Arrêtons le massacre !

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Je sens déjà qu’avec cet article je ne vais pas me faire que des amis, mais qu’importe. Je ressens depuis plusieurs jours le besoin de l’écrire, alors je me lance.

Je ne vais pas vous parler des arbres qu’on assassine à longueur de journée – et pourtant il y en aurait des choses à dire sur le sujet – ni des guerres toutes aussi pourries les unes que les autres qui déciment des peuples entiers et réduisent des civilisations à néant.

Dans cet article, je vais te parler d’un massacre beaucoup plus caché, dont on n’entend guère parler, celui des enfants mais pas n’importe quels enfants, des enfants qu’on a, alors que tous les dés sont pipés.

Tu vas me dire que je ne suis pas la mieux placée pour parler de ça, moi qui ai fui une relation merdique, enceinte jusqu’aux dents. Pourtant je ne te parle pas non plus de cet enfant-là, de ces enfants-là, de ces enfants que nous portons au Monde dans des circonstances plus ou moins douteuses mais sur lesquelles nous n’avons aucune prise.

Je te parle de ces enfants que nous faisons alors que nous n’avons que des cartes pourries en main, que nous le savons, mais que nous décidons de passer outre. Je te parle de ces enfants ballotés, complètement paumés, autant certainement que leurs parents, ces enfants pris entre deux camps, ces enfants traumatisés, ces accidentés de la vie avant même que leurs vies n’aient commencé. Je te parle de ces deuxièmes, troisièmes, quatrièmes, de tous ceux qu’on a voulu avoir pour ressouder notre couple. Je te parle de ces enfants otages d’une séparation, d’un couple, non pas qui tangue, mais qui coule complètement, couple à la dérive, prisonniers de la violence au quotidien, de la folie parfois.

Tu vas me dire qu’on a tous nos valises, nos cartons mal ficelés à porter, qu’au final on s’en sort. Comment ? Amoché, apeuré, meurtri.

Pour le coup, là je peux parler. J’ai matière à prouver qu’un enfant dont on a volé l’enfance est un être humain blessé à vie, un adulte en sursis. J’ai l’exemple de ma mère depuis 36 ans sous les yeux. Je l’ai vu lutter, se dépasser pour nous, perdre pied, avoir envie de se flinguer. Pourtant elle a toujours tenu à nous offrir le meilleur. Elle l’a fait. A sa manière, en mode survie sans arrêt.

Pour moi c’est sans appel. Avoir un enfant c’est pour la vie, ça ne s’arrête pas à la majorité. Ca ne s’arrête pas le jour où il sait voler de ses propres ailes. C’est comme un tatouage imprimé sur la peau à l’encre indélébile. On ne joue pas avec la vie d’un enfant.

Bien sûr pour certaines femmes dans le monde aujourd’hui, ce n’est pas un choix. Je ne te parle pas de ces femmes-là, ni de ces couples-là d’ailleurs. Parce que ce n’est pas qu’une histoire de femmes, c’est une histoire d’hommes aussi, une histoire de pères en devenir, d’éducateur, de modèle aussi à suivre.

Je te parle de toutes celles et ceux qui ont envie, qui veulent un autre enfant comme on voudrait une nouvelle voiture ou un autre appartement. Je te parle de toutes celles et ceux qui ont déjà des enfants en grande difficulté ou pas, qui ne sont déjà plus à l’écoute, qui n’arrivent pas à gérer le quotidien, parce que parfois le quotidien est angoissant, pesant, destructeur (et je ne les juge pas d’ailleurs) et qui envers et contre tout décide tout de même de récidiver. Je te parle de tous ces enfants qui voient le jour dans des familles où tout s’effrite, de la peinture au plafond au corps des mères, auprès de femmes qui n’ont plus d’énergie, auprès d’hommes absents, violents, auprès de parents eux-mêmes blessés, désespérés. Je te parle de tous ces enfants désirés mais déjà écartelés, sujet principal des disputes entre leurs deux parents. Je te parle de ce sixième qui arrive en pleine bataille judiciaire, de ce deuxième dont la sœur est une adolescente suicidaire, de cet enfant qu’on appelle « accident ».

Je sais qu’on ne peut pas toujours tout contrôler et que parfois la vie décide pour nous, sans que nous ayons le temps de dire stop. Je sais qu’on se trouve parfois pris contre notre gré dans une spirale qui nous empêche de prendre des décisions rationnelles.

Mais essayons tant que faire se peut de préserver nos enfants. Nous leur souhaitons un avenir plus lumineux, plus paisible. Mais comment faire quand nous ne leur léguons que des valises pleines de peurs, de colère, de frustration, de violence, de regrets, de larmes ? Comment peuvent-ils avancer sereins quand leur enfance n’a été qu’un champ de mines ?

Bien sûr nous ne leur épargnerons pas la vie telle qu’elle est et heureusement. Mais essayons quand même, quand c’est possible, de les protéger et de leur offrir ce qu’il y a de mieux. Pour qu’à leur tour, riche d’une enfance heureuse, ils s’accomplissent pleinement.

Arrêtons le massacre, arrêtons de condamner les couples qui ne souhaitent pas d’enfants (pour les raisons qui sont les leurs), arrêtons de fermer les yeux sur l’enfance torturée, violentée, soumise à tant d’injustice et si peu de respect. Arrêtons cette extermination silencieuse, qui ne fait pas de vagues et qui condamne chaque année tant d’innocents.

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32 thoughts on “Arrêtons le massacre !

  1. Tu mets les pieds dans le plat peut-être, mais je te rejoins complètement. On ne fait pas un enfant quand ça ne va pas dans son couple en espérant que ça va le guérir… à l’inverse je dirais qu’il vaut mieux être très solide avant son arrivée !

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  2. Nos enfants n’ont pas à combler nos manques. Ils sont là pour eux-mêmes et certainement aussi pour que nous apprenions d’eux. Françoise Dolto disait que l’enfant « choisit » ses parents. Si l’affirmation peut paraître déconcertante, c’est pourtant dans ce sens que nous devrions considérer les choses…

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  3. J’ai toujours entendu mes parents dire que les enfants n’avaient pas choisi d’être là. Partant de là, ils n’ont pas à porter quoi que ce soit. C’est à nous de ne pas l’oublier.

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  4. Les enfants … on a des devoirs envers eux, de toutes sortes – et ils ne doivent pas non plus devenir les confidents des souffrances, des disputes des adultes.
    Merci pour ton bel et profond article, si juste.

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    1. On a tendance à l’oublier France. Merci pour ta lecture et tes mots. J’avais peur de choquer avec cet article mais je me rends compte que nous sommes tous sensibles à ce sujet.

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  5. Tu dis tout haut ce que beaucoup pensent tout bas! Malheureusement, la souffrance psychique et psychologique n’est pas condamnable! Et il y aura toujours des parents qui continueront d’enfanter des adultes condamnés d’avance…

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    1. C’est ce que je ne comprends pas Rachel – comment peut-on laisser des enfants souffrir autant et ensuite se demander comment ils ont pu devenir des adultes aussi perdus et fragiles?
      Merci me belle et bon weekend de Pâques!

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  6. Un thème peu souvent abordé et pourtant qui ne devrait pas être tabou. Bravo d’avoir ce courage. Je partage chacun de tes mots. Pour moi il y a aussi le problème de l’éducation. On est tellement éduqué dans un système où l’on nous apprend que pour être normal, il faut se marier et avoir des enfants, que bien des gens se précipitent dans ces aventures sans s’interroger, sans savoir s’ils en ont vraiment envie, sans mesurer les conséquences que cela implique, et la responsabilité qui leur incombera alors. Comme je le disais dans mon article sur la question, faire des enfants est une décision grave qui doit être prise en considération de tout un tas d’éléments. Et pas comme si on allait acheter un nouveau meuble, comme tu l’écris si bien.
    Un très bel article, des mots justes et bien posés, j’adore !

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    1. MERCI Cléa. Tu as raison. La société ne laisse pas toujours le choix. Il est encore difficile pour certains de dire “je ne veux pas d’enfant” ou même de savoir si ils en veulent ou pas.
      Je t’embrasse et te souhaite un bon et beau weekend. Je pense bien à toi.

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  7. Tu as, fort malheureusement, raison! Les enfants sont bien trop souvent les victimes des “désirs” de parents malheureux.Derrière cet article, se posent d’autres sujets délicats: l’avortement, l’abandon, et pourquoi pas le “permis” d’être parent, ça pourrait se discuter moi je dis.

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    1. Parfois je pense que ce serait “nécessaire”, on voit tellement d’horreurs se produire. Un enfant n’est pas un placebo, ne doit pas servir à guérir un manque ou une blessure. Du moins au départ. Après il y a des hommes et des femmes qui se révèlent parents, d’autres bourreaux.

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  8. Je pense comme toi, Marie.

    Ma mère étant assistante maternelle, j’ai d’autant plus vu et vécu ce que ça donnait, quand les enfants naissaient au milieu du chaos.

    Mais c’est un choix personnel. Et parfois, on peut réussir.

    Mon beau-frère et sa compagne, ont eu leur premier enfant dans les conditions les plus difficiles qui soient. Ce n’était pas prévu, ils s’étaient séparés et mutuellement trompés. La grossesse s’est particulièrement mal passée. Lui, son passé l’a rattrapé et il a passé ces mois-là en prison. Elle, complètement paumée, gardait le secret du vrai père pour qu’aucun des deux ne l’abandonne et qu’elle en aie au moins un sur lequel se reposer.

    La famille, et nous aussi, en a gravement pâti. On pensait que c’était irrécupérable. En plus ils étaient jeunes (à peine la 20e), sans logement, sans travail, sans études .. Sans rien.

    Aujourd’hui, la petite a trois ans. Et je n’y aurais jamais cru si on me l’avait dit, mais tout s’est arrangé et la famille et nous, vit dans le bonheur. Comme quoi, avec de la volonté .. Je dirais même que cette enfant les a sauvé d’eux-mêmes. Ils sont transformés, bons, et du coup … Ils construisent leur bonheur et sont solides.

    Il y a encore des zones d’ombre. La petite en verra forcément les conséquences à un moment donné. Peut-être même seront-elles lourdes tant certaines “choses” sont illogiques.

    La vie est étrange.

    A l’époque, tout le monde la pressait pour qu’elle avorte. Ce qui se comprend. Elle avoue quand-même que même si elle aime son enfant plus que tout au monde, c’est particulièrement difficile.

    Choisir de faire un enfant en toute conscience, dans ces conditions-là, ça parait d’un égoïsme profond. Ca paraît presque immoral, dangereux. Sans doute que ça l’est, quelque part … Ca l’est, si plus tard on abandonne ce même enfant. Et qu’on ne fait pas tout pour qu’il en pâtisse le moins possible.

    Difficile de se positionner là-dessus avec fermeté …

    Bises !

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  9. ah ma chère Marie, je n’avais pas pu te lire depuis quelques semaines, et je suis heureuse de lire cet article! J’en vois tous les jours au bahut de ces enfants là.
    Et puis je vois mes frères… Difficile d’entendre “le mieux c’est de ne pas être né”.
    Je repense parfois à mon ancienne collègue qui disait : “une naissance, c’est toujours une bonne nouvelle”. pas toujours non…
    Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir? pas sûr.
    Enfin aujourd’hui, j’ai appris que ma prof de zumba avait eu son bébé, voilà un enfant bien tombé OUI 🙂

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    1. Parfois la vie fait qu’on se retrouve dans des situations délicates avec des enfants – ainsi va la vie on va dire. Et puis parfois c’est fichu d’avance, c’est presque un crime de donner naissance à un enfant (j’imagine que tu as ton lot au quotidien!)
      Je ne dirais pas “le mieux c’est de ne pas être né”, parce que à partir du moment où un enfant est là, c’est trop tard mais tout reste possible quand même!
      Grosses bises ma belle et bonnes vacances.

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  10. Il en fallait une pour aborder le sujet et tu l’as fait.
    Un enfant, c’est la vie et ça se respecte. Et un enfant, c’est pour la vie, quoi qu’il puisse se passer. J’étais horrifiée d’apprendre qu’aux Etats-Unis, les enfants étaient en quelque sorte “à l’essai”, qu’ils étaient parfois échangés…
    De nos jours, je trouve difficile de parler “d’accident”. Je sais bien qu’après on peut ne pas avoir prévu de tomber enceinte à ce moment-là mais avec les différents moyens de contraception, avec la connaissance médicale de la conception, ça me paraît trop gros.
    Un enfant n’est pas un jouet, une poupée, quelque chose qu’on montre à tout le monde pour briller. Un enfant, c’est également des moments difficiles, des peurs, des doutes, des tas de questions, des décisions à prendre, une autorité à avoir tout en la pesant comme il faut pour qu’il y ait aussi une bonne éducation. C’est loin d’être juste une partie de plaisir, et surtout ce n’est pas une décision qu’on devrait prendre à la légère !

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    1. Oui Julie, ce qui se passe aux Etats Unis est révoltant!
      Je sais que pour certains couples ça fonctionne et que ce qui est vu de l’extérieur comme une erreur n’en est pas une. Mais on voit tellement d’enfants perdus que parfois je me dis qu’il faut bien réfléchir avant de se lancer.

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  11. Je partage le même avis que toi. La vie d’un enfant c’est comme un joyau dont il faut prendre soin autant qu’on peut. Mais certains ne réalisent pas et le cauchemar pour ces gamins commencent parfois alors qu’ils n’ont pas encore vu le jour malheureusement 😦
    Gs bisous pour toi et ptit escargot ❤

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    1. Ce n’est pas normal Delphine – tant de personnes seraient de bons parents et ne peuvent avoir d’enfants et d’autres sont de si mauvais parents…
      Je t’embrasse bien fort ma belle. Merci

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Un petit mot doux pour la route...

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