Des mots, des cases et nos vies

Je ne comptais pas faire d’article aujourd’hui car en ce moment le travail manque moins, ce qui n’est pas pour me gêner. Mais j’ai voulu réagir à un commentaire reçu sur mon billet d’hier (commentaire très pertinent au demeurant), que je vous remercie d’avoir lu et commenté avec justesse et beaucoup de bienveillance. J’ai conscience d’avoir réveillé mémoires et souvenirs douloureux chez certaines. Mais d’une certaine façon je suis satisfaite d’avoir osé l’écrire, enfin.

La société aime les définitions. La violence conjugale, c’est « ça ». La maltraitance infantile, c’est « ça ». Le viol, c’est « ça ». Le harcèlement scolaire, c’est « ça », le deuil, c’est « ça ». Et j’en passe…

La question se pose quand on regarde nos parcours de vie, nos chemins de traverse, nos combats, nos angoisses, nos vies perturbées, parfois bousillées, écartelées. Que se passe-t-il quand les évènements de notre quotidien ne rentrent pas dans les cases, dans les définitions bien huilées du monde contemporain ?

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  • Est-ce qu’il y a maltraitance infantile quand un parent dénigre au quotidien son enfant, quand il l’humilie ? Ou bien faut-il qu’il y est des coups, des privations pour que la maltraitance soit observée et prise en compte ?
  • Est-ce qu’il y a violence / viol au sein du couple quand un conjoint reste silencieux des jours entiers, quand il quitte le domicile en pleine nuit, quand il rentre au matin et colle son corps contre celui de son épouse endormie et qu’il satisfait un besoin immédiat, sans lui demander son avis ? Ou bien faut-il des menaces, des insultes, des coups, des intimidations, des pressions, l’envie de nuire, de faire mal, pour que cela soit considéré comme un acte violent en soi ?
  • Est-ce qu’il y a harcèlement quand un enfant est la risée de la classe, quand on se moque de lui dans la cour de récréation, quand on lui déchire ses vêtements ? Ou bien faut-il qu’il soit tapé, tabassé, insulté sur Internet, racketté pour qu’on prenne en compte le danger ?
  • Est-ce qu’on doit faire une différence entre le deuil d’un enfant né et le deuil d’un enfant à naître ?

A partir du moment où le rapport de force est inégal, à partir du moment où un « non » est transformé en « oui » par je ne sais quel miracle, à partir du moment où une personne souffre, a mal, se perd, je considère que les cases n’existent plus, les définitions non plus. La vie prend le relais.

Je crois que nous devons arrêter de nous demander si nous sommes des statistiques, si notre situation nous place sous telle ou telle catégorie, sous peine de ne nous retrouver dans aucune. Nos vies et nos épreuves sont variées. Aucune ne ressemble à une autre. Aucune personne ne gère ses émotions, les épreuves de la même façon. Oui, il faut des lignes directrices pour nous aider à nous orienter. Mais arrêtons d’essayer de coller à une définition, qui au mieux nous donnera juste des mots pour faire face à nos maux et au pire nous confrontera au vide, au néant d’une situation que nous ne maîtrisons plus depuis longtemps, sans clés pour mettre un terme à notre lente, mais certaine, descente aux enfers.

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23 thoughts on “Des mots, des cases et nos vies

  1. Petitgris says:

    J’avoue n’avoir jamais songé aux statistiques. Quand ce fut insupportable car ma vie était en danger les gendarmes m’ont dit qu’il leur fallait du sang pour intervenir ! Ils sont quand même venus voir le lendemain si j’étais toujours en vie ! J’aime ton billet- réaction, chaque cas est unique ! Belle journée Marie Bisous

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    • Marie Kléber says:

      Les statistiques ne riment à rien Paulette. Un cas est toujours un cas de trop, quoi qu’il arrive. Merci et bon voyage!

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  2. sweetiejulie says:

    Le mal peut prendre tellement de formes différentes qu’il paraît difficile de poser une définition à chaque souffrance. Je crois qu’il y a une part de visible qui peut nous choquer et nous faire réagir et une part d’invisible qu’on peut décider d’ignorer. Laquelle laissera le plus de traces ? Les deux certainement… Quand je pense à la souffrance, je ne fais plus aucune différence. Je n’essaie même pas de définir. Aucune douleur n’est supérieure à une autre, car leurs effets sont dévastateurs. Tu peux être fière d’avoir écrit cet article hier, et être fière de celui que tu nous laisses aujourd’hui. Les maux sont universels, et pour chacun, une preuve que l’être humain faillit. Puisque nous sommes conscients de nos maladresses, de notre imperfection et du mal que nous pouvons faire aux autres et/ou dont nous pouvons être victime, pourquoi ne pas essayer de s’améliorer, d’éviter, et d’aider à réparer les corps et les âmes avec bienveillance et amour ?

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    • Marie Kléber says:

      Je crois en effet que chaque souffrance est unique Julie. Il n’y a pas de degré en la matière. Ta conclusion est parfaite ma belle.Bienveillance, lumière et amour. Oui à 100%

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  3. Céline Dehors says:

    Je redécouvre ton blog (je ne comprends pas, as-tu changé de compte sur HC pour que je ne sois plus abonnée ?), il est magnifique tel quel !
    Et quels mots je lis ici pour renouer avec tes articles. Très justes. Je réfléchis. J’ai manqué ton article précédent mais je ne manquerai pas de me rattraper en le lisant après coup.
    Je pense qu’il ne faut pas tant chercher à définir les bords des cases ni à mesurer les souffrances… Les mots ont déjà leur sens, nous n’avons pas besoin de dire qui ou qui a le droit de les utiliser.

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    • Marie Kléber says:

      Mille merci Céline. J’ai changé de compte HC, voilà pourquoi!
      Nous cherchons souvent à définir des situations / expériences qui nous angoissent mais la réalité est toute autre.

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  4. Catwoman says:

    Tes deux articles sont juste parfaits (je n’exagère pas). Tous les cas sont différents mais il y a violence quand un déséquilibre s’installe, quand une personne souffre à cause d’une ou plusieurs autres personnes. Quand un “non” est transformé en “oui”.

    Je ne vois pas comment on arrive à hiérarchiser les souffrances. Qu’est ce qui est le plus grave ? Ça dépend de comment la victime le vit, le ressent, surmonte, remonte …

    Je te souhaite une belle journée. Bises

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    • Marie Kléber says:

      Tu as totalement raison ma belle. Je crois en effet qu’il n’y a pas de degré dans la souffrance et que chaque émotion, chaque ressenti doit être pris en compte, que chaque déséquilibre est le signe d’un problème qu’il faut écouter et aider.
      Mille merci et bonne semaine.

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  5. escarpinsetmarmelade says:

    Tu as entièrement raison. Ces foutues cases sont une barrière. Surtout pour ceux qui sont spectateurs de cette violence. On n’ose pas agir ou réagir si ce qu’on entrevoit ne rentre pas dans ces fameuses cases: non, ce n’est pas possible que cet enfant soit maltraité, regarde, il n’a pas l’air si malheureux… Il faudra qu’il vienne agoniser sous nos yeux pour qu’on en soit sûr…
    Du coup, personne ne fait rien. On se rassure comme on peut en se disant que ce cas là ne rentrait pas dans la case maltraitance.

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    • Marie Kléber says:

      C’est tout à fait ça. Les cases nous rassurent mais nous empêchent aussi d’agir quand quelque chose nous dérange ou nous met mal à l’aise. Je crois qu’il faut essayer d’aller au-delà. Plus facile à dire qu’à faire…

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  6. Sophie says:

    Tu as tout à fait raison. J’ai mis du temps à savoir si c’était un viol ou non… mais pourquoi mettre un mot précis sur une souffrance. C’était une souffrance, c’était un non.
    Bises

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    • Marie Kléber says:

      Voilà je crois que parfois on essaye trop de faire coller nos expériences avec une définition Sophie. Ta souffrance était vraie et légitime. Peut importe de savoir si elle fait partie de telle ou telle case. Elle existe et c’est ce qui fait la différence. Merci et bonne soirée.

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  7. Esther Ka says:

    la société a besoin de “caser”, les êtres humains ne peuvent entrer dans des cases, chacun de nous sommes différents, quoique la société nous impose, le combat est de rester ce que l’on est…

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  8. PureNrgy says:

    Amen Marie! ♥ Il y a ce que l’on vit et comment on le vit, le ressent. Rien ne rentre dans une catégorie, définition… D’ailleurs, laissons les définitions aux théoriciens et vivons notre vie, selon nous, comme nous le ressentons et agissons à partir de là.

    Beau partage!

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    • Marie Kléber says:

      Je suis bien d’accord avec toi Héloïse. Chacun est différent et chacun vit les choses / émotions différemment. Mille merci ma belle.

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  9. ptitedelph says:

    C’est comme si les cases permettaient de mettre des mots de circonstances dessus, par la suite. Comme si ça rendait les choses plus simples alors que pour les personnes “casées”, c’est l’enfer, case ou pas. Mais c’est comme si les autres savaient quoi mieux faire (enfin ou pas…) pour telle case. Bisous ma Marie ❤

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    • Marie Kléber says:

      C’est tout à fait ça me belle Delphine, je crois que les cases rassurent les gens, mais comme tu dis les personnes “casées” vivent un enfer, car leurs émotions ne sont pas prises en compte. Grosses bises de nous deux. Et plein d’amour.

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  10. Miss Tamara says:

    Réflexion vraiment très pertinente, Marie ! Oui, il y a nombre de souffrances qui ne rentrent pas dans des cases… On touche ici les limites de la justice humaine, pas si juste tout compte fait… Je t’embrasse bien fort ma belle !

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    • Marie Kléber says:

      Chacun vit les mêmes épreuves différemment Karine. Les cases ne servent à rien quand le dispositif derrière ne suit pas…
      Merci pour ta compréhension et ta sensibilité ma belle.

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  11. unemamanparmidautres says:

    Il est douloureux ton article, il fait ressurgir des choses qui j’enfouis du mieux que je peux, mais il est plus que vrai.
    Les gens ont cette foutue tendance à analyser les faits, à jouer sur les mots. Si tu ne rentres pas dans ces cases, ta douleur est-elle pour autant moins importante? Et si on prenait plus en compte la souffrance des gens? Celle qui déborde, celle qu’on contient tant bien que mal, plutôt que de la minimiser à coup de : “lui, te violer? Non je le connais, il est pas capable de faire ça.” “C’est pas quelqu’un du genre à te lever la main dessus” et j’en passe…

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Un petit mot doux pour la route...

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