Renaître Femme

Ce billet est très personnel, intime. Je ressens le besoin de coucher les mots, de les exposer. Peut-être que l’article sera mis en brouillon ensuite. Je ne sais pas. Pour le moment j’écris et par avance je vous remercie pour la bienveillance avec laquelle vous lirez ces lignes.

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Impossible de dormir. Ces dernières semaines les nuits sont mouvementées, courtes, troublées. Que se passe t-il en moi que je ne peux approcher?

Elle me demande si j’ai pardonné. Je crois, oui. Le pardon c’est une notion compliquée qui ne me parle guère. Elle me demande alors ce que je ferais si il était là, en face de moi. Qu’est ce que je ressentirais. Indifférence. Plus de colère. Plus d’envie de le secouer comme un cocotier. Plus envie de lui hurler au visage “pourquoi?”. Je le regarderais dans les yeux et je tournerais les talons. Je n’ai rien à lui dire et je sais qu’il n’a rien à m’apporter, nous apporter. Il ne fait plus partie de nos vies. Une page se tourne. Ou bien je ferme la parenthèse. Parce qu’il n’est que ça, une parenthèse sur le chemin, presque rien.

Et puis j’ai senti qu’il y avait quelque chose d’autre, quelque chose que je ne voulais pas m’avouer. Ou bien quelque chose à laquelle je n’avais pas eu le temps de m’intéresser jusqu’à aujourd’hui. Entre refaire surface, gérer l’intendance quotidienne, donner naissance, panser les blessures, chercher puis trouver du travail, gérer un divorce et toute la panoplie des démarches administratives interminables, reprendre ses marques dans une nouvelle vie, s’occuper d’un enfant, trouver sa place de maman. Et j’en passe encore de ces choses qu’il a fallut réapprendre à faire, de ces images qu’il a fallut chasser de ma mémoire, des connections qu’il a fallut rétablir, des liens qu’il a fallut tisser, des rêves qu’il a fallut aller déterrer pour ne pas sombrer.

Il y a bien quelque chose que je n’ai pas pardonné encore. Ce qu’il a fait de mon corps, la manière dont il s’en est servi. Ce qu’il a fait de ma féminité, ce qu’il m’a volé d’intimité.

A partir de quoi, de quand?

Où est la limite?

Qu’entend on par violence sexuelle?

Les images. C’est le plus difficile. Les restes. Et les souvenirs de la peur aussi. Bien coincée entre les draps.

Le corps recroquevillé. La clé dans la serrure et la porte qui claque. Le corps qui se glisse et se colle. Les peaux qui se frôlent dans la fraicheur d’une énième nuit morcelée. Il faut avoir envie là maintenant. Toujours. Forcément. Parce que ça fait longtemps. Parce que le corps a besoin de sa dose. Le soir. Le matin. Vite fait. Entre deux rendez-vous. Ne rien dire ou risquer le silence. Et l’enveloppe corporelle élastique qui sous la douche tente d’effacer les traces de la honte. C’est normal. C’est ça aussi être une femme. Se mentir si bien à soi-même. C’est ça être SA femme. Sa chose. Sa possession. Son objet.

Il est dit qu’il y a violence quand il y a absence de consentement. J’étais consentante. Donner de soi pour avoir la paix. Et si ça fait mal après, oublier. L’essentiel est maintenant. Il sourit. Il est heureux. La journée est sauvée.

La nuit cache si bien ce qui se meurt à l’intérieur. J’irais dormir sur le canapé. Là, je suis en sécurité. Il ouvrira la porte, allumera la lumière. Je ferais semblant. Il ira s’écrouler sur le lit conjugal. Et dormira jusqu’à midi. J’en viens même à espérer qu’il partira rejoindre un copain juste après le petit déjeuner. En plein jour, c’est pire. Alors je cache mon corps avec tout ce que je peux trouver. Je ne suis plus une femme. Je ne suis plus dans la lumière. Je pose des voiles sur mes courbes pour ne pas attirer l’attention. Je suis à lui, à personne d’autre. Il le pense. Mais n’en a que faire de mon plaisir, de mes envies. Il n’y a que lui, ses désirs, ses envies. Mon corps n’est plus qu’un vaste champ de bataille miné sur lequel il s’agite encore un peu, par habitude. Il ne remarque même pas que mon corps se meurt, que ses caresses m’oppressent, que mon dégoût grandit, que c’est la peur de lui qui me fait dire “oui”.

C’est sorti. C’est fou comme j’ai refoulé tant de choses. Pour me protéger sûrement. Parce que je ne pouvais pas tout régler en même temps. Parce qu’il y avait d’autres priorités. Parce que je n’étais pas ma priorité. L’intégrer va désormais me permettre de travailler sur moi – encore – pour me détacher de tout ça, pour réapprendre à aimer mon corps, à honorer ma féminité, à m’aimer intégralement.

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27 thoughts on “Renaître Femme

  1. Cette nuit, il y a eu une éclipse de lune en lion. Et c’est la pleine lune. La lune est attachée à l’énergie féminine. Alors, je trouve cela intéressant – et très prometteur – que tu arrives à t’exprimer justement cette nuit. Nous sommes en plein cycle de renaissance et il semble que tu te sois reconnectée à l’énergie féminine. Peut-être cela peut sembler “barré” comme idée 🙂 mais je pense que les pistes ouvertes par Miranda Gray à ce sujet sont intéressantes. Quant à la honte, elle est culturelle. Contrairement à ce que racontent les monothéismes androcentrés, notre source est intacte, quoi qu’on lui fasse. Mille bisous à vous deux et bonne continuation sur cet étonnant chemin 🙂

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    1. Depuis que je m’intéresse à la lune et son influence sur nos cycles, tes mots me parlent énormément justement Sophia. Merci de les avoir posés. Je sens que je suis en phase de transformation en ce moment. C’est bon et effrayant en même temps.
      Merci de m’accompagner sur ce chemin!

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  2. .. Wahou.

    Bravo Marie. D’arriver à te mettre en face de ça.
    C’est quelque chose que je n’arrive pas à faire. Je n’arrive pas à me dire que mon corps à été “violenté”. Sexuellement. C’est trop … Trop.

    Pourtant je me souviens de ces fois ou je faisais semblant pour qu’il me laisse tranquille et ou je pleurais en regardant le plafond en silence. Je déteste me rappeler ça. Il faudra pourtant bien faire face un jour. Merci de montrer la voie.

    Tu es une inspiration pour nous toutes. Le travail que tu fais sur toi, l’ouverture de ton intimité que tu nous proposes, nous permet d’envisager de le faire aussi. De réussir aussi à nous libérer. Peut-être que tu ne t’en rends pas compte, mais c’est exceptionnel.

    Je te souhaite de continuer dans cette voie-là. Laisse sortir tout ça. Sois admirative de ton travail. Tu as fait tout ça depuis que tu as réussi à dire stop. Tout ça.

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    1. Merci du fond du coeur Rozie. Ca met du temps. Entre la prise de conscience et le besoin de poser les mots et de dépasser nos maux. Ca prend du temps. C’est une réalité qui peut aussi nous faire perdre nos repères. D’abord se reconstruire sur des bases solides puis doucement faire un retour en arrière pour voir ce qu’il reste à soigner.
      Tu y arriveras toi aussi, en ton temps.

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  3. Ma chère Marie, je suis bouleversée par ce que je viens de lire… J’avais bien compris que tu n’étais pas épanouie sexuellement à l’époque et que parfois tu “te laissais faire” par habitude, pour lui faire plaisir , parce que “nous les femmes, nous avons moins de désirs que les hommes”. Peut-être n’avais-je pas voulu réellement comprendre entre les lignes? En vérité, tu développais des stratégies pour éviter des relations sexuelles imposées… A partir de quand s’est-il désintéressé de tes envies, as-tu jamais eu du plaisir avec lui? s’en rendait-il compte qu’il te faisait mal? On parle aujourd’hui de viol conjugal, c’est compliqué comme notion. Si la femme a une relation par peur, par contrainte (imposée par elle même ou pas), on est dans une situation de viol à mon sens. Etre mariée ne signifie pas être l’objet sexuel de son mari, mais malheureusement, je pense que cette opinion est loin d’être partagée par pas mal d’hommes…
    J’espère qu’en réussissant à t’exprimer là-dessus, tu sens déjà un premier pas vers la réappropriation de ton corps, qui mérite d’être aimé, proclamé, épanoui.
    Bon week-end, bisous 🙂

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    1. Je crois que la honte m’a longtemps empêché de dire les choses telles quelles, sans ambiguïté ma belle. J’aurais dû savoir que ça finirait mal – la première fois déjà c’était à moitié forcé – il refusait le préservatif. Il n’avait aucun tact. Je crois qu’il m’a demandé une fois ce que j’aimais ou pas – mais n’en a jamais tenu compte. Et puis au-delà de nos relations sexuelles “normales” il y a toutes les autres fois, où j’ai juste eu l’impression de lui servir, d’être là pour qu’il assouvisse ses pulsions du moment. Le pire c’était quand il restait silencieux pendant des jours, qu’il ne m’adressait pas la parole, m’ignorait même et qu’il attendait d’avoir sa dose la nuit venue. C’est à partir de là que j’ai sombré…
      Le dire me libère, m’aide à y voir plus clair. Les mots ont vraiment un pouvoir, celui de m’aider à avancer vers plus de sérénité.
      Je t’embrasse bien fort et merci de m’avoir lue.

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  4. Parfois c’est si dur de te lire, pour toi et pour tout ce que ça fait remonter..
    Mon corps garde la mémoire de l’angoisse. Ma peur n’est plus dans les draps (je l’ai dépassée, je peux me coucher maintenant sans angoisser), ma peur est sur la peau. Un jour, je l’écrirai, moi aussi..

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    1. L’écrire soulage, c’est comme si la peur, le mal sortait de nous. J’ai du mal parfois moi aussi à lire ces mots chez d’autres. Ce sont les images qui reviennent et m’angoissent.
      Merci Dame Ambre. Courage.

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  5. Quel courage !
    Le plus dur est derrière maintenant.
    Comme tu le dis, il te faut Renaître Femme maintenant.

    “Le corps est le temple de l’âme”
    Contemple Le. Caresse chaque parcelle de ce corps, comme si tu touchais les pierres sacrées d’un temple.
    Installe toi en son cœur, au centre. Regarde la force qu’il dégage. Il inspire calme et sérénité.

    Prends soin de ce corps, prends soin de toi. Dans ce temple, ce corps il y a de la Beauté.
    Belle journée à Toi

    Fred

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  6. Boufffffff.. coup de poing. Une femme ne devrait jamais jamais jamais faire ça par peur ou même pour être tranquille. C’est un moment de partage intense ou 2 personnes s’unissent. Tu es libérée de ces chaînes invisibles, et chaque jour un peu plus.. tu as de la force en toi, qui grandit chaque jour un peu plus…

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  7. Quel courage Marie est-ce de se placer devant cette honte et ces souvenirs ! Je te souhaite de fermer cette parenthèse aussi. Tu es brave, tu vas savoir trouver en toi ce qu’il faut pour. Parce que valeureuse, tu l’as toujours été, même lorsque tu étais sous son emprise.
    Je t’envoie plein de bonnes ondes !

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  8. Tu atteins l’ultime étape Marie, la plus difficile aussi ! Tu fais bien d’écrire ce billet, une façon de te libérer de ce qu’a subi ton corps. Je n’ai jamais eu ce courage et les années ont été longues, trop longues avant que je devienne vraiment femme ! Bravo pour ton courage Marie 🙂 Bisous

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    1. J’imagine que plus la violence dure, plus il est difficile de retrouver le chemin vers soi. Je dis toujours que j’ai eu de la chance de tomber enceinte rapidement – mon fils m’a sauvé des griffes de cet homme sans âme. Merci Paulette et bon voyage!

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  9. C’est un sujet douloureux Marie. Et quel courage de l’aborder ici, de nous confier tes mots. Merci.
    Tu as fait le plus dur en regardant les choses bien en face même si c’était douloureux. Maintenant tu vas pouvoir avancer sur ce terrain là aussi.
    Bonne soirée et bon dimanche à toi

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  10. Tu es courageuse d’écrire ce que tu ressens, ce que tu as ressentis et ton corps est tien et petit à petit tu auras la force de surpasser tout ce que tu as subis ! je t’envoies plein de tendresse, bisous Marie.

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  11. Magnifique texte Marie…. Comme c’est poignant. Je suis sûre que l’écriture a une fonction expiatoire. Tu vas te libérer de cette emprise psychologique, si ce n’est pas déjà fait..On te soutient, on est avec toi.

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    1. Oui ma belle écrire m’aide énormément. Poser les mots permet d’y voir plus clair, d’avancer plus sereinement et de mettre le doigt sur les cicatrices encore à vif.
      Merci d’être là et de m’accompagner. Grosses bises!

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  12. Régler les problèmes, un à un. Reprendre son souffle, respiration après respiration. Vivre même après les épreuves. Quelle force, quel courage, qui transparaissent dans les mots de ce texte sans détour. Ça doit être dur, mais il me semble essentiel que les femmes qui en sont passé par là l’expriment, pour effacer le tabou, éveiller les consciences, faire réfléchir sur cette violence et ce qu’elle représente.

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  13. Marie… Douce Marie… si j’étais devant toi après lecture de ce texte, je n’aurai qu’un geste : ouvrir les bras et accueillir ce corps meurtri qui ne doit plus jamais souffrir de ces abus, de cette violence.
    Merci d’avoir eu le courage d’écrire ici ce que tu as mis longtemps à affronter – et chacun, chacune à notre façon prenons le temps qu’il nous faut pour affronter tout ce qui nous empêche de vivre complètement, de guérir, et de pardonner.
    Je t’embrasse, avec plus d’affection et de tendresse encore.

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  14. Ton texte est bouleversant et criant de vérité. Quel courage il faut pour poser des mots sur cette violence inouïe, une violence que l’on croit portant légitime. Quelle force tu as eu Marie de dénoncer ses agissements. Le plus dur est d’admettre. Tu t’élèves au nom de ces femmes brisées par la violence physique, psychologique et sexuelle..

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  15. Chère Marie que je découvre … c’est un texte ô combien fort et intime qui nous est livré, merci pour le partage …pas de voyeurisme, rien de malsain, simplement la force des mots clairs qui définissent la situation telle qu’elle fut et n’est plus …oui renaitre, plus forte et plus ouverte à la vie …La force de Vie est bien là Marie !

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Un petit mot doux pour la route...

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