Je résiste à ma façon

Plume et Poésie

Un long weekend me tendait les bras. Une pause bienvenue pour profiter de mon petit homme, retrouver mes cousines et le sable des plages de mon enfance, pour faire une pause, le cœur apaisé et l’esprit en paix. Un weekend aux allures de tragédie pour des familles entières, meurtries, terrassées par un mal sans nom, une folie sans frontière. Une énième date, comme un chapelet de drames, que l’on égrène au fil des ans, qui vient nous rappeler combien la vie est précieuse. Et on se dit au creux de l’oreille, dans un murmure, que l’on s’aime. Et que personne ne peut nous faire du mal, personne ne peut briser ce lien si particulier.

2016-07-18 18 07 39_resized

L’amour comme réponse à la haine, la violence, à la frénésie destructive des fanatiques de tous bords, qui voudraient nous imposer notre manière de vivre, de respirer. L’amour comme seule arme face à toutes les autres qui tuent sans un regard. L’amour, notre bouclier, à partager, à offrir, à envoyer, à donner, à faire vibrer. L’amour comme guide, aujourd’hui et toujours. Notre espérance et notre chance dans un monde qui bascule.

Autour, on en parle un peu. Ou pas. On évite le sujet. Trop dur. On s’interpelle à coup de « ça va ? » sans attendre de réponse. On pleure, chez soi. On encaisse. On fait face. On se résigne. On a déjà presque oublié. Pour certains, c’est presque devenu d’une terrible banalité. Pour d’autres, c’est les vacances, on se limite à une minute de silence pour la forme.

Ce weekend, j’ai réellement compris pourquoi peu de personnes répondaient présentes à la sortie de mon livre. On se protège, chacun à sa façon. On a peur de cette réalité qui nous bouscule. L’insouciance qui se fait la malle, à mesure que le nombre de morts augmente, tout cela est un scandale. On préfère occulter cette dangereuse atmosphère. Je ne condamne personne. Je constate simplement.

Il ne me reste que mes mots, la prière et l’Amour. Il me reste les mots qui me soulagent, la prière qui m’apaise, l’Amour que je regarde grandir en moi, que je laisse s’envoler, en mémoire de ceux qui partent, de ceux qui restent et de l’immense vide qui suit l’annonce.

Je résiste sans grande déclaration, ni action effective. Je ne dépose pas de fleurs, je ne sors pas les drapeaux. Je n’écoute pas les informations, je ne prends pas part aux débats.

Je résiste en silence, à ma façon.

Et vous, vous résistez comment?

Advertisements

14 thoughts on “Je résiste à ma façon

  1. J’écris. Ce matin, j’ai produit quelques paragraphes, de ce que j’avais pu imaginer et ressentir. Une histoire, où la vie n’est qu’un souffle que la mort interrompt cruellement, et pourtant dans toute cette souffrance il n’y a qu’une seule beauté : celle de l’amour humain, qui résiste malgré tout.
    Je reste discrète, je ne veux en parler que pour dire qu’il est temps que chacun se réveille et essaie de faire la différence à son échelle. Qu’on ne répande pas la mort, qu’on ne répond pas par la violence, mais qu’on garde notre coeur et notre amour intacts. Je ne suis pas comprise, je ne cherche plus à me justifier. C’est ainsi que je suis et je ne renierai pas mon humanité. Quand le soir tombe, je prie. Il ne me reste que ça, et la prière efface les larmes amères et apporte du mieux.
    Ton livre, j’attends juste un peu d’argent pour l’acheter, il est tout en haut de mes priorités. Merci pour ton texte. Je t’embrasse fort.

    Like

  2. Tu as trouvé les mots justes Marie ! Je résiste en silence, sans démonstration extérieure mais moi, l’ex-nonne devenue athée, je me surprends à prier pour que la haine ne triomphe pas ! Bisous

    Like

  3. Je résiste en essayant de transmettre mes valeurs, nos valeurs à ma fille… mais je suis en colère Marie, de plus en plus… et je sens bien que cette colère transparait parfois… j’essaye de rester juste, objective, tolérante… c’est difficile : d’une part, il y a l’humanité, de l’autre la rage… et puis aussi, la peur… même si je ne veux pas avoir peur…
    Belle soirée ❤

    Like

  4. Tu as clairement exprimé ce qui est également ma résistance. Le silence est la meilleure arme contre la haine qui ne demande qu’à s’exprimer. Se taire est une réprobation de toutes les haines, celle qui agit comme celle qui veut à tout prix réagir.
    Mon silence n’est pas restreint à une minute, mon drapeau est en berne depuis plus d’une année.

    Like

  5. Personnellement j’ai eu deux fois plus envie de commander ton livre quand j’ai lu que tu reversais l’argent de ton recueil à l’association de la maman de cette petite fille ! Il est vrai que certain événements rendent les gens ”phobique”, et leur fait craindre “la contagion”.

    Like

  6. Que dire face à une telle horreur… alors se protéger en silence ne pas se laisser faire continuer à vivre un peu comme si de rien n’était en se disant que tout peut basculer en un instant le bonheur est fragile et ne pas laisser transparaître la colère qui m’envahit à chaque fois. Je pense aussi que l’information en boucle sur nos tv fait le jeu de ces terroristes il les nourrit …C’est bien que tu ai le temps de ce long weekend pu te ressourcer sur les lieux de ton enfance avec ton petit garçon du bonheur à engranger sans modération. .. bisous

    Like

  7. J’étais en train de jardiner lorsque le Major est venu m’annoncer qu’il s’était passé quelque chose à Nice. C’est très égoïste, mais j’ai refusé d’y penser de la journée. Nous venions de rentrer de vacances et j’étais encore apaisée de tout ce qu’elles m’avaient apporté. Je me suis dit instantanément qu’accorder trop de pensées à ce nouvel évènement serait ruiner les bienfaits de ces 15 jours de repos. De toute façon, je ne souhaite plus suivre les médias sur ce genre d’informations. Ce qu’il en ressort finit toujours par m’écœurer.
    Oui, c’est vrai que je ne voulais pas me faire bousculer par cette réalité, et je n’en suis pas forcément fière. Mais moi qui suis une éponge, j’ai l’impression que si je ne me protège pas de cela mon cœur va se noircir.

    Ton livre est une belle action, je pense qu’il lui manque juste que plus de personnes avaient accès à l’information de sa parution. Je vais bientôt m’y attaquer 🙂

    Like

  8. C’est une question intéressante… Je ne sais pas vraiment comment je résiste. En étant joyeuse je pense, en riant, en faisant des blagues idiotes. En étant frivole. La frivolité comme rempart face à la monstruosité.

    Like

  9. Comme toi Marie, je me réfugie dans la prière face à cette folie meurtrière qui frappe encore et encore. Et je m’efforce d’être la meilleure possible, conformément à la religion que j’ai choisie parce qu’elle est une religion de droiture, d’équité et de justice pour les personnes sensées; sourire à des inconnus, glisser des pièces dans les mains tendues, rendre service de bon cœur, venir en aide à celui qui semble en avoir besoin, être bienveillante et indulgente envers autrui… La foi et le bon comportement pour lutter contre l’obscurantisme et la barbarie…

    Like

  10. je résiste en en parlant… mais plus comme avant… j’exprime ma peur… ma terreur… l’horreur… mais je fais en sorte qu’elle ne m’empêche plus… c’est encore difficile… hier encore, au ciné avec ma 6 ans… j’ai vérifié toutes les issues… je n’étais pas sereine… j’ai le sentiment que trop se disent “faut continuer à vivre” persuadés qu’ils ne seront pas les prochains… peut-être leur façon de résister… moi je me dis que, comme tous, je pourrai être la prochaine… mes gosses… l’homme… alors je résiste contre cette pensée… une lutte au quotidien… et j’éteins la télé… 😦
    Dans ma famille… ils n’en parlent pas… comme s’ils ne se sentaient pas concernés “t’as vu?” … et puis c’est tout… je pense qu’ils se sentent à l’abri… je pense que c’est leur façon de résister… j’espère que c’est bien ça et pas un “oui bon ben c’est fait… ça ne sert à rien d’y penser” qui pourrait sortir si facilement de leurs bouches…

    Like

  11. J’ai beaucoup pleuré ce soir là et puis le lendemain je me suis bizarrement mélangée à la foule du vieux-port, j’avais besoin de ressentir de la vie autour de moi. Je n’ai pas récupéré mes mots.
    Ton joli livre attend que je puisse me plonger dedans (non pas pour me protéger de quoique se soit, mais je suis contente de déchiffre une bd tu vois un peu le truc…), c’est plutôt ma concentration qui est en faute. “Ils ont des prénoms” 😦 ça va devenir un titre universel qu’on transformera au présent de plus en plus…

    Like

Un petit mot doux pour la route...

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s