qu’ils entrent dans le débat public et deviennent visibles pour plus de gens. Avec les bons mots/concepts, ce serait mieux, évidemment…

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  13. Un chat est un chat. Un harcèlement est un harcèlement, je suis bien d’accord avec toi. Chaque mot sa signification. Je me suis longtemps arrachée les cheveux sur des termes tels que “pervers narcissique, bipolaire ou encore borderline” utilisés n’importe comment par des gens qui ne connaissaient pas ses pathologies et que ça n’embêtaient pas de diagnostiquer aux autres… Ca me mettait en colère, vraiment vraiment vraiment.
    Puis j’ai pris du recul, finalement les médias ont déformé bcp de termes précis mais pour faire de la prévention. Oui, on parle bcp trop de harcèlement et de pervers narcissique. Mais au moins, on en parle et ça peut libérer une parole 🙂

    https://la-parenthese-psy.com/

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Un mot doux pour la route...

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