Tous les hommes de ma vie #5

On continue l’exploration, tantôt autobiographique, tantôt fictive du monde des Hommes de ma vie…

Les hommes de ma vie fument, beaucoup. Ils fument comme ils respirent et m’empêchent de respirer. Ils fument sans s’arrêter. Ils se perdent dans la fumée de leurs cigarettes. La fumée les calme et les apaise. Elle me fait sortir de moi et ils ne comprennent pas. Ils fument le matin au petit déjeuner. Ils fument sans perdre une miette de cette précieuse drogue qui les ensorcelle, les maltraite, leur bousille le corps et rend leur cœur insensible au mal qu’ils propagent autour d’eux. Ils fument pour se donner de la constance, de l’importance, pour se sentir exister, pour la forme, pour la sensation de liberté que la cigarette leur procure, juste le temps de les tuer. Ils fument et se moquent de mes craintes, de mes conseils d’inexpérimentée.

Ils fument sans se soucier de moi. Si je n’aime pas, c’est mon choix. Ils fument de l’aube au coucher du soleil, à table, sur le bord de la fenêtre, même au lit parfois. Ils disent qu’entre elle et eux, c’est encore plus fort qu’une histoire d’amour. Ils fument et ne connaissent rien à l’amour. C’est la passion qui les consume.

Et ma passion pour eux m’interdit de les contredire. J’avale la fumée de leurs désirs. Je me sens partir, me flétrir. Mais qu’importe puisque mon cœur a jeté son dévolu sur eux. J’entretiens la flamme. Un drôle d’histoire nait entre eux, moi et leur cigarette. Un triangle amoureux terrifiant.

Je me mens si bien à moi-même. Navrant.

Certains hommes s’attachent. Etrange phénomène. Complètement surréaliste. Surtout quand on ne s’y attend pas. On ne s’y attend jamais. Ils s’attachent avec la férocité de leurs jeunes années ou l’ombre muette des rides qui les guettent. Certains sont transis d’amour. Ils se coupent en quatre, se plient en deux, ouvrent leur portefeuille aussi vite qu’un cow-boy dégaine son arme dans les westerns à succès. Ils n’ont aucune limite.

Je n’ai jamais rencontré d’hommes comme ça.

Ceux qui ont partagé ma vie étaient plutôt du genre radin. Du genre à compter, à partager la note, à avoir oublié leur code de Carte Bleue, à commander en fonction du prix, à réserver un hôtel miteux, sous prétexte que c’est prêt de la gare, que ça sera plus facile d’accès en arrivant à onze heures du soir. Radins au point de m’offrir les cadeaux dont leurs mères n’ont pas voulu à Noël. Ou bien au point de recycler des cadeaux destinés à d’autres, au point de taper dans leurs vieux souvenirs pour m’en créer de nouveaux, sans me demander mon avis.

Les hommes de ma vie me mènent en bateau. Ils me racontent des salades. Ils en font des tonnes pour réparer leurs oublis, pour me prouver par A + B qu’ils n’ont pas téléphoné parce qu’ils étaient coincés sur un chantier de haute importance. Ils en inventent des belles pour que je passe l’éponge. Ils se réjouissent de réussir à me faire gober tout et n’importe quoi. Le téléphone oublié dans la boîte à gants alors qu’ils ne peuvent pas faire un pas sans ce précieux instrument, ils l’ont greffé à l’oreille 24h/24h. Ils dorment avec, pissent avec, boivent leur café du matin avec, répondent instantanément aux appels et messages annoncés par un bip strident. Presque une relation extra-conjugale, qui me laisse dépitée. Je devrais les larguer.

Parfois c’est moi qui mène la danse, les poussant dans leurs plus profonds retranchements, histoire de voir jusqu’où ils sont prêts à pousser le vice, jusqu’où ils peuvent aller pour me faire croire n’importe quoi, n’importe comment.

A force de cumuler les déboires, j’ai bien cru que j’allais devenir cruelle. J’ai cru que j’allais pouvoir à mon tour utiliser les hommes sans les aimer, les faire plier. Certaines filles sont fortes. Elles ont tous les hommes à leurs pieds. Ils ne jurent que par elles. Et elles les mènent par le bout du nez. J’ai cru que j’allais pouvoir les posséder, les soumettre à mes moindres désirs. Que j’allais pouvoir les collectionner à mon tour, noter leurs performances sexuelles dans un cahier, les rendre fous de moi.

Je me suis plantée. Je ne fonctionne pas comme ça.

Certains ont abusé de moi, de mes bras, de mes sourires, de mes rêves de gamine, de mon argent, de ma gentillesse, de mes idéaux. Ils se sont installés dans ma vie et je leur ai laissé toute la place. Ils l’ont pris sans hésiter. Ils ont tout liquidé sur leur passage. Ils n’ont même pas remarqué mon absence.

Il ne restait plus qu’en fond d’écran : moi, mon ombre et mes tourments.

A suivre mercredi prochain…

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25 thoughts on “Tous les hommes de ma vie #5

  1. ah je commence bien ma journée par un peu de lecture 🙂 ( à défaut d’avoir fait une vraie nuit, les bons profs ne sont malades qu’en vacances, comme on dit!!). Les hommes et la cigarette… j’en ai connu un comme ça, c’était juste un rdv meetic, mais j’ai tout de suite compris que ça ne le ferait pas, il ne pouvait pas manger sans fumer en même temps 😀 (alors qu’il m’avait dit qu’il avait arrêté). Et le côté radin des mecs… insupportable! Heureusement le mien n’est pas du tout comme ça 🙂 mais j’ai un pote qui me fait pitié, c’est du style “ouais ya 6 mois, je t’ai prêté 2 euros, ça me gêne de te demander ça… mais bon voilà j’aimerais bien que tu me les rendes!” – alors que je lui en ai payé des coups dans les bars… Il a même été chez décathlon se faire rembourser un slip à 7 euros qu’il avait depuis des années, parce qu’il l’avait troué à la piscine! Il y a du boulôt à faire 😉 – j’espère que tout s’est passé comme tu voulais hier, et que ton escargot était heureux 🙂 bisous

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    • Merci ma belle. J’espère que ces vacances vont te faire du bien! Et que tu vas pouvoir te reposer et reprendre des forces. Le coup du slip c’est fort j’avoue! Il y a des gens qui n’ont vraiment aucun scrupule – la radinerie pousse à faire des trucs complètement loufoques aussi! Grosses bises et bonne journée.

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  2. J’adore Marie, c’est remarquablement bien remonté en informations, bien écrit, bien vécu aussi…
    Garde bien tout cela précieusement, ça peut vraiment donner un truc excellent à la fin du style une nouvelle, petite ou grande, voir un petit roman tout sympa…
    Je crois en toi ma petite Marie, accroche-toi, les bonnes nouvelles arrivent…
    Je t’embrasse minette
    Tony🐻

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    • J’y ai pensé Tony. Mais c’est tellement de travail un livre, que je me suis dis autant le partager ici pour commencer. Il est en effet temps pour moi de me replonger dans mon pavé autobiographique…
      Merci pour tes encouragements! Belle fin de journée.

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  3. Terrible! Certains passages m’interpellent particulièrement pour les avoir vécus, les avoir subis…
    Magnifique texte! C’est tellement bien écrit que le lecteur se laisse happer par l’histoire!
    Bisous Marie

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  4. Tu décris tellement bien la vie auprès de ces gars là que j’ai l’impression de les connaître ! Il faut dire que mon ex était arrivé à 3 paquets de cigarettes par jour ! J’en connais un autre qui est radin pour tout ce qui concerne la vie de couple mais ne compte pas pour se payer ses passions que je juge trop onéreuses !L’idéal serait de pouvoir les côtoyer sans les subir ! Bon après midi Marie Bisous

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    • On n’était pas loin des 3 paquets non plus Paulette – quand ce n’était pas autre chose que la cigarette!!
      J’ai une intolérance à la cigarette désormais…
      Grosses bises et mille merci. Bonne journée!

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  5. Pour la clope le mien l’a clouée au coin du bec non stop sauf la nuit bien-sûr ! Pour le téléphone pas de soucis, il ne décroche jamais ! Donc si quand même, pour moi c’est un gros soucis dès fois qu’il arrive quelque chose ou bien aux enfants ! Ah…et pour la CB je lui remonte les bretelles s’il s’en sert trop ! Et si encore c’était pour m’offrir un cadeau ! Il ne m’a jamais rien offert ! Alors tu vois Marie, si un jour je dois rencontrer un autre homme, je n’en veux plus d’un comme ça ! Bisous…

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    • La cigarette, je ne peux plus, c’est physique Marie! La CB pour faire des cadeaux, oui. Mais j’ai l’impression qu’ils sont nombreux à ne pas voir l’intérêt d’un tel acte… ni l’importance d’ailleurs…
      Grosses bises et tendre journée.

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  6. On a envie de lui demander pourquoi elle s’inflige tout ça, à ta narratrice ! Prends le large, ma belle !!!
    Cette série est vraiment savoureuse à lire, Marie 🙂

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  7. Toujours aussi agréable et véritable à lire !

    Je me/le reconnais beaucoup à travers ces lignes. Je ne peux plus voir le tabac (et le reste !) en peinture, dorénavant !

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    • Je te comprends Rozie – la cigarette était une nuisance tellement importante dans notre vie de couple (à côté du reste) que si j’ai une seule certitude c’est bien celle de ne jamais me remettre avec un fumeur…

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  8. Je retrouve ton blog plus beau que je ne l’avais quitté. Ce texte est plein de charme. Il parvient à rendre poétiques des situations qui ne le sont pas. Le Masculin en sort plus qu’écorné. Mais bon, ils l’ont bien cherché. Mille bisous à vous deux.

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    • Merci beaucoup Sophia, ça me touche beaucoup.
      Les hommes ne sont pas mis à l’honneur en effet mais les hommes de ma vie n’ont rien fait pour m’inspirer quoi que ce soit de terriblement positif non plus!

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  9. J’adore la dernière phrase et la référence au fond d’écran, c’est très triste et en même temps si réaliste.
    Je suis sortie une fois avec un homme qui fumait, et même si ça me donnait envie de vomir (ce n’était pas du tabac) je me disais que j’allais m’habituer, que ça en valait le coup. Heureusement que celui-là m’a laissée tomber assez vite, je crois que j’aurais pu rester accrocher et me perdre avec lui, exactement comme tu le décris.
    Je n’ai quasiment jamais vécu de situations aussi extrêmes comme tu les décris, mais j’ai parfois frôlé la frontière avec elle, de là à s’y retrouver il n’y a qu’un pas, et on ne comprend pas toujours comment on l’a franchi.
    Être cruelle n’est pas une réponse, c’est sûr. Comme tu le dis, il faut rester contre vents et marées fidèle à qui l’on est.

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    • On ne s’habitue jamais au tabac – à la pipe ou à toute autre substance. On s’en dégoûte au fil du temps.
      Certaines situations sont inventées ou vécues par d’autres que moi Cléa. Heureusement!
      Etre soi prend tout son sens dans des situations comme celles là. Je t’embrasse!

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  10. J’adore cette rubrique et les mots que tu mets sur tes maux. J’espère tu nous en écriras une version avec une fin plus heureuse un jour ❤

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  11. Très belle écriture Marie, pour le reste, les hommes, ben ouais sont comme ça, pas tous ! Moi je ne sais pas y faire, que des cas soc et moi l’assistance sociale persuadée que j’y arriverais, à les sortir de leurs addictions, de leurs problèmes et j’y arrive jamais bien sur ! Je crois que je vais abandonner l’affaire…

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