Femmes de tous pays…

J’entends les cris. Bien à l’abri chez moi. Je l’entends lui dire « tu ne sers à rien. Tu n’es bonne à rien ». D’où vient le bruit ? De là-bas ? De l’autre côté de la cour ? Ou bien sort il comme une bombe d’une des fenêtres ouvertes des appartements de l’immeuble où j’habite ? J’écoute dans le silence de la nuit un couple se déchirer. Je reste immobile, à deux doigts de faillir, de m’écrouler.

L’autre jour à la télévision, j’ai entendu ces mots « tu es la honte de notre famille ». Depuis la nuit des temps, le corps des femmes est un bien qu’on s’approprie, qu’on cache, qu’on dissimule, dont on dispose comme d’un objet posé sur une table. Comme si la femme en tant que telle n’existait pas, comme si elle était un être humain dépourvu de substance, un fantôme sans autre choix que d’assouvir les désirs des uns et des autres, rentrer dans le moule ou disparaître.

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J’entends ses « Non. Arrête»  à répétition. Elle pleure. Je voudrais pouvoir faire quelque chose, appeler quelqu’un, crier plus fort que celui qui l’oppresse, lui dire d’arrêter de la torturer. J’attends le silence qui suit le chaos. Je tremble, le cœur au bord du vide, sentant la douleur de l’inconnue se répandre en moi, quitter son corps pour envahir le mien, la libérer, me terrasser.

Mes mains couvrent mes yeux. Les larmes pointent au coin. Le film m’entraîne dans une réalité sordide et lumineuse. Exaltation des corps. Eclat des couleurs. Musique saccadée et entrainante. Violence. Souffrance. Renaissance. Exaltation des sens. Tant de larmes et de souffrance puis s’échapper, s’affranchir, risquer sa vie et rire pour échapper à la douleur. Portraits de femmes soumises et libres. Film de contrastes sur nos identités malmenées, torturées, insultées, humiliées, sur nos vies insensées et nos rêves d’un nouveau monde à inventer. Film coup de cœur, coup de poing.

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J’ai marché dans les rues de Paris en rentrant pour digérer la séance. Il y a encore tant de choses à faire, ici et ailleurs. Tant à découvrir, redécouvrir, tant à donner, tant à partager, tant de femmes à soutenir, à libérer, tant de traditions à bannir, tant d’idées préconçues à dénoncer.

J’ai fermé la fenêtre. Le silence est revenu. Je l’imagine s’endormir, déboussolée, perdue. Peut-être qu’elle a envie de partir, de le quitter. Peut-être qu’elle ne se rend pas compte. Il lui a sûrement promis que c’était la dernière fois. Pardon. Merci. Je ne recommencerais pas.

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Ce soir à Paris comme dans l’état du Gujarat (Inde), une femme abdique pour une nuit, pour le plaisir d’un homme, qui sous les draps, lui volera son corps, sa liberté, son humanité, ses droits.

Certains hommes se battent aussi contre ce système là.

Unissons nos voix. Ne les abandonnons pas.

Crédits Image 1 – La source des femmes /  Image 2 – La saison des femmes /  Image 3 – Mustang

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12 thoughts on “Femmes de tous pays…

  1. Un film que je n’aurai pas le courage de supporter. ma propre expérience est encore si présente, comme si c’était hier. L’omerta têtue et aveugle de la famille, du voisinage et même de la gendarmerie ont fait durer l’enfer Cela ne se passait pas en terre lointaine mais en France, dans ce pays qui est le mien et où les gens ont encore peur de s’investir contre la violence conjugale ! Bon après midi Marie Bisous

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    • Le film est dur mais plein d’espérance aussi Paulette (certaines scènes font mal). Je n’en sors pas indemne mais néanmoins consciente qu’il faut / il est temps de réagir, de faire quelque chose.
      Je ne comprends pas le silence autour d’une telle tragédie. Pourtant souvent on se tait. On se dit que ça ne nous concerne pas.
      Parfois j’aimerais faire plus.
      Merci à toi et Bravo pour avoir mis fin à ton calvaire. Tu es un modèle à suivre Paulette. Bises

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  2. J’ai été celle qui pleurait, qui disait non. Qui ne partait pas, qui ne réalisait pas, qui tentait de croire que c’était comme ça, pareil, partout, tout le monde. J’ai été celle qui pleurait des heures après, et que tout l’immeuble entendait (je l’ai su), puis un autre immeuble lorsqu’on déménageait.
    J’ai été celle qui ne s’entendait pas.

    Je crois que ça commence par là. S’entendre soit.

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    • Je pense que tu as raison Dame Ambre. S’entendre, entendre en soi. Souvent on ne le peut pas ou plus. Et puis oui on finit par croire que c’est normal.
      J’espère sincèrement que tes souvenirs appartiennent désormais au passé (même si il est impossible d’oublier). Merci d’avoir lu et réagit à ce billet.

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      • (Je lis tous les autres billets aussi, j’ai simplement tendance à beaucoup de discrétion ^^)

        Oui ils sont au passé, je me suis reconstruite (enfin, je continue de me reconstruire, c’est compliqué, 6 années de viol conjugal à gérer bien que cela remonte à 11 années maintenant).
        J’ai pris conscience de l’importance de s’entendre soi récemment, quand j’ai repensé à ce jeune homme, le seul, complètement inconnu, venu me demander si j’avais besoin d’aide. Et je n’avais pas su quoi lui répondre, je n’avais pas conscience de la moindre réponse à faire puisque même si je pleurais je ne voyais “rien”. J’étais dans le noir complet : ce qui n’allait pas, je n’en savais rien.
        Je crois que cela s’apparentait à de la sidération… Alors oui, s’entendre soi 🙂 Entendre en soi toute cette résonance. C’est un long (ré)apprentissage.

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      • J’imagine qu’il faut du temps pour se réapproprier son identité, sa vie.
        C’est ce que j’ai ressenti le jour où une de mes amies m’a dit “tu as besoin d’aide”. Je n’ai pas compris. Quelle aide? Pourquoi? Et puis avec le recul je me rends compte que j’étais dans le déni.
        Heureuse de lire que c’est du passé, même si en effet les cicatrices doivent être encore visible. Le chemin est long mais la lumière est belle à la sortie du tunnel.

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  3. Depuis plusieurs année maintenant, je travaille avec l’association femmes solidaires. Il est important que chacun comprenne la nécessité de cette association, qui permet aux femmes de se retrouver et qui accompagne celles qui sont victimes de violences conjugales et familiales. Il faut savoir qu’il existe numéro de tel qui est le 3919 et ou les femmes victimes de violence peuvent appeler gratuitement et de façon anonyme.

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    • Merci Sabine pour ce partage. Je pense en effet qu’il faut en parler davantage. De nombreuses femmes ne savent pas que des lieux existent, lieux de soutien ou d’écoute. Beaucoup trop encore restent enfermées dans un cycle infernal. Plus le temps passe et plus s’en sortir est délicat.

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  4. Mon cœur se brise en lisant une telle détresse, une telle souffrance. A l’abri de cette violence, je ne peux qu’imaginer les ravages sans vraiment les vivre. Et pourtant, si un jour j’étais témoin ou victime, j’ignore quelle réaction j’adopterais. Il y a bien eu un garçon une fois qui avait montré un peu d’agressivité, mais il a très vite su que je ne supporterais aucune forme de violence et il est parti. Je me souviens avoir eu un peu peur… mais rien de comparable à ce que tu décris là.
    Je ne souhaiterais qu’ouvrir mes bras pour accueillir ces corps et ces âmes meurtris et donner un peu d’amour, même beaucoup.

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    • Merci pour ta sensibilité Julie. Je crois que l’urgence est de s’aimer pour savoir dire “non” à cette violence. La société d’aujourd’hui nous aide davantage à dire “stop”.
      En tant que témoin, je crois que notre devoir est dé dénoncer toute forme de violence. L’accepter c’est devenir bourreau soi même.

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  5. Le dernier film que j’ai regardé sur ce thème est ” Les femmes du bus 678″. J’avoue que, maintenant, je passe mon tour quand il s’agit de ces problèmes. Sans doute que je rate de belles oeuvres. Mais toute cette misère – que tu décris si bien – me semble surmontable seulement avec une réelle volonté politique. Laquelle est parfois affichée, mais sapée par le manque de moyens. Cela n’enlève rien à ton beau texte. Je vous souhaite un peu de soleil… mais on n’ose même plus en parler tant il est absent. Mille bisous à vous deux.

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    • C’était un très bon film Sophia. Celui-là est plus dur je trouve et pourtant plein de vie. La fin est pleine d’espoir, les femmes semblent prêtes à reconquérir leur liberté, à affirmer leur pouvoir.
      Je crois en effet qu’il est du devoir des politiques de s’investir davantage, de mettre en place des choses. A notre nouveau, nous pouvons juste élever nos voix contre tant d’horreur.
      Mille merci et grosses bises de nous deux.

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