Arrêt sur image – le manuscrit inachevé

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Une photo de nous. La même. Un arrêt sur image. Ce petit appartement miteux de Rathmines, où je t’ai aimé, très mal. Où tu m’as aimé, très mal aussi. Mais toi tu ne sais pas aimer. Décidément nous n’étions pas faits pour être heureux…

J’aimais cet appartement. Assiste sur les marches de la maison, je sirotais souvent un thé bien chaud, un café léger, regardant les passants descendre la longue rue qui menait vers l’artère principale. Tu n’y habitais pas. Heureusement. Tu n’étais qu’un passant, dans mon lit, dans ma vie.

Pourquoi cet instant-là. Je ne sais pas. Peut-être que j’étais encore un peu heureuse, que j’y croyais vainement. A tes serments. A mes promesses. Ca ne tenait pas la route. J’ai fait la sourde oreille. J’ai pris ce qui marchait, j’ai oublié le reste.

Je n’ai toujours pas repris mon manuscrit. Je n’ai pas ouvert mes carnets depuis cet été, depuis ces quelques matins de flashback improvisé, avec The Script en musique de fond. Un peu de Dublin dans mes 40m2 pour écrire notre histoire tarabiscotée. Les quelques 160 pages qui le composent me font des clins d’œil parfois puis se laissent oublier. Et si je le laissais là, comme un roman inachevé. Ce ne serait pas le premier. Et si j’arrêtais d’écrire sur tout ça, sur toi et moi. Cette combinaison-là n’existe plus et ton titre de père n’y change rien.

Quand je le sors de sa cachette je le trouve trop triste. Qui va lire tout ça ? Qui va prendre sur soi pour déchiffrer les déchirements qu’il y a eu en moi ? Qui va vouloir savoir ce que ça m’a fait de te connaître, de partager quelques années de ta vie ? Qui va vouloir entendre parler de toi, encore une fois ? Qui ne va pas te détester après ces lignes-là ? Elles ne changeront rien au passé. Elles n’aideront personne. Elles me permettront peut-être de passer à autre chose – d’écrire autre chose surtout, de ne plus me perdre dans des considérations chagrines.

J’erre entre ici et là-bas, entre ma silhouette estivale, la tête dans les étoiles et les assauts de l’hiver qui m’intiment l’ordre d’aimer la vie sans plus attendre. Est-ce que ce roman m’empêche d’aller de l’avant ? Est-ce qu’il me retient prisonnière d’une histoire passagère?

Vais-je avoir le cran de me replonger dans les 66 000 mots plus quelques-uns ? Ou bien vais-je choisir de ficeler le paquet de feuilles puis le classer, jusqu’à l’oublier ?

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32 thoughts on “Arrêt sur image – le manuscrit inachevé

  1. Que de doutes, Marie. Je ne sais pas du tout ce qui est mieux. Se replonger dans le passé peut être vraiment douloureux et raviver des plaies. Ça peut nous faire toucher le fond à nouveau. Mais d’un autre côté, aller au bout de ce projet d’écriture te permettrait peut-être de tourner cette page une fois pour toute. De vider tout ça sur le papier pour t’en délester. Ou pas. C’est très personnel. Moi, par exemple, je ne pourrais pas écrire sur les événements qui m’ont conduite à la dépression il y a quelques années. Ça fait vraiment trop mal d’aller remuer tout ça, les questionnements, la honte, la culpabilité. Tout ça est si sombre et j’ai besoin de lumière! J’ai fait le choix de laisser ça derrière moi, un peu comme on lâche du lest dans une montgolfière. Je veux de l’air!

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    1. Pour ma part ce n’est pas si compliqué que ça. En fait j’arrive de mieux en mieux à comprendre pourquoi, comment.
      En fait je crois que l’essentiel n’est pas tant qui va le lire, mais pourquoi je l’écris. Ou pour qui. Au départ c’était pour guérir. Puis ensuite pour évacuer la colère. Enfin pour les autres, pour que mes proches comprennent mieux mes choix d’hier et mes peurs d’aujourd’hui. Et pour les autres femmes qui vivent une situation identique, délicate, pour celles qui partent et pour celle qui hésitent.
      Je comprends ton envie d’avancer dans la lumière. C’est tellement plus joli Marie. Merci.

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  2. Je comprends. Je me le demande parfois aussi. Le jour où je sentirais qu’en parler, l’écrire, me retient et m’empêche d’avancer, j’arrêterai. Mais comment le savoir ?
    Si écrire ces lignes t’a fait du bien, pour intégrer, comprendre, reprendre le dessus, c’est l’essentiel. Si ce n’est plus le cas maintenant, et que c’est gênant de t’y replonger, laisse passer … Peut-être que ce n’est pas le moment. Peut-être que ça ne sera plus jamais le moment. Et ce n’est pas grave, l’inachevé, c’est ton bien-être qui compte.

    Mais l’idée de le publier et que d’autres le lisent te fait du bien, construit ta thérapie, ta guérison .. Il faut peut-être en passer par cette phase de dégout pour être définitivement libérée …

    Ca fait beaucoup de peut-être. Personne n’a la réponse. Mais je sais que contrairement à ce que tu penses, ces lignes aideront quelqu’un. Moi au moins, qui les lirais avec intérêt. Bien sûr, elles feraient souffrir le lecteur, elles les pousseraient à détester cet homme .. Mais vient par la suite la réflexion et on en retire quelque chose. Tu sais, parfois, ce qu’on n’a pas su retirer de sa propre expérience, et le retire de celles des autres.

    Bon courage pour ce choix cornélien.

    Je t’embrasse !

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    1. Mille merci Rozie. L’écriture aide à se libérer de tout. Et tant que ça fait du bien, tu as raison, il faut partager.
      Ce qui est étrange c’est que plus j’écris, plus je me replonge dans ce passé délicat, plus je me sens bien. Comme si j’arrivais à y voir clair. Mais surtout parce que je pense qu’aujourd’hui je me suis retrouvée – ça aide.
      C’est la densité de l’ouvrage qui m’apparait telle une montagne. Mais peut-être qu’avec le temps je verrais ça comme un roman et plus comme mon histoire.
      Je crois que c’est de savoir que ça peut en aider d’autres qui me motive. Pas toujours. Mais quand je te lis par exemple, je me dis qu’il faut en parler, encore et encore, qu’il faut partager. Pour que de moins en moins de femmes se retrouvent prisonnières de ces relations toxiques.
      Merci d’avoir laissé ces quelques mots ici, qui m’aident à y voir plus clair.

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      1. Ca me fait le même effet. Plus je pose des mots, plus je me sens bien. Tout devient limpide et petit à petit cette histoire n’est plus la mienne. Je la désolidarise de celle que je suis.

        Oui, il faut en parler et je suis persuadée que tes mots aideront. Et c’est ce qui motive, c’est bien normal. Ca déculpabilise aussi.

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  3. Ahh tant que tu y penses, tu dois aller au bout du chemin; ensuite le publier ou pas c’est a toi de voir, choisir.
    Chaque histoire d’amour est différente, chaque histoire a son lot de douleurs, joies ressenties.
    Tu dois t’en délivrer, sinon ton inconscient te rappellera toujours a ce livre non fini.
    Je t’embrasse Marie

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  4. J’avais ressenti le besoin de raconter mes souffrances et je l’ai fait aussi pour que mon fils sache . D’autres l’ont lu mais le plus important est que mon fils soit au courant, j’ai alors pu tourner vraiment la page. Pose-toi la question Marie et suis ce que te dicte ton coeur 🙂 Bon week end Gros bisous

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    1. Je te comprends Paulette. Oui je crois que c’est important que nos enfants sachent. Quelques autres ici mais les enfants avant tout. C’est une partie d’eux…
      Merci pour tes conseils et douce semaine à toi. Grosses bises

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  5. Qui le lira ? un jour peut-être l’escargot… j’avais commebcé un “livre” de ma grossesse comme un témoignage pour le donner un jour à la poulette… et puis le livre a pris une “drôle” de tournure… j’y ai couché beaucoup d’émotions… Et un jour, j’ai décidé qu’elles n’appartenaient qu’à moi. Je l’ai relu et je l’ai brûlé, sans regret. Ma mémoire, imparfaite, pourra raconter tout cela si, un jour, cela s’avère nécessaire… C’est un choix très personnel et je comprends ta difficulté. As-tu le coeur à te replonger là-dedans : est-ce une douleur qui ravivera le passé ou un moyen de tirer un trait définitif sur cette époque ?
    Gros bisous Marie ❤

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    1. C’est drôle Cécile, j’en ai commencé un aussi. Et j’écris une fois par mois, pour moi et pour l’escargot, pour se souvenir (on oublie vite).
      Tu l’as brûlé, je ne suis pas certaine que j’arriverais à faire ça. Je tiens trop à mes notes. Pourtant quand j’ai rencontré A. je tenais un journal intime que j’ai fini par jeter un jour – trop noir.
      J’ai l’impression que la douleur est partie. Et que l’écrire c’est aussi un moyen d’aider d’autres femmes dans la tourmente. Peut-être qu’au lieu de me demander qui le lira, je devrais garder à l’esprit pour qui je l’écris…
      Mille merci pour le partage de ton expérience. Douces pensées. ❤❤

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  6. J’ai eu envie un temps de le faire pas de raconter mon histoire mais de raconter le parcours du combattant avec les avocats et ce douloureux combat quand le divorce se passe mal j’étais absorbée par la lutte qui me demandait tant d’énergie qu’au final je n’ai rien fait écrit rarement j’ai continué à encaisser les coups que je continuais à recevoir par enfants interposés les remarques insidieuses la mechancete l’aigreur jusqu’ici y a 2 semaines la dernière lettre sur un bout de papier à carreau la dernière estocade … J’ai répondu par mail froidement j’ai reçu deux lignes ignobles MR à comptabilise qu’il avait versé plus de 100000euros et que je pourrais lui en savoir gré que je vivais grassement depuis 10 ans en retraite pendant que lui était obligé de continuer a travailler j’ai porté l’estocade finale je me suis lâchée en quelques lignes et je garde précieusement ces mails comme le dossier de divorce ma vie de presque 1/4 de siècle résumé en 30cm d’épaisseur quelque part dans un carton. .. Le mail je le garde pour mes enfants je ne suis pas sûre de ne pas le leur envoyer avec ma réponse en tout cas je me sens libérée de ce manipulateur la et depuis même si cela fait mal je fais mon deuil de ces enfants qui ne me font pas de cadeaux mais je sais aussi que davoir vu leur mère maltraitée manipulée ne leur a pas donné un bel exemple. .. ton choix sera le bon Marie et si continuer à écrire te libere encore un peux vas jusqu’au bout c’est toi qui est maître de ta vie et de celle du petit escargot désormais je vous embrasse

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    1. C’est fou Catherine ce besoin que certains ont de te pourrir la vie sans arrêt. Tu as eu raison de répondre. J’espère que tes enfants arriveront un jour à comprendre tes choix et tes sacrifices. Tu as eu le courage d’une autre vie, ce n’est pas donné à tout le monde, surtout avec 3 enfants.
      Je crois que j’ai envie de l’écrire pour me vider de tout ça. Peut-être qu’un jour mon fils le lira. Ca lui permettra de mieux me / nous comprendre. Et peut-être que cela sera bénéfique à d’autres aussi. C’est tout ce que je souhaite. Personne ne devrait avoir à lire ça.
      Je t’embrasse bien fort.

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      1. Tu as raison Marie laisser à un petit homme dans le futur de le lire ou pas et s’il le lire de mieux te comprendre sil en a vesoin un jour c’est ce que je regrette le plus mes enfants ont été tiraillés manipulés par l’autre et sa famille pour sa version de l’histoire quand j’ai voulu les protéger de ce qui reste assez sordide… alors vas y Marie pour toutes celles qui subissent dire qu’il y a une issue au bout du tunnel … plein de bises à vous deux

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  7. Encore une fois, j’ai été bousculé par tes mots ! J’étais seul et je me suis laissé envahir par les émotions.
    Face a un tel choix, tu es la seule a savoir.
    J’ai essayé de retirer le rapport que tu as avec ce manuscrit et ses pages.
    Je vais tenter de faire le miroir de ton texte ( déformé par mon interprétation peut-être un peu ! 🙂 ) : Ce manuscrit te fait des clins d’oeil, il se cache. Quand tu le sors, tu le trouve triste. Avec du cran tu peux le finir, et cela te permettrait peut-être d’avancer…

    Je te souhaite une bonne soirée.
    Bisous.

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  8. Ecrire, c’est vider son sac, délester son coeur… Alors si ce “roman” de votre histoire aura servi à ça c’est l’essentiel. Ne t’oblige à rien, peut-être que son destin c’est de se consumer tout seul, de s’évaporer dans le passé. Convoquer les souvenirs pour mieux s’en détacher pas pour s’y noyer.
    Bises ❤

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  9. C’est triste ce que tu écris mais moi ça me touche de connaître un petit bout de ton histoire… d’autres peuvent en être indifférent…il y a de tout dans ce monde. Ton écriture est belle…j’aime beaucoup…elle est aussi très poignante…on y ressent toutes tes blessures….gros bisous à toi 😚😚

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    1. Merci beaucoup Cécile. Cela me touche. L’idée de départ était vraiment de guérir. Puis j’ai eu envie de me raconter pour aider d’autres femmes à la dérive. Comme un message d’espoir.
      Je t’embrasse et bienvenue.

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  10. ma petite Marie, je ne peux qu’imaginer tes doutes sur ce livre… Mais mon avis c’est que tu dois le terminer. C’est douloureux, mais je pense que c’est une étape importante, pour être vraiment définitivement libérée de ton histoire. Peut-être que j’ai tout faux, c’est juste mon avis!
    bisous et bonne soirée à vous deux 🙂

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  11. C’est un dur et long voyage que tu as entrepris, avec ce manuscrit. Si tu ne vois plus le but de continuer à l’écrire, alors c’est peut-être que le voyage est terminé pour toi, et que tu n’as plus besoin d’écrire sur le sujet. Je comprends ce que tu dis quand tu te demandes si ça ne te retient pas dans le passé, à force d’en parler. C’est normal que ça te fasse du mal, de l’écrire, mais si c’est trop douloureux, alors rien ne te force à t’infliger cela. Cela étant, si l’idée de le finir persiste dans un coin de ta tête, alors peut-être que c’est que tout n’est pas fini, quelque part dans ton subconscient…

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  12. Une rupture affective, pour qu’elle soit vécue sur un mode évolutif, nécessite d’être capable de pouvoir tourner une page complètement Tout dépend de l’histoire de chacun,avec cette nécessité d’accepter de « mourir » à un certain état pour naître à nouveau… Facile à dire mais pas toujours évident. Tout dépend de l’histoire de chacun et la tienne n’est pas évidente.

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    1. J’ai l’impression d’avoir tourné cette page Sabine – si j’écris ce roman c’est avant tout pour témoigner et en aider d’autres. Après peut ton totalement tourner une page quand on a un enfant?

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  13. Le mien ne se finira jamais s’il reste dans la poussière de mon pc non plus, mais je me reconnais dans tes doutes. Mais au-delà, j’ai peur de ne pas avoir les mots assez forts ou ne pas savoir tourner des phrases et qu’on ne comprenne pas ce que j’ai ressenti. Doute que tu n’as pas à avoir, parce que tu possèdes l’art de formuler n’importe quelle émotion et c’est une richesse. Prends ton temps, ce n’est pas facile de replonger dans ce vécu là, mais je pense qu’il sera la libération finale. Bisous ma Marie

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    1. Pas facile de mettre le nez dans ce qui est déjà écrit, dans ce qu’il reste à écrire Delphine. On voudrait que ça se termine tout seule.
      Merci pour tes encouragements. Je m’y remets par vague. J’espère réussir à tout relire d’ici la fin du mois avant de commencer le gros travail de correction! Je t’embrasse ma belle.

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Un petit mot doux pour la route...

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