Posted in Carnets de route

Ces moments où je ne me reconnais plus…

Ils arrivent quand la fatigue s’installe, quand « à fleur de peau » je perds le contrôle, quand le trop plein me fait perdre mes repères. Cela se fait entre les quatre murs de ma maison. Avant, il n’y avait pas de témoin. Aujourd’hui, il y a mon fils. Et cela rend les choses encore plus douloureuses…

Souvent on me dit qu’il faut en parler. Comment ?

Comment dire quand par le passé, on nous a traité de “folle à lier”, on nous a asséné qu’on finirait “enfermée”?

Comment dire cette perte totale de maîtrise de moi, ces cris, cette envie de tout casser, ce ras le bol qui vient des tripes et sur lequel je n’ai aucune prise ?

Comment dire que je me sens nulle, seule, perdue face à cette immensité instable ?

Comment se dire, alors que la porte de l’immeuble passée, je pose un voile, un masque sur cette réalité que je ne veux pas voir tellement elle me fait peur ?

La parole a beau être libérée, il ne faut pas se mentir, certaines choses restent cachées. La peur du regard de l’autre nous bloque. Notre regard sur nous-mêmes nous paralyse. On dit ce qui est “tolérable”. On ne livre pas l’intime, même nous, il nous oppresse.

Un instant je suis à deux doigts de fondre en larmes, de m’écrouler sur le sol, l’instant d’après, je fais face, balayant d’un coup cet accès de rage, qu’un rien peut déclencher.

Si vous me demandez comment je vais, en toute honnêteté je répondrais « bien ». Pourtant à l’intérieur, c’est un véritable tremblement de terre.

Dans ces moments-là, je m’en veux terriblement, je me dis que mon fils n’a pas à vivre ça, qu’il mérite mieux. Je culpabilise énormément. J’aimerais que quelqu’un prenne la mesure de ce que je ressens, de ce que je vis. Comment est-ce possible si personne ne sait rien.

Je prends alors sur moi. Je tente de faire face. Je me félicite de chaque petite victoire. Et chaque rechute me terrifie davantage.

Je me rassure. Ça passera. Je le sais. Ça passe toujours. Ça casse et puis je pose de nouvelles pierres. Et ça va mieux. La vie reprend. Jusqu’au prochain virage un peu trop serré. J’aimerais avec le temps réussir à anticiper ces accès de colère qui me laissent nue, vulnérable face au monde. J’aimerais pouvoir gérer avec calme les « non » à répétition, ses « crises » à lui. Et surtout pouvoir dire quand je n’en peux plus, demander de l’aide avant que cela ne devienne ingérable.

Author:

Auteur - Blogueuse et Poète. J'écris comme je respire... Author - Blogger and Poet. Writing is my breath, my voice, my dream...

17 thoughts on “Ces moments où je ne me reconnais plus…

  1. Bonjour Marie,
    Plusieurs choses…
    Tu as une part d’ombre en toi, elle est très ténébreuse (tu connais ce sentiment tu es un petit Scorpion), malheureusement on doit vivre avec et puis, toute manière, on ne peut en parler à personne !
    On est comme ça, c’est tout.
    Ensuite, tu bouillonnes à l’intérieur, une énergie débordante que très peu savent canaliser !
    Marie, depuis le début je sais que chez toi ce qui est le plus marquant, c’est d’un côté “L’Ange” et puis de l’autre “Le Démon” ( c’est d’ailleurs ce qui fait ton charme…Hi hi hi)
    Il va falloir concilier toute ta vie avec les deux, j’en suis là moi et crois-moi, ce n’est pas de la tarte !!!
    Gros bisous
    Tony

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  2. Tu es humaines, comme nous tous… Je pense qu’il faut en parler aux enfants. Leur dire quand on sent qu’on va sortir de ses gonds, s’isoler un peu pour reprendre le contrôle. Et en parler à froid ensuite, expliquer qu’on est comme eux, que parfois on ne réussit plus à se maîtriser, et essayer de trouver une façon d’agir qui convient à tous pour la prochaine fois. Perso, je vais prendre un thé, je fais abstraction des cris pendant ce temps et je reviens après… ça a l’air simple, mais ça m’a demandé beaucoup d’efforts… Et à vrai dire, je réussis beaucoup mieux depuis que j’ai deux enfants, je fais beaucoup plus confiance en la capacité de chacun à résoudre ses crises sans moi et me rends beaucoup plus compte de la nécessite de prendre soin de moi en premier pour pouvoir les aider ensuite.

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  3. N’oublie jamais qu’il n’y en a pas une autre comme toi. D’autres éprouvent les mêmes troubles, mais ta singularité te donne le sentiment d’être seule face au monde. Il va falloir que tu t’accordes l’amour que tu mérites, celui qui nous pousse à aller chercher de l’aide à l’extérieur, pour trouver les réponses en à l’intérieur, en soi.

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  4. J’ai lu à plusieurs endroits qu’il fallait commencer par accepter ses côtés sombres… je pense que tu parles de ça Marie dans ce billet. Tu as aussi ces côtés qui te bouffent et te font culpabiliser. Mais ceux-ci ne font pas de toi une personne “moins bien” ou une “moins bonne mère”. Je peux le dire pare que j’ai moi-même beaucoup de mal à accepter certains côtés de ma personnalité. Certains que le barbare a vus et il n’a pas semblé moins m’aimer… je crois que le regard de l’autre fait beaucoup aussi… l’absence de reproches, l’amour inconditionnel… Courage Marie… Gros ❤

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  5. C’est le lot de nous toutes, surtout de celles qui ont souffert ! Une espèce de trop plein fait qu’il faut que ça éclate ! C’est humain et même salutaire pour pouvoir ensuite se reprendre . Le contrôle demande beaucoup d’efforts, l’amour et la confiance font des miracles 🙂 Belle semaine Marie Grosses bises

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  6. Nous avons tous une part de violence en nous et je crois que les enfants sont très forts pour aller titiller ce côté sombre qu’on voudrait oublier. Je ne sais pas quoi te dire qui pourrait te soulager Marie : “Tu n’es pas seule” ? “Je suis passée par là” ? “J’en ai cassé de la vaisselle, dans ces moments terribles” ?! “Le temps arrange les choses” ? Je ne suis pas sûre que ces mots t’apaisent, même s’ils sont vrais.
    Je t’envoie des pensées de réconfort 🙂

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    1. C’est ça Marie, j’ai parfois l’impression qu’il teste la limite – jusqu’où il peut aller, jusqu’où je peux encaisser. Parce que je prends énormément sur moi…j’ai conscience que craquer n’est pas la solution, le meilleur exemple. Parfois c’est juste trop…
      “Je suis passée par là”, ça m’aide aujourd’hui.
      Merci Marie. De tout coeur.

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  7. Ohhhhh tu le sais Marie, je te l’ai dit plusieurs fois mais je me retrouve dans ce que tu décris.
    Tu le sais, lorsque ca va, que tu n’es pas une mauvaise mere, une mauvaise personne mais parfois le masque te tombe dessus et tu ne peux plus faire face.
    Alors afin de tenter d’oublier un peu tout ca, j’aimerais juste te donner des envies/idées.
    Fais du sport, quelque chose qui canalisera ton énergie, cette adrenaline qui te fait mal. Il faut que tu te fatigues, physiquement. Ton corps sera heureux. Et a faire régulièrement: j’ai toujours aimer nager, je faisais 2 a 3km 2 a 3 fois/semaine en Gb…. ou alors ce qui me réussit aussi tres bien est le Spinning (crevant, éreintant mais waouhh une fois realisee!) ou alors le top du top Body balance (melange de tai-chi, yoga, pilates, equilibre/balance et travail sur les abdos: corps de déesse assure ensuite hiiii). Depuis un an je le fais tout les matins 😉
    Marche, dans la foret, dans les champs, prends un chien ou… un chat, qui est un absorbeur d’ondes negatives!!! Tu pourras tout lui dire, il t’écoutera, ne te jugera pas et ca te soulagera 😉
    Parles en au psy, qui pourra ainsi soulager ta pensee.
    Si tu y arrives, medites
    Fais du yoga ou de la cuisine.
    Ecrire est ta thérapie mais il te faudrait plus.
    Mille bizz Merveilleuse et douce Marie ❤

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  8. et quand ces moments arrivent, cela se manifeste comment réellement? Tu casses vraiment tout? Je suis aussi très explosive, même si la plus part du temps je suis très zen, et je dois apprendre à me calmer quand les enfants sont autour pour éviter qu’ils voient ça…mais ce n’est pas toujours le cas. Un de mes enfants est un peu comme moi, mais lui, c’est plus souvent car il ne sait pas du tout le gérer. JE me force pour lui, pour ne pas lui donner un mauvais exemple.

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    1. Non, je ne casse pas tout. Mais je crie fort, dans un coussin si c’est possible, mais je n’ai pas toujours le temps de l’attraper (!) – je ne crie pas contre mon fils mais je vois bien que ça le perturbe. Je crie parce qu’à ce moment je n’en peux vraiment plus, c’est trop, je sature de tout. Et je tape dans une porte, un mur comme si c’était un punchingball. Ca me défoule.
      L’autre déclenche sans le vouloir les hostilités et je pars au quart de tour.
      Je sais il faudrait respirer, m’isoler, prendre le temps de me calmer. Je n’y arrive pas toujours.

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  9. Nos défauts sont à considérer comme autant de miroirs auxquels il vous appartient de donner sens. Plus ils vous dérangent, plus ils sont le signe qu’une lutte a lieu dans votre inconscient, à votre insu. Le fait de se focaliser négativement sur ses symptômes contribue à les faire grossir. Il faut donc négocier avec eux de manière à ce qu’ils ne captent plus toute votre énergie. Rien de mieux qu’une métaphore pour stopper ce processus… Un porteur d’eau avait deux jarres. L’une était parfaite et l’autre percée. La jarre abîmée culpabilisa et se plaignit au porteur de ne lui permettre de ramener que la moitié de son contenant à destination. L’autre jarre, parfaite, était fière d’elle. Le porteur fit alors remarquer que, sur le chemin, du côté de la jarre percée, des fleurs poussaient régulièrement, ce qui n’était pas le cas de l’autre côté…À défaut d’être parfait, l’être humain est perfectible. Cette nuance ouvre une large place à la notion de transformation. Ainsi, toutes nos imperfections se révèlent être la matière première d’un fabuleux travail alchimique à réaliser. Nos faiblesses attendent de nous d’être mises en mouvement.. La colère, considérée parfois comme un manque de maîtrise de soi, peut devenir une vertu pour peu qu’elle soit bien canalisée. Ainsi, ce n’est pas tant la faille qui est en cause, mais plutôt la façon dont elle se manifeste. Pour gérer tes pulsions incontrôlables as tu pensé à pratiquer un sport de combat, ou bien à faire du théâtre ?

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  10. Coucou Marie
    Je crois que cela nous arrive à tous.
    Après chacun gère à sa manière…
    En extérieur je crie, en intérieur je serre littéralement les poings.

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  11. Bonjour Marie !

    Beaucoup de similitudes ici. Cela m’arrive sans que j’y prenne garde, tout va bien l’instant d’avant, il suffit d’un mot de trop et la chape de plomb saute. Je hurle, je détruis et jette la première chose qui se trouve sur mon chemin.

    De mon côté, c’est de “famille”, si je puis dire. Chez mes parents, de nombreux murs, des portes, étaient enfoncées. Quand mon père s’énervait, le poing partait tout seul. Un matin, j’ai même retrouvé la radio de la salle de bain fracassée. Quand j’ai demandé pourquoi : “une publicité m’a mis en colère.” Je suis sûre qu’il ne m’a pas menti, c’était juste la publicité de trop un matin pas terrible. Je suis pareille. C’est ridicule et incontrôlable.

    Pour ma part, je pense que c’est un savant mélange. Une sensibilité accrue, beaucoup d’empathie, le tout confronté à un monde souvent dénué de logique, et à des personnes (souvent des enfants) qui voient la brèche et choisissent d’y plonger pour des raisons qui souvent nous échappent. Et hop, la marmite saute ! On se sent de plus en plus à fleur de peau.

    Je rejoins Cécile. Depuis que je vis avec mon conjoint, je porte un autre regard sur cette partie de moi. Parce qu’il la regarde, certes avec circonspection, mais sans crainte ni animosité. Ca le fait rire. Sur le coup ça m’énerve plus encore, mais finalement, je me rends compte qu’il a raison, il faut en rire, c’est drôle !

    Ca arrive moins souvent, dorénavant …

    Belle semaine à toi Marie, bientôt Noël, de l’amour à n’en plus finir !

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  12. Coucou Marie,
    Cela me fait penser à un super livre de conseils pour enfants “What to Expect The Toddler Years ” qui parle justement de la colère et de ces moments où l’on se sent hors de soi en tant que parent.
    C’est une fois dans un accès de colère avec mon fils où je me suis fait peur après coup que je l’ai feuilleté et en résumé les auteurs disaient que ressentir de la colère en tant que parent est tout à fait normal, et que ce qui est important quand on sent la rage qui monte en soi est d’apprendre à repérer nos “signes” précurseurs qui nous signalent que la colère monte et ensuite trouver une façon de désamorcer.
    Plus facile à dire qu’à faire pour trouver la bonne façon de désamorcer la bombe 😉 mais dans certains cas ça aide à se dire “OK là je sens que ça monte…”
    Rassure toi en tous cas tu n’es pas la seule ! et je pense que tout parent est passé par là et repassera par là…
    Peut-être le plus important c’est la façon dont on régule ensuite avec nous-même et avec nos proches ces épisodes et de laisser de la place pour en parler….
    Peut-être que c’est là que nos enfants apprennent qu’on “a le droit à l’erreur” et que l’on peut réparer les choses, apprendre de nos actions et changer… et que nous sommes humains imparfaits et que nous avons la possibilité de changer…
    Finalement peut-être que cela ouvre plus de portes que ce que l’on pense ?

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  13. Coucou, c’est la première fois que je commente chez toi, je crois, mais je te suis déjà depuis un moment. Je te dirais simplement (comme on me le conseille à moi), d’être bienveillante envers toi, de te dire que tu fais ce que tu peux, que tu as le droit de te sentir comme ça, que ce n’est pas toi.
    Tu as vécu des choses dures, tu es seule (si je ne me trompe) avec ton enfant. C’est difficile.
    Bisous et courage

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Un mot doux pour la route...

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