Se sevrer de la souffrance

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Il nous est à tous arrivé de voir un film ou un documentaire sur les cures de désintoxication, sur le sevrage des toxicos. Chaque fois, c’est cette même envie d’arrêter la descente aux enfers, d’arrêter la mort qui guette au tournant. Trop d’alcool. Trop de drogue. C’est cette même certitude que ce verre, cette dose est la dernière. C’est ce même manque qui retourne l’estomac, qui se glisse dans le corps et fait souffrir. C’est la même rechute, cet instant ou seule la mort pourrait soulager vraiment.

Je n’ai jamais fumé. Je ne me suis jamais drogué.

Mais j’ai connu la même souffrance, celle que les mots décrivent mal, celle qui prend aux tripes et que rien ni personne ne peut apaiser. Il faut laisser la crise passer ou replonger.

Quand je suis partie, que j’ai quitté mon mari, enceinte de 7 mois, c’est cela que j’ai ressenti. J’aurai du être fière de moi d’avoir pu partir, d’avoir échappé à une mort psychologique programmée, d’avoir sauvé notre enfant.

Mais c’est le manque de souffrance qui m’a poursuivit pendant des semaines. J’avais besoin de cette souffrance pour exister. J’avais besoin de son mépris pour me sentir vivante. Je me détestais autant qu’il me manquait. J’avais les entrailles retournées. Je voulais m’en sortir, mais je replongeais à chaque coup de fil, à chaque mail reçu. Chaque fois que j’allumais mon ordinateur, j’espérais un miracle, j’espérais voir les mots que j’attendais. Je ne lisais aucune excuse, que des reproches et je tombais plus bas encore, je me faisais la promesse de ne plus lire ses messages, de ne plus penser a lui. Je rêvais de ma mort. Je regardais longtemps l’eau du fleuve qui passait devant chez moi, avec l’envie de m’y jeter à corps perdu, de nous noyer tous les deux pour enfin être libérée.

J’ai bien cru qu’on allait m’enfermer. Ca m’était égal. Je voyais presque cela comme une libération. J’étais folle de m’imposer plus de souffrance que je n’en avais déjà à porter. Et j’étais un monstre de faire vivre cela à l’enfant que je portais.

Au final, je m’en suis sortie parce que je n’étais pas seule, parce que mon enfant a fini par me réveiller de mon terrible cauchemar, parce qu’il s’est accroche à la vie alors que je décrochais.

Aujourd’hui je comprends ceux et celles qui rechutent, je comprends leur désespoir et la démesure de leurs cris et de leurs larmes.

Aujourd’hui je ne juge plus celles qui reviennent chez leurs bourreaux, ceux qui en finissent avec leur calvaire, celles qui abandonnent leur enfant. J’ai bien cru le faire.

Mais je veux leur dire que c’est possible, qu’on peut se relever, qu’on peut s’en sortir, qu’on peut se lever le matin sans ressentir l’envie d’en finir.  Je veux leur dire que leur combat d’aujourd’hui sera leur force de demain. L’homme est fait pour le bonheur.

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27 thoughts on “Se sevrer de la souffrance

  1. PureNrgy says:

    Authentique!
    J’aime ton choix de titre parce que c’est tout à fait cela! Se sevrer de la souffrance!
    Un jour quelqu’un m’a dit: tu te complais dans ton malheur. Ce fut le début du vrai déclic.
    Et je comprends très bien ce besoin parfois de + de souffrance. Un jour je devrai en parler sur le blog tiens ; ) Parfois la douleur est la seule chose que l’on arrive à supporter.

    Je suis heureuse que cela soit du passé. Mais c’est ce qui m’a aussi sauvée et permis de retrouver ma vraie force intérieure, et de VIVRE enfin : ) En soi, ce fut un cadeau.

    Bisous ♥

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  2. Bloody Anna says:

    Un très beau billet, tu confirmes encore que tu es quelqu’un de bien, quelqu’un qui est tolérant, qui peut comprendre beaucoup de choses même si elles semblent complètement folles. C’est rare d’être ainsi, je suis fière de te “connaître” même si ce n’est qu’un petit peu. Je me retrouve totalement dans ce que tu as écrit, c’est assez dingue. Bon, il faut que je remette mes idées en place car là mon commentaire est très brouillon. Ce qui est certain c’est que c’est un super article 🙂 Passe une très bonne journée.

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    • missk123 says:

      C’est vraiment tres gentil de ta part. Je suis touchee Anna.
      Je suis heureuse moi aussi de te connaitre et espere que nous pourrons prochainement debattre autour d’un cafe!
      Grosses bises et prends bien soin de toi.

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  3. bellavole says:

    Pas facile de comprendre la dépendance… Et lorsqu’on accompagne un proche qui lutte pour s’en défaire, le sentiment d’impuissance et d’absurdité est parfois très difficile a vivre… Merci pour ce joli billet plein de compréhension et d’espoir

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    • missk123 says:

      Pas facile tu as raison. Et je pense que le role de l’accompagnant est tres difficile a tenir. J’ai vu mes parents demunis face a ma douleur.
      Merci.

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    • missk123 says:

      Merci Gwenolwenn pour tes mots et pour ton passage ici. Pour s’en sortir il ne faut pas avoir peur de briser nos chaines. Bonne continuation et au plaisir de te lire.

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  4. Beawritter says:

    J’aime beaucoup, c’est si bien écris, si bien raconté. Croire en la vie, croire en l’espoir d’un nouveau jour, c’est exactement cette philosophie là qu’il faut adopter dans les moments difficiles, ne jamais baisser les bras, j’approuve! Je te suis admirative! Bonne continuation à toi en tout cas Mademoiselle K, tes mots sont très touchants, et bien que je sois encore jeune, je me plaîs vraiment à lire chacuns de tes billets, toujours vrais, pleins de sincérités et de finesse.
    Bisous, bon week-end! ❤ ❤

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    • missk123 says:

      Merci beaucoup ma belle, c’est tres gentil de ta part. Tes messages me confortent dans mon envie d’ecrire et de partager aussi un peu de ma vie, pour peut-etre aider d’autres personnes qui souffrent.
      Grosses bises et belle semaine.

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  5. Helene-Hug says:

    Bonjour, beau partage émouvant. Je découvre tes écrits via le blog d’Éloïse. Cela me renvoie à une période de ma vie, addict à la souffrance, je n’avais pas vu les choses sous cet aspect.
    En tout cas, bravo pour ton courage d’avoir repris ta vie en main et un grand merci pour ce partage.
    Partager ces expériences permet d’aider les autres, j’en reste persuadée.

    Amicalement,

    Hélène

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    • missk123 says:

      Merci beaucoup Helene.
      On finit par s’habituer a la souffrance je crois et s’en detacher n’est pas toujours chose aisee, puisque elle est ancree dans nos habitudes.
      Heureuse que tu t’en sois detachee. Bonne continuation.

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Un petit mot doux pour la route...

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