Pourquoi l’as-tu épousé ?

Mon discours n’est pas encore sûr. J’hésite encore parfois quand la fameuse question du « pourquoi l’as-tu épousé ? » arrive dans la conversation. Elle me déroute toujours. Je devrais y être préparée depuis le temps. Mon patron dirait qu’il est essentiel d’anticiper. Il aurait raison pour le coup – pour une fois !

Je bafouille, je sors quelques phrases un peu bancales, sans grande conviction. Je réponds « c’est une histoire compliquée ». Ca ne suffit pas toujours. Il y a ceux qui rétorquent « aucune histoire d’amour n’est facile » et j’aimerais leur dire « nous ce n’était pas une histoire d’amour ». Ou ceux qui renchérissent « dans quel sens ? » et là les seuls synonymes qui me viennent à l’esprit sont chaotique – éreintante – catastrophique – peu épanouissante – une histoire remplie d’états d’âme.

Je suis encore mal à l’aise avec cette idée même si parfois j’aimerais lancée à la cantonade « je l’ai épousé parce que j’ai eu peur, je l’ai quitté parce que j’ai eu peur ». En fait toute notre histoire se résume à ça – la peur. Quand il y a de la peur il n’y a pas d’amour, même si l’autre ne cesse de te dire qu’il t’aime à la folie, qu’il ne te fera jamais de mal, que tout ce qu’il te dit, te demande de faire, c’est pour ton bien. Évidemment.

Et c’est étrange parce que plus j’avance et plus je me remercie d’avoir vécu cette histoire. J’ai l’impression qu’il me fallait tomber pour pouvoir m’élever encore plus haut, qu’il me fallait les vraies ténèbres pour pouvoir réellement voir la lumière, sans être effrayée.

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Un jour, je pourrais le dire, en toute franchise, haut et fort, sans douter, sans me dire que je ne suis pas juste  – dire qu’il n’était qu’un menteur, un tricheur, qu’il a joué avec mes sentiments, qu’il a abusé de mes faiblesses, qu’il m’a réduite à néant, qu’il a toujours refusé d’entendre mes « non », qu’il n’est pas intéressant. J’oserais même dire que la violence des mots laisse des cicatrices invisibles et que le silence tue.

Un jour, à la question « pourquoi l’as-tu épousé ? », je répondrais tout simplement que j’étais perdue, la proie facile, que je suis tombée dans le panneau, que je me suis retrouvée prisonnière d’une relation dont je n’ai pas réussi à sortir sans m’esquinter. Je ne dirais pas que c’est un connard ou un pauvre type. Trop facile. Je dirais juste la vérité. Sans fard. Et tant pis si certains me trouvent impudique ou pensent que j’aurais dû rester – une histoire de morale religieuse. A la vie A la mort. J’ai choisi la VIE.

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26 thoughts on “Pourquoi l’as-tu épousé ?

  1. Céline Dehors says:

    Ta réponse n’est pas seulement courageuse, ni sincère, elle est magnifique ! Parce que dire qu’on puisse être faible, c’est avouer aussi être vivant. Croire encore en sa toute puissance, c’est ne pas être conscient de la mort qui rôde. Et toi, tu as dépassé ce stade.

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  2. carrie4myself says:

    Bien sur qu’il faut choisir la vie; ca serait “trop simple” de partir car…. il aurait gagne!
    Un jour….tu l’écris, bientôt tu le diras de vive voix 😉 ❤
    Belle soiree Marie. Bizzz

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  3. Allumer les couleurs says:

    Tu as choisis la vie ! Et je connais si bien la difficulté de choisir la vie quand l’image de soi est tombée au plus bas et que l’on a peur… Pourquoi tu l’as épousé, pourquoi on les épouse ? En effet, la fragilité du moment, l’emportement du moment, nos histoires de vie aussi.. je ne sais pas trop… Et finalement choisir la vie est juste le premier pas, ensuite, reste, comme tu le dis si bien ce qu’un jour on pourra dire haut et fort. Merci de ta sincérité Marie

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    • Marie Kléber says:

      Merci pour tes mots et ta bienveillance face à ce témoignage. Oui je crois que c’est une question de fragilité à un moment donné, de sensibilité à fleur de peau. J’ai l’impression qu’au début chaque jour on se bat pour choisir la Vie et puis un jour la Vie s’impose à nous et alors on sait qu’on a fait le meilleur choix pour nous.

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  4. Cléa Cassia says:

    C’est une question délicate car en fonction de qui tu as en face de toi, tu n’auras pas la même réaction. Certaines personnes la poseront innocemment, pour essayer de mieux te comprendre, quand d’autres seront déjà à te juger et à juger tes décisions et tes faiblesses.
    Tu n’es pas obligée de donner tes raisons, elles t’appartiennent. Mais le fait que tu les connaisses en toi, et que tu y voies de plus en plus clair, c’est une grande force, et on la sent bien, la vie, quand tu écris 🙂

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    • Marie Kléber says:

      Justement je me suis trouvée en situation ce midi avec une collègue et les mots sont sortis – simplement. Mais tu as raison avec d’autres personnes c’est plus dur, des personnes qui ne veulent pas savoir ou écouter.
      Merci Cléa. La vie reprend ses droits – toujours – il faut juste lui laisser le temps de faire son travail. C’est ça qui n’est pas toujours évident!

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  5. Rozie & Colibri says:

    “Pourquoi tu es restée si longtemps, si tu souffrais tant ? T’as pas d’enfant, t’étais pas mariée, t’étais libre ! C’était pas compliqué !”
    Que peut-on répondre ?
    Difficile d’expliquer l’emprise, et de la faire comprendre à ceux qui ne l’ont pas vécue. Difficile de faire comprendre la peur que tu décris. L’angoisse. La crainte. Le besoin simple d’être tranquille, et de ne pas se battre en acceptant tout parce qu’on n’a pas d’issue.
    Je suis comme toi. Quand on me pose la question, je reste bête. Quand je dis la vérité, on n’entend pas. On trouve des moyens et des solutions à ma place, comme une évidence.
    Si je ne dis pas la vérité, je ne sais pas quoi dire. Je ne peux pas dire “Je l’aimais”, ce n’était pas tout à fait vrai. Enfin, ce n’était pas que ça.

    Tu t’en sors bien. Continues dans cette voie !

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    • Marie Kléber says:

      Soit les gens ne veulent pas savoir / comprendre, soit ça les dépasse Rozie. Tant que ce n’est pas clair en nous, notre discours a peu de chance d’être entendu. Plus on avance, plus on s’impose, plus on y arrive.
      Continue toi aussi sur cette voie! Et continue à partager ton expérience et celle des autres. C’est important toutes ces voix qui s’élèvent pour dénoncer l’absurde.

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  6. Rachel says:

    Coucou Marie! Comme tu le sais, nos parcours présentent pas mal de similarités! Sans être allée jusqu’à l’épouser, je suis quand même restée 8 ans avec le père de mon fils. Mais comme pour toi, notre relation a été aussi régie par la peur: j’ai fait un enfant avec lui parce que j’avais peur qu’aucun autre ne me le demande, je suis restée avec lui alors que je ne l’aimais plus (l’ai-je aimé d’ailleurs?) parce que j’avais peur d’élever mon fils seul et peur qu’il nous fasse mal si je le quittais.
    Je n’en suis pas encore à me remercier d’avoir vécu ça, mais je suis fière du chemin parcouru!
    Hauts les coeurs marie!
    Gros bisous

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    • Marie Kléber says:

      Et tu peux être fière Rachel. Il en faut du courage pour affronter la peur et dire stop. Bravo ma belle. Nous avançons et nos enfants sont là – ils sont la preuve que la vie l’emporte!
      Grosses bises et bonne soirée.

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  7. sweetiejulie says:

    Personne ne peut savoir à ta place pourquoi. Et personne, encore une fois, ne peut juger ton choix. A l’époque, tu avais peur déjà mais tu voyais les choses différemment. Tu avais l’espoir que ça change, portée par ses promesses de pacotille qui lui permettait de taire quelques temps les doutes et les incertitudes qui ont grandi en toi. Tu n’as certainement pas à te justifier, et on ne peut pas t’accuser d’avoir été lâche ou d’avoir manqué de courage. Il en a fallu du courage pour croire qu’il changerait, il en fallait du courage pour partir et il en faut du courage pour vivre, se reconstruire.
    Aujourd’hui, tu as le recul nécessaire et tu peux être fière d’être partie. Malgré les moments difficiles que tu as subis, tu apportes un message de vie et de lumière à celles encore enfermées dans leur peur qui n’osent rien faire. Merci pour elles.

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    • Marie Kléber says:

      Merci à toi pour ce beau message Julie. Oui c’est ce à quoi j’aspire avec mes mots, donner l’espoir à d’autres, montrer la lumière après les ténèbres.
      En fait j’ai juste du mal avec ces questions bizarres qui disent parfois – tu l’as épousé, tu l’as bien cherché! Ca me met encore hors de moi. C’est viscéral, je ne supporte pas qu’on minimise la souffrance de toutes ces femmes prisonnières de relations qui les détruisent.
      ❤❤

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  8. Dame Ambre says:

    Je m’étais posé la question aussi.. Il me semble répondre de deux manières : parce que j’étais amoureuse, parce que j’étais persuadée d’avoir de la chance qu’il pose les yeux sur moi et que je ne méritais pas ça (la peur aussi, de rester seule toute ma vie).
    Quelque chose comme ça.

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    • Marie Kléber says:

      C’est ça – “être persuadé d’avoir la chance qu’un être si merveilleux pose les yeux sur nous!” – ce qui me conforte dans l’importance de travailler sur ma confiance. Merci beaucoup d’avoir posé ici ces quelques mots. Je sais que c’est le genre d’articles qui fait remonter des souvenirs qu’on préférerait oublier.

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Un petit mot doux pour la route...

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