Pourquoi je n’arrive pas à être heureuse pour toi…

Il y a de cela quelques mois, j’écrivais ici combien l’annonce d’une naissance à venir me mettait en joie. Bonheur pour la vie qui se faufile et pour l’amour qui dit « oui ».

Pourtant parfois, à l’annonce d’une naissance, quelque chose s’empare de moi, une angoisse, une crainte. Tu es un proche, une amie, quelqu’un que j’aime ou que j’estime. Je ne souhaite que ton bonheur, le vôtre aussi. Mais à l’annonce de cette nouvelle, des souvenirs refont surface, des choses dites puis tues, des images se battent devant mes yeux et mon cœur se serre à l’idée qu’un enfant va venir, au milieu du chaos de vos vies.

Ce n’est pas de la jalousie. Ni un jugement, je ne me permettrais pas. Et pourtant, je reçois cette nouvelle comme un coup de poignard. Il n’y a pas si longtemps, il te trompait. Il n’y a pas si longtemps, tu pleurais dans ta chambre, les jambes repliées sur ton ventre contracté, des ecchymoses sur le visage – il t’avait frappée. Il n’y a pas si longtemps, il est parti. Puis il est revenu. Il parait qu’il avait changé… Il n’y a pas si longtemps tu m’avais juré – jamais plus d’enfant – j’ai déjà donné. Qu’est-ce qui a changé depuis ?  

Ton corps est blessé, tu te traînes entre l’hôpital et ton lit. Et soudain, une nouvelle vie qui tape au carreau de tes nuits d’insomnie.

Qu’est-ce qu’il faut dire dans ces cas-là ?

Là maintenant. Rien. J’ai mal, terriblement mal pour toi. Et pour l’enfant qui va naître. Pour ceux qui grandissent, qui quittent la maison. Pour ceux qui restent, pour ceux qui assistent chaque jour à tes efforts magistraux pour trouver le courage de sortir la tête de l’eau.

Il n’y a pas si longtemps il t’a dit, si tu capitules, je prends les enfants. Il n’a pas ta culture. Peut-être même pas ta religion. Tu me dis que ce n’est pas grave – l’amour dépasse toutes ces limites dont je te parle. Je crois en toi. Mais j’ai peur pour toi. Parce qu’un enfant c’est pour la vie, c’est lui donner le meilleur, l’accompagner pendant des années. Et c’est parfois épuisant, éreintant, douloureux. Et c’est parfois fabuleux, merveilleux. Parfois tu restes deux et parfois tu te retrouves seule. Tu connais, tu es passée par là. Tu ne te souviens pas ? Et lui, qu’est-ce qu’il a fait pour toi ? A part t’emprisonner loin de chez toi ?

Je sais bien que chacun, sa vie, chacun, son destin. Pourtant je donnerais cher pour que tu ne retombes pas, pour que tu ne te fasses pas mal encore une fois, pour que ta vie ressemble davantage à une route agréable et calme, sans toutes ces chutes vertigineuses qui te plaquent à terre.

Hier soir à la télévision, en voyant le ruban rouge « alerte enlèvement » défiler, j’ai pensé à toutes ces femmes qui gardent au fond d’elles (sans oser l’avouer) cette peur si naturelle de voir celui qu’elles aiment se faire enlever. On se jure qu’il ne passera jamais à l’action. Et pourtant depuis la nuit des temps, vole dans l’air saturé cet évènement passager, incertain, qui dépose sur nos vies des centaines de points d’interrogation…

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J’aimerais sauter de joie, t’assurer que tout ira bien, te féliciter, le féliciter (non ça c’est au-dessus de mes forces). J’aimerais te dire que je l’attends autant que toi ce petit être innocent qui rejoindra bientôt votre famille. Mais au fond de moi je le sens je suis triste. Il va me falloir un peu de temps, pour digérer, pour te répondre. En toute amitié…

Comment faites-vous face à ce genre d’annonce ? Arrivez-vous à être heureux pour l’arrivée d’un bébé, quand les dés de la famille sont pipés ?

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33 thoughts on “Pourquoi je n’arrive pas à être heureuse pour toi…

  1. Un couple de euh… je ne dirais pas d’amis mais de connaissances disons, va avoir un enfant… lui est un glandeur imbus de lui-même et macho et elle une abrutie finie, de ces espèces de pimbêches jalouses pas très futée (je sais, on dirait un cliché !) alors quand j’y pense je plains cet enfant, parce qu’avec les parents qu’il va se taper (apparemment elle lui a fait un bébé dans le dos et lui n’est pas vraiment chaud et pas vraiment prêt pour couronner le tout) il va partir dans la vie avec un sacré temps de retard par rapport à d’autres…

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    1. A une époque où avoir un enfant est un choix (plus qu’avant et plus que dans d’autres pays) je trouve ce scénario “grotesque”. Un enfant ce n’est pas un jeu.
      Belle journée Melgane.

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  2. Wahou, sacré texte.
    Quelle difficulté d’être heureux pour eux, dans une telle situation. Tu décris tout ça très bien. Décidément, te lire, c’est entrer au plus profond des sentiments, des sensations, de la philosophie de chacun .. J’aime beaucoup.
    Pour ma part, j’ai du mal à me réjouir de la venue d’un enfant. Parce que je n’en veux pas alors je ne peux pas comprendre et ça me rend triste .. Tous mes amis qui deviennent parents, je les perds un peu.
    Evidemment, je suis contente pour eux, très heureuse qu’ils accomplissent leurs buts mais .. Ca résonne étrangement en moi.
    Merci Marie.

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    1. je me retrouve tout à fait dans ce que tu dis 😉 je suis heureuse pour mes amis, surtout pour ceux qui portaient depuis longtemps le rêve d’être parents. Mais égoïstement, je suis un peu jalouse de ne plus les avoir “pour moi”, la vie de famille passe avant tout (et heureusement bien sûr), et moi j’ai de moins en moins d’amis disponibles au quotidien 😀
      Du coup, maintenant, la plupart des copains que je vois pendant la semaine sont soit beaucoup plus jeunes donc célibataires sans enfants, soit plus vieux (les enfants sont partis de la maison).

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    2. J’imagine Rozie…
      Merci pour tes mots qui me touchent. C’est étrange mais je crois qu’elle est heureuse, elle a accepté sa vie.
      Peut-être que je vois ça avec mes yeux, mon expérience, mes choix de vie aussi. Et sa situation m’oppresse. Même si depuis 2 ans, il est “correct” avec elle…

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  3. “Mettons en commun ce que nous avons de meilleur et enrichissons-nous de nos mutuelles différences.”

    L’homme et la femme

    Paul Valéry

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    1. Parfois la vie fait que nous prenons des chemins pas évidents et nos enfants en pâtissent (un temps). Mais parfois les dés sont vraiment pipés et on le sait (quoique je pense que dans ce cas précis, mon amie aime la vie qu’elle mène, à moins qu’elle ne se dise que les tourments appartiennent à cette vie, une façon de gagner sa place au paradis.)
      Merci Carrie.

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  4. Ce n’est pas simple comme situation en effet… en même temps, on ne peut pas empêcher les gens de vivre leur vie. Je n’ai pas la science infuse, si on me demande mon avis je le donne, il ne plait pas toujours… C’est dur d’être spectateur d’une catastrophe annoncée sans pouvoir agir, mais on n’y peut rien (et je sais de quoi je parle, depuis 20 ans que je vois la non gestion de la maladie de mes frères).
    Je ne suis pourtant pas une optimiste, mais finalement, on ne sait pas ce que nous promet le lendemain, et parfois d’une situation qui paraît désespérée, peut arriver quelque chose de bien.
    Une fois, une collègue m’a dit “une naissance, c’est toujours une bonne nouvelle”, je reste un peu sceptique, même si je penche pour le fait qu’elle avait raison.
    Bisous et bonne soirée 🙂

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    1. Tu as raison, c’est dur mais on n’y peut rien. Et toute la peine (ou la colère qu’on a) n’y changera rien d’ailleurs ma belle.
      C’est vrai qu’on ne sait jamais de quoi demain sera fait et parfois des situations douloureuses se transforment. Même si j’ai des doutes que l’arrivée d’un enfant resserre les liens des couples qui battent de l’aile.
      Bises et belle journée. Profite!

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    1. Merc Miss Texas – J’espère aussi que tout ira bien.
      Ca me replonge 6 ans en arrière quand elle attendait son petit garçon, seule, isolée, le père était parti, le même qui est revenu. Elle a accouchée seule, chez elle, dans un sous-sol miteux. Ca laisse des traces…

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    1. Pas facile Catherine.
      Parfois les dés sont pipés mais on on a des fondations solides et parfois la base est si souple que tout manque de s’écrouler au moindre faux pas…
      Je t’embrasse.

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  5. Je trouve que c’est courageux d’aborder ce sujet dans une société hypra conventionnelle. Je suis souvent inquiète pour les enfants à naître. Ce n’est pas une question de jugement. Je pense que beaucoup devraient s’abstenir. L’enfant qui va naître n’a rien demandé. Alors, si c’est pour lui faire partager des galères, matérielles ou psychiques, c’est de l’égotisme pur et c’est infantile. On peut se tromper. Mais persévérer ne trouve pas grâce à mes yeux quand c’est la vie d’un enfant qui est en jeu. Bisous aux couleurs d’automne à vous 2.

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    1. Je pense comme toi Sophia – après tout avoir un enfant est un choix, non une obligation.
      On peut se tromper – c’est humain. Mais plus de deux fois, c’est peut-être inconscient ou peut-être que nous adultes, avons encore du chemin à faire pour accepter nos limites – faire nos deuils – nous concentrer sur ce que nous avons au lieu de toujours vouloir plus.
      Grosses bises à toi et mille merci de t’être arrêtée pour partager tes idées.

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  6. Tu es sur la réserve, et c’est légitime en raison de la situation que tu nous décris. Si je me réjouis généralement de l’arrivée – parce que c’est beau la Vie née de l’amour – j’ai cette petite pointe dans le cœur. Non pas de jalousie parce que je ne me sens pas prête à avoir un enfant, mais plutôt parce que j’ai peur pour l’enfant. J’ai eu trop de blessures dans ces années-là qui demandent encore à guérir et je ressens la vie d’un enfant plus fragile, vulnérable. Le monde est tellement violent parfois… J’ai sursauté également en voyant le bandeau “alerte enlèvement”, et je ne sais pas pourquoi mais j’ai pensé à ce que tu avais vécu.
    Le climat familial n’est jamais parfait, mais ton amie est dans une situation difficile. Personnellement, je ne souhaiterais pas qu’un enfant naisse au milieu de cette instabilité violente parce qu’il en souffrirait autant que ces adultes qui se déchirent… C’est une situation que tu ne connais que trop et qui te pousse alors à écrire ces mots, qui sont posés là sans jugement, avec beaucoup de douceur et d’amour. Tu t’inquiètes et c’est normal…
    J’espère que tu vas bien malgré ces images qui t’assaillent… je pense fort à toi, à l’escargot et vous embrasse tendrement. ❤

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    1. C’est exactement ça Julie, peur pour l’enfant. Parce que même si on guérit de ses blessures, certaines sont plus douloureuses à digérer que d’autres et parfois il faut une vie entière pour venir à bout de nos démons.
      Dès que je vois le bandeau “alerte enlèvement” je pense directement à la maman (c’est souvent le papa qui enlève) parce que souvent on n’a rien vu venir, souvent on a fait confiance juste une seconde, une seconde de trop.
      Bien entendu, des milliers d’enfants naissent dans des climats “hostiles” (guerre – viols – pauvreté – addictions -…) mais quand on peut éviter…
      J’ai accueilli ma tristesse, j’ai essayé de comprendre pourquoi cette nouvelle me faisait si mal. Je me suis revue 3 ans en arrière quand elle m’écrivait ce que son mari lui avait fait subir. Je venais d’avoir l’escargot et je me souviens m’être effondrée dans les bras de ma mère, en sanglots.
      J’ai accueillie ma peine et elle est passée. Dans quelques jours je lui écrirais pour la féliciter. Je ne peux rien faire d’autre et j’espère forcément le meilleur pour cet enfant.
      Je t’embrasse et merci pour tes mots toujours bien choisis et bienveillants Julie.

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  7. Je crois que je serais aussi triste que toi à l’annonce d’une naissance dans un tel climat, Marie. Il reste à espérer que ton amie ait une prise de conscience et un accès de courage avec l’arrivée de ce nouvel enfant.

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    1. C’est étrange Marie comme situation. Elle a l’air si heureuse!
      Elle a l’impression qu’elle a eu ce sursaut de courage le jour où elle a reprit contact avec cet homme, le père de son fils, qui l’avait quittée avant la naissance de celui-ci. Elle a quitté son pays, sa famille, ses amies. Elle se dit que tel est son destin et que Dieu ne nous donne jamais une charge plus lourde que celle que nous pouvons porter – est-ce que parfois on ne se trompe pas de chemin justement?
      Merci Marie et belle journée à toi.

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      1. Je pense qu’il y a une grande différence entre accepter les choses sur lesquelles on n’a pas de prise, ce que je trouve sage et méritoire, et se résigner dans une situation qui n’a pas lieu d’être, comme la maltraitance. Où est-il écrit qu’il fallait se laisser traiter comme une serpillère pour gagner le paradis. Quelle tristesse que de voir les choses de cette façon !

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      2. Je suis d’accord avec toi Marie – mais j’ai l’impression que parfois on confond les deux. J’ai cru un temps que ce destin que j’avais choisi je devais l’accepter tel quel. Rares sont les personnes qui m’ont conseillé de partir (et celles qui l’ont faits ont pris un risque – quand on perd le nord, on perd notre faculté d’analyse et on en veut à ceux qui ne comprennent pas nos choix). Les autres m’ont dit d’accepter, de voir le meilleur et d’oublier le reste… C’est assez triste quand on y regarde de plus près.

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  8. Je n’ai pas connu ce genre de situation. Mais j’ai une collègue assez proche, d’origine maghrébine, qui désespérait un jour de se marier et d’avoir des enfants. Elle s’est finalement marié avec un cousin du côté de je ne sais plus quel parent, au pays. J’ai du mal à suivre ses histoires de famille, mais j’ai toujours été surprise de ces mariages au sein finalement de la même famille, même si c’est à des degrés où c’est autorisé. Mais il y a eu des “histoires”; avant même d’être mariée, c’était déjà compliqué. En plus, même s’ils étaient du même pays, elle avait grandi en France, et vécu un certain temps en célibataire et lui, avait grandi “au pays”, donc il y avait quand même des choses qu’il avait du mal à accepter, à comprendre. Il est venu en France après le mariage, mais cela s’est fait dans le tourment des histoires qui avaient précédé le mariage. De plus, il fallait qu’il trouve du travail en France, et c’était dur pour lui de ne pas être celui qui faisait vivre son foyer. Elle s’est retrouvée rapidement enceinte, et cela a été très difficile pour elle car ces “histoires” venaient ternir ce bonheur tant attendu. Et moi, je ne savais pas trop quoi lui dire. Je ne pouvais pas lui dire qu’elle était allée trop vite, que ce n’était peut-être pas un bon choix, qu’elle aurait du préférer un occidental…Je ne pouvais qu’être là pour l’écouter et tenter de la rassurer en lui disant qu’il allait se faire à la France, qu’il allait retrouver du travail, etc….Finalement, les choses se sont arrangées, il a trouver du travail, et même si tout n’est pas rose, elle a l’air d’avoir trouvé un équilibre.
    Bonne journée Marie.

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    1. Certaines situations s’arrangent en effet Linette – heureusement. Mais pour avoir moi même vécu des heures sombres, parfois on s’emballe un peu vite c’est vrai. Surtout aujourd’hui je trouve – on s’engage vite, on fait des enfants avant de se connaître, on fait des choix comme si on n’avait pas le temps de prendre le temps.
      C’est comme quand un couple se sépare et qu’une des personnes se remet en couple seulement quelques mois après, ça me fait toujours bizarre…Il faut tellement de temps pour pardonner, oublier, accepter, faire son deuil.
      Mais chacun sa vie. Et écouter c’est beaucoup et ça aide énormément.
      Belle journée Linette.

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  9. Ma chère Marie, j’entrevois, à travers ces mots, une partie de ta douloureuse histoire…. Je comprends ton sentiment du coup… Mais il faut arriver à voir le positif des choses… Ma grand-mère disait toujours: Il vaut mieux un de plus, qu’un de moins.
    Alors, oui, il faut se réjouir des naissances à venir. Et toi, tu as réussir à renaître aussi, non?

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    1. A côté d’elle, mon histoire c’est du pipi de chat!
      Justement ma chance ça a été d’attendre mon enfant – il m’a donné le plus grand courage, celui de partir et de m’y tenir.
      Dans sa situation, j’essaye mais je n’y arrive pas. Je ne vais pas me forcer. Mais je serais là. Toujours. C’est une amie chère. Même si ses choix de vie ne me conviennent pas!
      Merci.

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Un petit mot doux pour la route...

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