Lettre à Roger (3 & Fin)

J’arrive à la fin de cette lettre, parce que si je la continue mon roman ne servira plus à rien. Tant d’heures de travail, ce serait vraiment dommage. Et puis, elles sont nombreuses à l’attendre avec impatience. Je ne peux quand même pas les planter là !

Pour conclure, je souhaitais aborder avec toi un sujet assez intime, dont nous n’avons jamais discuté ensemble d’ailleurs, la négation complète de ma féminité. Chez toi, dans ton pays, la femme est un bien que l’on s’approprie par mariage, une chose dont on dispose au gré de ses envies. Dans mon pays, les femmes sont libres et indépendantes, libres de leur corps, de la manière dont elle l’habille, libres de travailler ou pas, libres d’avoir des relations sexuelles hors mariage. Tu détestais ça. Ma liberté t’incommodait. Tu n’as eu de cesse que de me brider, me faire rentrer dans le moule. Tu m’as catalogué dans la case « fille facile » mais tu n’as pas attendu que je sois prête pour enclencher la deuxième vitesse. Tu m’as intimé l’ordre de t’épouser par crainte de ce que les autres allaient dire de toi.

Mon corps s’est couvert au fil des mois. Il a fini par disparaître derrière des vêtements trop larges, inadaptés. Ne surtout pas tenter le regard de l’homme du dehors. Ne pas t’offenser. J’ai fini par en avoir honte de ce corps, par le maltraiter, par le laisser glisser entre tes mains inexpérimentées. Dehors, il fallait que je passe inaperçue. A l’intérieur, il fallait que je me dénude davantage. Trop d’interdits, de codes pour moi.

Entre nous, il s’agit d’une histoire de peau, de désir. Et faire face à l’absence de plaisir. Jamais assez bien, jamais assez entreprenante, jamais assez discrète. Mon corps est devenu mon pire ennemi. Doucement j’apprends à l’aimer à nouveau, à ne plus en avoir peur, à ne plus en avoir honte. La première fois que j’ai porté un t-shirt dans la rue, je me suis sentie à nouveau libre, en paix. J’y suis allée pas à pas. Une jupe au-dessus du genou, une robe, un haut décolleté, un peu de rouge à lèvres.

Je m’en suis longtemps voulu d’avoir accepté sans broncher, de t’avoir laissé disposer de moi selon tes envies. Et puis après tout, à quoi cela sert de ressasser le passé. Je ne suis plus celle que j’ai été avec toi. Ma névrose s’est évaporée. Elle avait sûrement trouvé en toi une alliée. En fin de compte nous ne nous sommes pas aimés. Nous nous sommes détruits pour avoir une chance d’exister. Puis nous nous sommes séparés…

Et la vie a repris ses droits.

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22 thoughts on “Lettre à Roger (3 & Fin)

  1. Négation de ta féminité seulement ou de toute ta personnalité ? Autant je me couvre moi-même, autant je trouve inadmissible qu’on impose à une personne sa façon de s’habiller, de se comporter, de vivre… Aimer, ce n’est pas limiter la liberté de l’autre ni exercer une emprise sur lui/elle. C’est au contraire le soutenir dans ses choix et l’aider à se réaliser. Tu finiras par trouver cette perle rare, je l’espère 🙂

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    • De toute ma personnalité Marie, mais en ce moment je travaille surtout sur ma part de féminité…
      C’est le non-respect de l’autre que je n’accepte pas, cette façon que certains ont d’imposer leur vision des choses, de ce qu’il faut faire ou ne pas faire. Je crois surtout qu’à l’avenir je serais poser les limites qui vont à l’encontre de ma vision de telle ou telle expérience. Je me respecte davantage aujourd’hui et je fais d’ailleurs des rencontres plus vraies et plus posées. Mille merci.

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  2. Lettre intéressante, je ne pensais pas que ça allait jusqu’à ce point là, que tu en étais venue à ne plus aimer ton corps à cause de lui… Ca doit te faire tellement de bien de te redécouvrir depuis que tu n’es plus avec lui!
    Et oui gardes en un peu pour ton roman, il est attendu en effet ^^

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    • Ca a été assez loin. Il y avait toujours un problème avec ce que j’étais, ce que je faisais, ce que je pensais, la manière dont je faisais telle ou telle chose.
      J’avais l’impression d’être un fantôme, une ombre sans substance. Autant te dire que reprendre contact avec la réalité a été délicat mais o combien salutaire et libérateur.
      Merci pour tes encouragement, c’est un gros chantier. J’espère en voir le bout l’année prochaine.

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  3. Arff on m’a fait le coup aussi; tu veux aguicher quelqu’un? vas te changer , on ne sortira pas avec toi habiller ainsi. Et pourtant il n’y avait rien de vulgaire. C’etait “juste” que les vêtements choisis étaient parfaits pour sa mere, soit me mettre 20ans de plus sur le dos….
    Je te comprends Marie. Respire maintenant 🙂
    Bizzzz

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    • Ca m’horripile les personnes qui considèrent qu’ils peuvent décider à ta place – Il faut savoir dire Stop Carrie, se respecter.
      Je t’embrasse et bonne journée.

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      • Je suis partie. Il voulait des gosses, plein (alors que je terminais de rédiger ma these…), voulait que le repas soit prêt lorsqu’il rentrait du boulot, car lui il bossait, la femme selon lui, devait s’occuper des gosses, etc. Donc ca, plus le fait de me dicter ma manière de m’habiller, de penser etc. J’ai dit Stop et… plus jamais revue!
        Il m’a fallu du temps pour me dire que ce n’était pas normal. Mais loin de la famille, loin de ses ami(e)s ce n’est pas evident du tout.
        Des bizzz Marie

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      • Je vois le genre Carrie. Le genre à t’imposer ses choix. Tu as raison, loin des siens, ce n’est pas facile de mettre un point final. Mais tu as réussi, tu t’en es sortie. Bravo à toi aussi ma belle. Le prochain sera un type bien, un qui te respectera et t’aimera pour celle que tu es. Je t’embrasse fort.

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      • Avec le recul je m’aperçois que je les ai mal choisis. Celui qui reste dans mon coeur a un pb avec l’alcool….
        Depuis je me suis renfermée a l’amour et le reste des problèmes que j’ai en ce moment, ne me laissent pas de temps pour y penser.
        Mais qui sait, mon “Prince Charmant” m’attend au coin de la rue?! 😉
        Des bizzz Marie

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  4. Tu écris un livre ? Pourra-t-on y avoir accès ? Je suis intéressée !
    Il s’est servi de sa culture et peut-être de sa religion (?) pour t’imposer des codes que tu ne comprenais pas. Mon Roger à moi se servait d’autre chose pour m’en imposer. J’ai même changé de couleur et de coupe de cheveux pour mieux lui correspondre …
    Quand on en sort, qu’on l’écrit et qu’on se relit, on se demande comment on a fait pour accepter de telles choses. Et puis on se rend compte qu’on n’est pas seule à être passée par là, que la faute ne vient pas de nous.
    Ca me fait du bien de te lire. Je te vois, toi, une femme sensée et intelligente, et tu as vécu ça aussi .. Ca m’aide. Je me dis que moi, alors, je ne dois pas être aussi idiote que ça.
    Merci Marie.

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    • Rozie, oui et j’espère pouvoir le publier courant 2017. Il sera en vente libre.
      Malheureusement et comme je le dis souvent personne n’est à l’abri. L’emprise est un mal qui touche beaucoup de personnes et la violence à l’intérieur du couple n’épargne aucune classe sociale.
      Ce n’est pas une question d’intelligence Rozie (et non tu n’es ni idiote ni fragile), c’est une relation qui s’inscrit dans un déséquilibre latent – une personne manipule l’autre, saisit une faille et s’y engouffre à petits pas jusqu’à nous faire perdre toute raison et tout amour propre. Je vois plein de femmes “sensées” autour de moi se retrouver prises au piège. Je crois qu’il faut insister en amont sur l’importance de soi, l’amour de soi et le respect de soi et arrêter de dire que ce n’est pas important. Au contraire, c’est l’essentiel. Parce que c’est un manque de confiance et de respect qui nous pousse à tout accepter sans broncher.
      Sois fière de toi et du chemin que tu as parcouru. Tu t’en es sortie, ça demande beaucoup de courage et de foi en la vie. Beaucoup trop de femmes n’y arrivent pas…

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  5. J’ai l’impression que nous les femmes, avons un rapport au corps plus difficile que les hommes. Dans toutes les sociétés, le corps de la femme c’est sujet à débat. On a bien vu le débat sur le burkini cet été… Mais merde, qu’on laisse les femmes tranquilles, s’approprier leur corps, le couvrir ou pas. J’avais bien remarqué que tu ne t’habillais plus pareil 😦 ce qui est malheureux c’est que ce n’était pas ton choix. Trop d’hommes (c’est parfois une question de culture, de religion, mais pour moi c’est surtout une question de machisme hérité de longue date) imposent leurs choix, et nous les femmes, conditionnées (pareil, des siècles de “tu passes de l’autorité de ton père à celle de ton mari…) pour essayer de plaire, toujours à faire les compromis. Toi, tu as réussi à briser ce cercle vicieux, tu as su dire stop, et tu as appris à redevenir toi-même. Tu peux être fière du chemin parcouru. On attend ton roman 😉

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Un petit mot doux pour la route...

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