Les stigmates de la violence conjugale

Ils sont différents en fonction du type de violence subie : physique, psychologique, sexuelle, économique, religieuse et j’en passe. La violence conjugale a plusieurs visages, c’est ce qui en fait une arme dangereuse dont on prend conscience de l’existence tardivement dans une relation.

Alors même que nous sommes sorti(e)s de notre état de “victime” – je sais que beaucoup ont du mal avec ce terme pourtant il s’agit bel et bien de ça, la violence conjugale est une véritable prise d’otage qui s’inscrit dans la durée – nous n’en restons pas moins vulnérables. Un mot, un évènement, une idée que beaucoup considéreront comme normaux réveillera en nous quelque chose : gêne, colère, chagrin, douleur, honte. On aura beau avoir fait le deuil, s’être pardonné, avoir pardonné parfois aussi, quoi que le monde nous dise, quoi qu’il se passe, l’oubli est impossible. Il nous faut apprendre à vivre avec ça, sans toutefois laisser de prise au passé, avec ces moments où la peur reprend le dessus, avec notre incapacité à comprendre, entendre certaines choses, avec ce besoin d’être rassuré(e) – tout va bien, avec les images aussi qui reviennent et nous font perdre temporairement nos repères.

Il faut du temps pour s’affranchir d’une manière de faire, d’agir, d’être, que nous avons mis en place pour nous protéger contre l’agresseur. Vivre avec la peur, dans la peur, pendant des mois, des années implique la mise en place de processus rodés. Notre énergie reste focalisée sur le meilleur moyen de gérer l’urgence, nous sommes constamment en alerte. Il en va de notre survie.

La violence laisse des marques indélébiles à l’intérieur. Comme ce sont celles qu’on ne voit pas, les autres peuvent difficilement les intégrer. C’est pour cette raison qu’il est important d’en parler. Pas à n’importe qui mais aux personnes qui comptent. Cela leur permettra de comprendre certains de nos comportements.

Au début d’une nouvelle relation, tout est scruté par notre esprit dans les moindres détails.  L’autre doit donc faire preuve de patience, d’attention, de respect et d’écoute afin qu’en confiance nous laissions petit à petit tomber nos barrières. Le temps fait bien les choses et nous devons en faire notre allié, ne rien précipiter. Il nous faut réapprendre la vie, l’amour, les relations saines et respectueuses. Il nous faut réapprendre en nous détachant de la souffrance et en acceptant nos fragilités. Si la reconstruction est une étape essentielle, elle ne se fait pas en un clin d’œil.  Il peut arriver que même des années plus tard, certaines situations nous mettent mal à l’aise. Osons alors sortir les maux pour nous en libérer…encore et toujours.

Quelles situations vous “traumatisent” encore?  Pensez-vous que nous pouvons totalement nous libérer de ce passé? Quels sont les stigmates avec lesquels vous vivez?

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33 thoughts on “Les stigmates de la violence conjugale

  1. Petitgris January 9, 2018 / 11:31 am

    Les années de violence conjugale ne s’oublient jamais ! Il m’arrive encore de me trouver mal lorsqu’une bagarre se déclare non loin de moi ! Les cauchemars viennent me visiter de loin en loin . Il m’arrive encore de ne pas me croire à la hauteur après avoir été psychologiquement rabaissée pendant 15 ans ! Ce sont ces éclairs qui me font dire que cela ne peut s’oublier tout à fait mais je te rassure je peux apprécier et même savourer le présent ! Grosses bises Marie

    • Marie Kléber January 9, 2018 / 2:00 pm

      Ca me rassure de lire cette impression de “ne pas être à la hauteur”, ça m’arrive aussi Paulette. Je n’arrive pas à l’expliquer.
      L’important est ce que nous faisons de cette blessure et la vie qui triomphe! Grosses bises et belle journée à toi

  2. Dame Ambre January 9, 2018 / 11:31 am

    Trop. La conjugale, entre autre, qui me pourrit souvent le quotidien, encore..
    Il y a quelques jours, c’est de ma mère dont j’ai parlé aux enfants, c’est venu comme ça je ne sais plus la raison. Et donc du noël où à 7 ans, j’ai reçu en cadeau, bien emballé avec ruban, un martinet. Et je ne sais pas. D’habitude, je peux parler de ces choses sans souci. Là, ça m’a coupé l’appétit à en avoir la nausée. Quelque chose s’est retrouvé profondément remué.. un travail s’est mis en route, sans doute.. ?

    • Marie Kléber January 9, 2018 / 2:02 pm

      Sans doute…
      Je remarque que ce sont des situations qui ravivent des souvenirs et nous invitent à aller chercher la solution en nous. Il y a toujours du travail à faire pour se libérer…

  3. Maud January 9, 2018 / 11:33 am

    un tympan abîmé à vie, mais les maux psychologiques sont bien pires que ça, ils restent en moi, j’ai bcp de mal à ne pas y penser au quotidien…. J’en parle avec le psy, quand j’en parle de terribles crises d’angoisse surviennent….

    • Marie Kléber January 9, 2018 / 2:04 pm

      Il faut en parler Maud. C’est ce qui permet d’avancer. Et ne pas avoir peur surtout de dire quand ça ne va pas…
      J’arrive beaucoup mieux aujourd’hui à gérer les angoisses créent par certaines situations. Fut un temps je paniquais, c’était très détstabilisant.

  4. Maud January 9, 2018 / 11:34 am

    Oui et puis il y a la violence familiale aussi qui est capable de laisser des stigmates tout aussi importants….

    • Marie Kléber January 9, 2018 / 2:05 pm

      Celle-ci aussi fait de graves dégâts Maud…

      • Maud January 9, 2018 / 2:06 pm

        Et quand tu as ça plus ça ben normal qu’un jour tout ressurgit….

        • Marie Kléber January 9, 2018 / 2:08 pm

          Il faut toujours un jour ou l’autre affronter le passé. Le plus tôt est le mieux. Mais en la matière on ne choisit pas toujours. Une fois qu’on est lancé dans un processus de guérison, la lumière se fait doucement…

          • Maud January 9, 2018 / 2:10 pm

            j espere….

  5. anne35blog January 9, 2018 / 1:42 pm

    après un bon divorce, on oublie peu à peu les souffrances psychologiques!

      • anne35blog January 9, 2018 / 2:12 pm

        un divorce ou l’on se sent revivre!

        • Marie Kléber January 9, 2018 / 2:36 pm

          Je trouve qu’un divorce aussi laisse des traces. Peut-être que le mien est encore un peu frais.

  6. zenopia January 9, 2018 / 1:56 pm

    Je pense que les traces du passé restent à vie… on en fait chacun quelque chose de différent mais on reste “marqué”…
    Bisous Marie ❤

    • Marie Kléber January 10, 2018 / 9:21 am

      Le tout est d’en faire quelque chose Cécile en effet. Merci ma belle.
      Belle journée à toi

  7. ellea40ans January 9, 2018 / 2:10 pm

    Je n’imagine pas ce que c’est que de se faire agresser chez soi. Un endroit qui doit être un havre de paix, un nid douillet. J’imagine que l’on garde des traces a vie

    • Marie Kléber January 10, 2018 / 9:25 am

      J’avoue que c’est ce qui a été le plus dur à vivre, se sentir prisonnier de son propre chez soi. Ma psy m’avait dit “vous n’oublierez jamais et c’est mieux ainsi”. Merci Stéphanie

  8. Sweet-Things January 9, 2018 / 3:31 pm

    Certaines cicatrices mettent en effet plus de temps à se résorber, mais avec l’écoute et le partage elle s’atténuent presque au point de disparaître.

    • Marie Kléber January 9, 2018 / 11:23 pm

      Beaucoup d’amour et beaucoup de partage. J’ai conscience d’avoir beaucoup de chance…

  9. bienamicalementvotre January 9, 2018 / 3:50 pm

    notre passé nous laisse toujours des traces, il faut savoir vivre avec. Tu en raisons, l’important c’est dans parler.

    • Marie Kléber January 9, 2018 / 11:24 pm

      C’est l’essentiel je crois. Pouvoir dire les choses. Merci Leti

  10. Rozie & Colibri January 9, 2018 / 7:30 pm

    Je ne suis pas sûre qu’on en “guérisse” un jour. Du moins qu’un jour ne subsiste plus aucune trace.
    Pour ma part, ça m’a beaucoup changée. Je dois me battre avec moi-même pour apaiser mes réactions.

    Je ne laisse rien passer à mon amoureux. Il a dû montrer patte blanche et le doit encore (ça fait 5 ans, bientôt, que nous nous aimons), à tel point qu’il m’a dit une fois qu’il avait l’impression de faire ménage à trois : lui, moi, et le diable (c’est fort !). Il m’a dit que chacun de ses actes à mon encontre était pensé de cette façon : “Je dois me démarquer de LUI, et être aussi aimant qu’il a été violent avec elle.” Il avait l’impression d’avoir une enclume au dessus de la tête, qui n’attendait que de tomber. Ca va mieux quand-même.

    5 ans après, le syndrome post-traumatique s’est grandement atténué, je n’hurle plus de colère si quelqu’un fume à côté de moi, par exemple. J’accepte de retrouver dans ma vie, chez les autres, certaines de ses caractéristiques à LUI.

    Mais je ne peux pas m’en empêcher, j’imagine souvent me faire agresser par des hommes, comme pour pouvoir réagir si effectivement ça arrive.
    Pas plus tard que tout à l’heure, j’imaginais la journée de demain. Des hommes que je connais bien (et que j’apprécie !) vont venir changer mes fenêtres et je serai toute la journée seule avec eux. J’ai évidemment envisagé le pire, et pensé aux moyens de trouver les infos qu’il me faudrait si jamais je devais porter plainte. C’est glauque, mais ça ne se contrôle pas.

    Au quotidien, ce sont des réactions sauvages que j’ai encore. Je ne supporte pas qu’on me marche dessus (j’ai l’impression que mon amoureux essaie souvent alors qu’en fait … C’est juste mon imagination : dès qu’il me touche sans m’avoir spécialement “prévenue”, dès qu’il m’embrasse un peu “trop fort”, je me braque, je dis “non !” tout le temps, comme pour rattraper tous ceux que je n’ai pas dit … Alors que rien ne m’apaise plus que son contact et ses baisers, c’est paradoxal et très difficile à comprendre pour lui !), qu’on se moque de moi. Même gentiment, même pour rire, ça engendre un feu en moi que j’ai beaucoup de mal à éteindre.

    Ca a aussi beaucoup d’impact sur ma sexualité qui est très bridée. Mon amoureux essaie beaucoup de choses, avec tout le tact et l’amour du monde, mais ça ne passe pas. Je fuis toujours, même quand j’ai envie. Ca revient par phase. En ce moment, c’est la phase “personne ne me touche”. J’ai envie, je le lui dis, et puis quand il faut, je me ravise.

    En fait, je crois qu’au quotidien, je le teste. Je teste sa patience, son respect à mon égard, son amour … Ah ça aussi ! Je lui demande au moins trois fois par jour s’il m’aime, il faut que je l’entende !

    Bref, je pourrais en écrire des pages et des pages. Je ne sais pas si ça répond à certains de tes questionnements. J’arrête de te noyer avec mes propres stigmates !

    Bises Marie ! Merci pour ce que tu fais.

    • Marie Kléber January 10, 2018 / 9:34 am

      Merci Rozie pour le partage de ton expérience. C’est très courageux. J’avoue qu’au début de ma relation je me surprenais souvent à évoquer le passé et comment les choses se passaient avec mon ex. Je comparais beaucoup.
      Puis ça s’est apaisé. Avec beaucoup d’écoute, de respect, de communication. Je crois que si il n’avait pas été aussi ouvert, ça n’aurait pas fonctionné. Je me suis livrée sans filtre.

      Je crois qu’il est bon que l’autre sache cette part de nous pour justement comme tu le dis mieux comprendre nos comportements parfois un peu bizarres. J’ai lu un très bon livre de Anne-Laure Buffet dans lequel justement elle dit qu’en phase de reconstruction quand on rencontre une nouvelle personne on aborde cette relation sous le prisme de la précédente. C’est naturel en fait. C’est un moyen de se protéger. Après tout c’est ce que nous avons appris pour faire face.

      La guérison se fait sur la durée. Il ne faut rien bousculer à mon avis et doucement lâcher prise sur la peur. Tous les hommes ne sont pas des manipulateurs ni des violents.

      Je te souhaite de continuer à avancer dans l’amour Rozie. Le chemin parcouru est énorme. Je t’embrasse.

  11. ornellastro January 10, 2018 / 9:17 am

    Mes stigmates à moi, ne proviennent pas de violences conjugales. La violence entre mes parents, et celle de mon père SURTOUT, son tempérament ses mots durs, ses colères irraisonnées m’ont profondément marquée. Ensuite, il y a la relation tumultueuse entre moi et mon frère qui m’ont un peu détruite et pleins d’autres choses qui en feraient une liste trop longue. Mais fort heureusement dans cette vie, je n’ai pas vécu ça avec un homme, je me défilais quand je voyais le comportement tourner au vinaigre. Grâce à mon père et à sa violence, sa façon de rabaisser sa femme, je sais déterminer qui me fera du mal volontairement. Et j’arrive à les éviter.

    • Marie Kléber January 10, 2018 / 9:37 am

      La violence familiale fait beaucoup de dégâts Ornella aussi. La famille nous façonne.
      “Grâce à mon père et à sa violence, sa façon de rabaisser sa femme, je sais déterminer qui me fera du mal volontairement” – j’ai l’impression de lire ma mère. Chez nous ça a sauté une génération, à croire que je cherchais à comprendre quelque chose, peut-être le passé de ma mère à travers une expérience douloureuse.
      Je suis heureuse que tu n’ai pas vécu cela avec un homme. Nous avons tous une histoire différente et des cicatrices qui nous sont propres et qui je pense au final nous aident aussi à avancer dans une vie qui nous ressemble davantage. Merci pour ton partage et douce journée.

  12. theatypicalsblog January 10, 2018 / 11:37 am

    c’est pareil quand le bourreau est ton père, ta première référence de l’autre sexe. Tu scrutes les moindres détails quand tu rencontres quelqu’un et si l’autre n’a pas beaucoup de patience, ben, c’est foutu…

    • Marie Kléber January 10, 2018 / 11:48 am

      Je suis tout à fait d’accord. Je ne connais que la violence conjugale, c’est pour cette raison que j’en parle. Mais la violence familiale est aussi très destructrice. Il faut que l’autre fasse preuve de bienveillance et de beaucoup de patience en effet.

  13. Lampy January 12, 2018 / 3:05 pm

    Avoir été frappée par mes exs et voir que la justice n’a rien fait. Avoir été harcelée par eux, avoir été utilisée… Et peut-être plus encore ce que le dernier a essayé de faire une nuit alors que je dormais et que j’étais seule.
    Se reconstruire est tellement difficile.

    • Marie Kléber January 12, 2018 / 3:13 pm

      La justice…ce mot ne veut pas dire grand chose en matière de violence. Qu’elle soit physique, psychologique ou sexuelle. Malheureusement.
      Se reconstruire prend du temps. Beaucoup quand on est accompagné, épaulé. Énormément quand on est seul.
      Courage Lampy. Un jour on voit le bout du tunnel.

      • Lampy January 12, 2018 / 3:20 pm

        Je suis encore dans le tunnel… Tant que les avocats se battent je ne m’en sors pas. Tous les renvois je replonge.

Un petit mot doux pour la route...

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