Quand la bienveillance envers autrui est mal perçue…

Il n’est jamais évident de faire face au chagrin ou à la peine d’autrui. Pas plus qu’il n’est simple de faire passer le message de notre total soutien face au drame vécu, sans que l’autre ne prenne notre soudaine attention pour de la pitié ou une forme de dédouanement face au vide qui se fait en elle / en lui.

Je suis de celle qui saute sur l’ordinateur, qui écrit quelques mots, qui envoie une carte postale et quelques pensées. Je n’attends pas c’est vrai, ni de savoir si l’autre a besoin de soutien, ni si il/elle souhaite que j’évoque le temps d’un message ce mal qui le/la terrasse soudain. Trop impulsive.

Je suis aussi de celle pour qui un mot, un sourire, une main tendue compte énormément. Au creux de la vague, ce sont tous les messages d’amitié reçus qui m’ont aidée à maintenir le cap, à avancer contre le courant, à espérer, à ne pas sombrer complètement. Oui, je peux le dire, chaque geste a fait la différence, même le plus insignifiant aux yeux du reste du monde. Tant de proches me confiaient leur sentiment d’impuissance face à ce mal qui me terrassait – pourtant chacun d’entre eux a œuvré à ma renaissance.

Je suis de celle qui comprend le silence, parfois moi aussi j’ai envie de couper toute communication – je l’ai fait par le passé – besoin de reprendre contact avec soi, de faire de la place en soi.

J’ai conscience que nous sommes tous différents et gérons chacun à notre manière les tempêtes de la vie : séparation – deuil – maladie – handicap – abus – chômage – dépression et la liste est encore longue. Mais que notre humanité fait qu’à chaque étape, nous avons aussi besoin des autres pour sortir la tête de l’eau. Seul, on avance. A deux, on avance déjà beaucoup mieux. A plusieurs, je ne vous en parle même pas.

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Si je prends de vos nouvelles, ce n’est pas pour apaiser ma propre peine, mais bien pour vous dire que je suis là, que je pense à vous, que la distance, on s’en fout, que vous êtes dans mes pensées, mes prières, mon cœur.

Si je vous dis “je suis là”, c’est parce que vous comptez pour moi. Je souhaite juste alléger votre fardeau. Et que vous sachiez qu’en cas de coups de blues / coup dur vous pouvez compter sur moi. Ce n’est pas pour vous faire la morale ou vous dire que demain ça ira mieux (même si je sais qu’un jour, tout ira mieux, c’est la vie).

Si je reste silencieuse (jamais longtemps), c’est que j’accepte votre souhait de ne pas m’en dire davantage, je prends de la distance en attendant que ce soit vous qui me donniez le signal du départ.

Alors si vous doutez de mes intentions, si vous pensez que tout est calculé, si vous croyez que je veux ramenez l’attention vers moi (penser aux autres c’est douteux par les temps qui courent), que ce que je fais, c’est pour la gloire, pour accrocher une énième bonne action à mon tableau de chasse, laissez-moi vous dire que c’est dommage !

Et vous, vous êtes plutôt pour demander / recevoir de l’aide, vous appréciez une main tendue quand les vagues se font plus amples? Ou bien vous recherchez le silence, la coupure avec le monde? Comment gérez-vous les messages d’amitié reçus (même maladroits) ? 

Crédit photo – Tumblr

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15 Comments

  1. Petitgris says:

    J’aime beaucoup ta spontanéité et comprends très bien ce que tu ressens. Je suis pareille, toujours à me soucier des autres. Et là est la complexité de la nature humaine : quand je souffre, je rentre dans ma coquille et presque je fuis les autres. L’Hom me compare à un chat qui s’isole quand il souffre ! 🙂 Bon week end Marie Bisous

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  2. Personnellement, je fais partie de ces personnes qui ont besoin de parler des soucis qu’elles ont, au risque de parfois peut-être trop en dire. Et j’apprécie particulièrement que toi, Marie, que je ne connais que depuis peu et qu’à travers ton blog , tu me demandes de temps en temps des nouvelles.
    Après avoir perdu mon frère, j’ai très mal pris de revoir une personne avec qui j’avais travaillé avant et d’apprendre de sa bouche, parce-que je lui en ai parlé, qu’elle était au courant du décès de mon frère par une autre personne du boulot, et qu’elle n’ai même pas cherché à me faire parvenir un petit message de soutien (alors que moi, je l’avais écouté quand elle avait des problèmes, et j’avais cherché à la joindre quand elle était en arrêt maladie, même si elle ne m’avait pas rappelée). En plus, elle était là à dire,”oui, je sais, machin me l’a dit” et c’est tout! Même pas un petit “désolée, je ne sais pas quoi te dire, je ne sais pas comment me comporter face à cette nouvelle”, non, un simple, “je suis au courant”, comme si un décès, c’était une simple nouvelle comme “j’ai changé de couleur de cheveux”….Je préfère une personne, même maladroite, plutôt qu’une personne qui fait comme si de rien n’était….

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    1. Marie says:

      Bonjour, il m’est arrivée exactement la même chose qu’à toi, j’ai perdu mon frère et une personne à qui j’ai rendu service pendant de nombreuses années n’a même pas été fichue de me toucher un mot pour mon petit frère ! Et pour le service rendu même pas MERCI ! Ce sont ces gens-là qui profitent et qui se plaignent toujours les 1ers…

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  3. una idea says:

    Coucou Marie, c’est vrai que ce n’est pas toujours facile de faire face aux peines de ceux que l’on aime et qui comptent pour nous. En ce qui te concerne je trouve que tes mots sonnent toujours très justes et que tu sais témoigner de ton intérêt sincère pour les autres. Tu as un vrai don pour cela. Et ça fait du bien de te lire (même quand tes mots sont adressés à d’autres) !

    A la question “comment gérer-vous les messages d’amitiés reçus”, quand j’ai une bonne estime de moi je les reçois pleinement et cela me fait chaud au cœur. Quand je suis dans une grande phase de doute même si cela me fait très plaisir, j’ai parfois du mal à ressentir le réconfort de ces preuves d’amitié, car j’ai du mal dans ces phases à m’aimer tout simplement.
    Je pense que plus on s’aime et on s’accepte, plus on reçoit et on perçoit (et on croit) à l’amour que les autres nous témoignent.
    Et alors on a le cœur ouvert et le pouvoir chaleureux de l’amour circule entre les êtres…

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  4. missfujii says:

    Je suis de celle qui donne, mais pour donner il faut savoir recevoir et vice et versa. Bien sur que lorsque, je donne je n’attends rien échange, sinon c’est de la toute puissance Tout est dans le dosage, comme tu le décrits si bien dans ton billet. Charité bien ordonnée commence par soi même, ne donner que ce qui déborde de la coupe à “l’autre” et c’est notre charité quant à nous-même qui remplie cette coupe.

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  5. Bernieshoot says:

    Je suis dans le silence, le regard ou la pensée sont souvent au dessus des mots

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  6. zenopia says:

    Rhooo… je suis presque choquée de lire qu’on puisse penser qu’une main tendue soit un faire-valoir !!! moi qui suis dans la même optique que toi… et moi, qui, au creux de la vague, ai pu compter sur le soutien d’amis proches mais aussi de connaissance qui l’espace d’un instant ont su trouver le mot juste, le geste qui rassure… Je ne pense pas que la bienveillance soit calculée… et si elle l’est, c’est déplorable. Gros bisous Marie ❤

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  7. Esther Ka says:

    au creux de la vague, je me ferme, je choisis le silence, mais depuis quelque temps, j’ai appris à recevoir les mains tendues, et ces présences sont une source de réconfort que je n’avais pas la chance de pouvoir connaitre avant…

    Merci Marie

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  8. MAG says:

    Tu fais partie, Marie, d’une espèce rare, celle qui donne et reconnaît quand elle a besoin des autres. Tu pratiques l’échange, sans faire valoir ce que tu donnes ni minimiser ce que tu reçois.
    Je ne suis pas aussi équilibrée. Je prête une oreille attentive, je donne une écoute sans limite, sans jugement, sans conseil, jusqu’à ce qu’apparaisse une vérité, une solution, une guérison. Cela a pu durer jusqu’à trois ans, deux ou trois heures par jour. Don ? Karma ? Chamanisme ? J’ai tout entendu de la part de “professionnels”.
    Je déteste le mot charité, trop empreint d’un bien-penser religieux ou moral.
    Quant à moi, je rentre dans ma tanière, sans internet ni téléphone, sans courrier ni communication avec l’extérieur, mais une épicerie de campagne pour deux mois. C’est ainsi que je me ressource et me retrouve, dans un silence total. Mes amis le savent, l’acceptent (?), et je prends ce respect et leurs pensées comme biens précieux.
    Rien de bon et généreux ne se commande ni se calcule. Bienveillance, art de veiller à ce que les flammes de vie s’élèvent avec calme.
    Continue ta route, bises.

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  9. sweetiejulie says:

    C’est bien triste de penser que tes petites attentions sont une façon pour toi de t’attirer tous les mérites d’une bonne action… Décidément, les gens ont du mal avec la gentillesse et la bienveillance.

    Je te trouve extra, et cet article est doux. Il exprime ce que tu sais si bien offrir aux autres. Ta spontanéité, douce et chaleureuse, est une bouffée d’air frais quand on a besoin d’aide pour remonter à la surface. En te sachant si présente, d’une façon ou d’une autre, je me sens invitée à être également pour toi, à ne pas avoir d’exprimer cette même spontanéité que j’ai dû tant de fois freiner à cause du “on ne fait pas ça !”.

    Bien sûr parfois l’aide que nous souhaitons apporter, et cette chaleur humaine que nous voulons partager, peuvent déranger, être mal perçus… peut-être parce que nous sommes tellement enfermés dans nos individualités que nous avons oublié comme il est bon de vivre ensemble, d’être là les uns pour les autres. Nos sensibilités, nos petits cœurs qui ont parfois besoin de s’épancher sur leurs blessures, ont aussi une force étonnamment puissante pour aider et aimer les autres.

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  10. dhelicat57 says:

    Je tends la main sans arrière pensée et sans attendre un retour comme ces mots ces mains tendues vers moi au creux de la vague m’ont soutenue j’espère pouvoir le faire pour d’autres et juste dire je suis la… Un geste, un mot et parfois juste le silence d’une présence peut faire du bien. Plein de bises Marie à toi et au petit escargot

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  11. ça ne fait jamais de mal d’écrire ces choses-là noir sur blanc, mais Marie, quand on te connaît un chouïa, et ne serait-ce qu’à travers un écran, on sait très bien que tu ne peux avoir de telles intentions.
    Pour les quelques personnes qui pourraient se sentir offensées par ta bienveillance, il y en a des dizaines d’autres qui apprécieront du fond du coeur cette main que tu leur tends.

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  12. Marie says:

    Je suis du genre à faire beaucoup pour les autres et bien souvent rien en retour. Je prends également mes soucis en charge moi-même car je ne suis pas entourée des bonnes personnes capables de me comprendre et de m’aider. Je suis toujours reconnaissante en retour (au cas ou)…

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  13. diabolo bleu says:

    Reste comme tu est car cette bienveillance est rare , j’essaye toujours d’être la pour les gens sans attendre un retour , sans vouloir parler ou ramener cela à moi juste pour aider , écouter . Mais j’avoue que j’aimerais bien de temps en temps pouvoir me “poser ” sur une épaule .

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  14. une main tendue qui serait un calcul? Je dois être bien naïve alors. 😦
    on a souvent tendance à agir avec autrui comme on aimerait qu’on soit avec nous. Savoir voir que l’autre n’a pas les mêmes besoins et l’accepter est une très grande qualité ! ❤

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