Imbroglio amoureux

Je l’ai croisée à un carrefour. Porte Maillot ou Place de l’Etoile. Un de ses imbroglios parisiens, rond-point incertain dans lequel je me glisse sur la pointe des pieds. Chaque route se croise avant de tracer tout droit, à gauche ou à droite. Au milieu de ce brouhaha, je saisis enfin l’occasion de respirer profondément – prendre le tempo de la foule qui s’agglutine de chaque côté de mon véhicule immobilisé.

Je cherche une musique agréable pour patienter, pianote quelques notes sur le clavier tactile, machine futuriste imaginée par un ingénieur fou, et me retrouve né à né avec un vieux tube du passé. Les images surgissent à la vitesse de l’éclair sans y avoir été invitées. Les images se fichent bien de mes états d’âme, de paumé. Quelques boucles blondes, une cigarette roulée, J’adore de Dior et des baisers mouillés. Notre première escapade en pleine campagne. Au loin l’orage gronde. Nous ne pourrons pas rentrer ce soir. Sa mère va s’inquiéter. La mienne appellera la sienne et notre secret bien gardé durant l’été sera découvert. L’amour ne me porte pas dans son cœur. A la fin de la saison, elle m’a largué pour un autre Robinson.

J’ouvre les yeux. Nous n’avons guère progressé. Je dirais même que les bouchons se sont intensifiés. Je voudrais pouvoir ouvrir la fenêtre, à défaut d’avoir l’air climatisé. Mais ne me sens guère prêt à renifler l’odeur nauséabonde des gaz d’échappement et de l’air pollué. Je reste dans mon habitacle poisseux et tente de dénicher une nouvelle musique pour m’accompagner. L’attente me semblera moins longue. J’attrape le premier CD dans la boite à gants. Les images reviennent chatouiller mes souvenirs. De longs cheveux bruns, lunettes de soleil argentées, un pendentif en forme de cœur tombant sur un charmant décolleté et nos mains qui s’envolent dans l’air frais de la fin du mois de juillet. L’amour me transporte et m’abandonne. Je n’y crois plus.

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J’ouvre les yeux et regarde autour de moi. Marre de voir l’amour me faire la cour et me fuir, sans explication. Le mouvement d’une silhouette me surprend, alors que le flot de voitures stationnées, dociles créatures, assommées par une journée de travail et le soleil qui tape, se disperse lentement. Je me retrouve à la hauteur d’une vieille Peugeot, toutes vitres ouvertes. Cheveux courts auburn, cannette de Coca Cola dans une main, l’autre battant la cadence d’une musique afro-cubaine tendance et sur le siège arrière quelques restes d’un séjour à la mer. Elle me donne envie de sourire au milieu des embouteillages qui s’éternisent. Elle tourne les yeux vers moi. Je tourne les yeux vers elle. Nous sommes là tous les deux, à nous dévorer du regard, sans faire attention aux klaxons qui hurlent derrière nous.

Je l’ai croisée à un carrefour. Porte Maillot ou Place de l’Etoile. Un de ses imbroglios parisiens, vous connaissez l’histoire. Mais pas la fin.

Au milieu de ce brouhaha infernal, faisant fi des yeux noirs braqués sur moi, je suis sorti de ma voiture gris métallisé et à travers la vitre ouverte, je l’ai embrassée. Elle n’a pas dit oui. Elle n’a pas dit non. Elle a souri et m’a retourné mon baiser. Doublement sucré.

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9 thoughts on “Imbroglio amoureux

  1. Quand un joli texte fait aimer les bouchons routiers 😀 C’est beau Marie, ça sent l’imprévu des vacances 🙂 J’ai bien reçu ton livre ce midi 🙂 Merci et très bel été à toi Bisous…je file lire au soleil 🙂

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    • Merci Paulette. Oui parfois c’est agréable de voir les tracas quotidiens sous un nouvel angle…
      Bonne lecture et mille merci!

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Un petit mot doux pour la route...

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