Ils avaient un prénom (En Mémoire)

Je me souviens de ce matin-là. Le silence. Le silence après l’horreur. Dans le bus ce matin-là, personne n’osait un mot. Nous étions des inconnus, recueillis autour d’une même peine. C’était fort et beau.

Malgré la haine, la mort, la survie, malgré toutes ces vies endeuillées, malgré toute la noirceur des dernières heures, malgré nos écrans ensanglantés. Au milieu de nulle part, il y avait un semblant de solidarité. Qui s’est disloqué à la porte même du bureau.

Je m’étais pris de plein fouet cette tragédie. Au fil des mots que chacun posait pour essayer d’alléger son cœur, il y avait toujours un nom, le proche d’un proche qui y était, qui avait survécu, qui s’était envolé.

Au bureau, il ne fallait pas céder à la terreur. Ils étaient nombreux à faire comme si.
Comme si tout était normal, comme si le monde continuait de tourner.
Ce n’était pas la peur que ça puisse se reproduire.
Ça se reproduit tous les jours, toujours, ici, ailleurs.
La haine se propage partout telle une traînée de poudre
Prête à faire voler en éclats ce en quoi nous croyons

Ce n’était pas la peur, c’était l’humain, c’était l’innocence
C’était la vie qu’on avait assassiné, la liberté qu’on avait voulu arracher
C’était le vide, l’insoutenable
C’était les ténèbres

Face à la blessure qui grandissait de jour en jour, j’ai fait ce que je fais toujours quand tout devient trop lourd à porter, j’ai noirci des pages et des pages de cahiers

J’ai lâché ma colère, mon chagrin, ma peine, mes larmes
J’ai vidé mon cœur sur le papier
J’ai écrit pour me souvenir, pour ne jamais oublier
Et vous avez été nombreux à vous confier, à lâcher les vannes, à oser dire
La vie
La lumière
Par-delà  l’enfer…

Pinterest Blog 3 (2)

Ils avaient mon âge, le vôtre
L’âge de tous les possibles
L’âge où plus rien ne semble utopique

Ils savouraient la vie, ses instants précieux
Ils célébraient la musique, le 21 juin
Et tous les autres jours
Ils appréciaient la fête
Épris de Liberté
Ils aimaient chanter, danser et rire

Ils chérissaient leur imagination, leurs caprices un peu fous
Ils vivaient heureux et gais
Artistes de talent
Ils détenaient quelques certitudes
Perdues au milieu de leurs doutes
Sur l’avenir à construire
Sur la route à suivre

Ils avaient des rêves plein la tête
Croqueurs de vie
Ils s’aimaient, un peu
Beaucoup parfois
Intensément
Impétueusement
Ils se le disaient entre deux frissons
Ils attendaient un heureux événement
Regardaient émerveillés
Leur dernier né faire ses premiers pas
Ils lisaient des histoires dans le noir
Écoutaient du Jazz avec leur aîné

Ils étaient libres
Intrépides ou plus nuancés
Impatients, survoltés

Ils ne savaient pas
Qu’au coin d’une rue
Au cœur d’une salle de concert
Autour d’un verre en terrasse
Dans un café entre amis
Dans l’exercice de leur métier
A la fin d’une journée ordinaire
La folie piétinerait leurs corps, leurs cœurs, la vie

Ils avaient un prénom

Ils ont un prénom

Extrait de mon recueil de poésie Ils avaient un prénom (disponible en Papier et PDF sur The Book Edition) – Tous les bénéfices sont reversés à l’association IMAD pour la Jeunesse et la Paix.

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Latmospherique

Auteur - Blogueuse et Poète. J'écris comme je respire... Author - Blogger and Poet. Writing is my breath, my voice, my dream...

10 thoughts on “Ils avaient un prénom (En Mémoire)”

  1. très joli. Depuis Barcelone, je ne me suis pas tout de suite rendu compte de ce que les gens ont pu ressentir. Ce n’est qu’en revoyant des amis de Paris quelques mois après que j’ai pris conscience. Il est bien de le savoir et de ne pas oublier

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    1. Je pense que le lieu dans lequel on est change la façon dont on perçoit les choses et évènements en effet Leti.
      Beaucoup de mes amies vivant en province n’ont pas saisi l’impact.
      Ne jamais oublier. Ici et ailleurs aussi

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  2. Très beau et ne jamais oublier en effet ce jour à change leur vie et celles de leurs proches après un tel drame rien ne peut plus être comme avant bises Marie

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  3. C’est beau ! On se souvient tous de ce 14 Novembre 2015, lendemain d’un 13 Novembre sidérant ! Les magnifiques textes, comme le tien, le sourire, les mains tendues, les écoutes, tous ont donné un peu du leur pour consoler et apaiser ! Et à la fin, l’amour prend toujours le dessus malgré tout !

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    1. Merci Soa.
      Les jours qui ont suivi étaient un peu particuliers. Il y avait quelque chose dans les regards, les mains tendues. Il y avait la vie, la lumière qui doucement brille un peu plus pour éclairer les heures sombres, jusqu’à ce que le flot de haine devienne un flot d’amour.

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Un mot doux pour la route...

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