Aux quatre coins des souvenirs

Je t’écris des lettres que le vent emmène aux quatre coins des souvenirs. Ceux de l’été qui pointe, de la route qui défile, des histoires que je me raconte, avant d’apercevoir ta silhouette se dessiner sur les murs blancs du village. Ceux qui montrent du doigt la vague caressant le sable fin de la plage de notre enfance.

J’écris les sentiments du bout de ma plume, empreinte de la tendresse de notre amour platonique et des signes que je laisse sur le chemin pour guider tes pas vers moi. Dans le silence de la nuit, je revois les traits de ton visage, la ligne de ton corps, si fin, à peine musclé, prêt à faire chavirer mon cœur d’adolescente. J’aperçois un sourire au fond de tes yeux bleus et les miens décrochent.

J’écris ce qu’il me reste de toi, de moi, de ce que nous étions, ni amis, ni ennemis. On se cherchait. On se plaisait. On s’essayait à la vie. Je planais. Et tu faisais les yeux doux à une autre. Puis côte à côté sur la photo, dans le journal du village, pour une régate que nous avions gagné. Séparément. Elle ne m’a jamais quittée, comme un plaisir à consommer avec modération. Juste ce qu’il faut pour faire revivre ce moment, le temps de mes yeux posés sur le passé.

J’écris l’après, les étés qui s’enchainent. J’écris l’envie et nos regards qui dévient de leur trajectoire. Premier essai de l’amour. Et nos rires, entre filles. J’étais un peu trop jeune pour toi.

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J’écris les rires fanés, les étés que nous ne passons plus dans cet endroit cher à notre cœur, où nos destins se sont frôlés tant de fois, où nos vies se sont croisées. L’amour s’est envolé.

J’écris devant ce qu’il reste de toi. Une pierre avec ton nom dans ce cimetière où mon grand-père est enterré. Je ne pensais pas qu’un jour je t’y retrouverais. Corps sous terre. Et que les lettres de ce qui fut jadis le plus joli prénom que la terre ait porté, danseraient devant mes yeux baignés de larmes.

J’écris l’innocence qui se fait la malle. Mon manque d’audace. J’aurais pu au moins garder le souvenir brûlant du premier baiser.

Cet été, j’irais déposer quelques fleurs, je te parlerais à travers l’épais mur de pierre qui te tient prisonnier. D’avant. De ce qu’il me reste de toi. De ce que tu m’as donné sans le savoir. Et si elle est là, encore abattue par ce chagrin qui rien ne pourrait soulager, je lui dirais que je t’ai connu, je lui parlerais de toi, encore et pour toujours, émue.

Je remercie Célie qui m’a inspiré ce texte / Crédit image

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21 Comments

  1. Marie says:

    Très bel hommage, très touchant, très sincère.

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    1. Marie Kléber says:

      Merci Marie – une page de nos vies – douce amère.

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  2. missfujii says:

    C’est vraiment un très beau texte

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    1. Marie Kléber says:

      Merci Sabine. Les mots m’ont amené, sans que je m’y attende, à cet endroit précis, carrefour de nos vies.

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  3. Petitgris says:

    J’ai suivi cette touchante évocation des souvenirs jusqu’à la claque de la réalité actuelle . Bel hommage et continuer à fleurir son souvenir est un beau geste ! Bonne fin de journée Marie Bisous

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    1. Marie Kléber says:

      Mille merci Paulette. J’ai appris son départ il y a quelques années. Mais là de voir son nom au cimetière, ça m’a pas mal remuée. Il laisse derrière lui une femme et un petit garçon qu’il ne connait pas.
      Je t’embrasse.

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      1. PureNrgy says:

        ♥ wow
        très bel hommage Marie!

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        1. Marie Kléber says:

          Mille merci Héloïse. ♥♥

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  4. Illyria says:

    Joli texte, et on voit que Miss Blemish t’a inspiré 🙂
    Je sais pas si tu écoutes Saez, mais il a sorti une vidéo aujourd’hui, elle m’a fait penser à toi, je t’invite à la regarder 🙂 http://www.culturecontreculture.fr/

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    1. Marie Kléber says:

      Je vais aller découvrir ça Illyria. Les mots de Célie m’ont donné envie de parler de lui. Mille merci!

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  5. Nature ... says:

    C’est bouleversant tellement c’est beau …. ton écriture est si belle Marie
    Douce journée à toi

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    1. Marie Kléber says:

      Je te remercie Christine, ton message me touche, d’autant que ce texte me tenait à coeur. Je t’embrasse bien fort et te souhaite une belle journée ensoleillée.

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  6. escarpinsetmarmelade says:

    Très beau texte, empli de nostalgie et d’émotions qui ressurgissent. C’est tellement beau et vivant que ce n’est plus triste, pour moi.

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    1. Marie Kléber says:

      Merci beaucoup. Une fois que le choc est passé, ce n’est plus triste. La roue tourne…
      Les mots aident parfois à rendre les choses moins douloureuses.

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  7. marino says:

    C’est un très joli texte, très émouvant.

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    1. Marie Kléber says:

      Merci beaucoup Marino et très belle journée à toi. Au plaisir.

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  8. lexieswing says:

    J’ai une amie qui a vécu ça. Elle me racontait son premier amour d’été vers 16 ans. Les étés suivants à se croiser, lors des retrouvailles dans la maison de famille, lui qui était un ami des cousins. Quand elle m’en parlait, nous étions en fac, ils s’étaient remis ensemble quelque temps, et puis séparés. Quelques années plus tard, je lui ai demandé de ses nouvelles, et il était décédé dans un accident. Je me souviens qu’elle m’a dit «j’avais toujours cru quelque part que l’on finirait ensemble» et j’ai trouvé que c’était la chose la plus triste qui soit.

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    1. Marie Kléber says:

      J’avoue que c’est assez douloureux en effet. Surtout quand on s’est fréquenté un temps, qu’on se connait si peu et si bien en même temps. Quand on parle de lui aujourd’hui, on ne le fait avec moins d’insouciance.
      Ca doit être encore plus douloureux quand on a eu une histoire sérieuse ensemble, comme ton amie, on se prend une bonne claque.

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  9. petiteyaye says:

    Que c’est bon de te lire. Je vois tout, les regards, les doigts, le vent, l’herbe, les cheveux, les rues, la mer et la pierre…

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    1. Marie Kléber says:

      Merci ma jolie! Tu as su lire au delà des lignes et je suis certaine que tu as vu, ressenti encore plus. J’espère que ton été fut bon.

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  10. Top Marie, comme toujours…

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