Une sombre histoire de devoir conjugal

Parfois elle souhaite en parler. Parfois pas.

Parfois elle ressent le besoin de partager ce moment, ces quelques minutes si douloureuses, cette lente agonie de la confiance qui se délite.

Parfois seulement.

Parfois elle se demande à quoi elle ressemblerait en face d’un homme, sans ses vêtements, pour cacher son corps.

Parfois elle craint cette intimité. Pourrait-elle encore se dénuder sans se sentir coupable ?

Parfois des flashs. Parfois elle s’en veut d’être descendue si bas.

Parfois elle a besoin de le crier. Et puis elle se tait. Ca cicatrice doucement à l’intérieur.

On dit que ces choses-là, ça relève du privé. On n’en parle qu’entre quatre murs. On n’ose pas, souvent.

Parfois elle a mal à ce corps qui réclame un peu de douceur, de tendresse, des marques d’attention.

Parfois elle a juste envie d’oublier. Elle désire rayer l’odeur de sa peau sur la sienne, le poids de son corps sur le sien.

Parfois elle se demande si c’est elle, le problème.

Au fond, ce n’est rien qu’une banale histoire de devoir conjugal.

Son absence de tact, son désir presque animal lui soulèvent le cœur.

Parfois elle se souvient. Puis oublie.

Elle se dit qu’avec beaucoup d’amour, elle viendra à bout de cette phobie.

Parfois elle pense à avant, avant lui, à sa liberté, à son corps libre osant dépasser les clichés.

Parfois elle se revoie avant tout ça. Qu’est-ce qui a cloché pour qu’en si peu de temps elle ait autant honte d’elle-même ?

Souvent elle n’y fait pas attention.

Mais quand elle pense à l’amour, au plaisir, au désir, à l’extase, elle se demande à quoi ça ressemble déjà, qu’est-ce que ça fait d’être aimée sans jugement, sans mensonge, sans ébats dégradants, sans envies là, maintenant, sans ménagement.

Parfois, elle pense aux autres. Comment font-ils ?

Parfois, elle se demande comment elle s’y est prise pour tout accepter, comment elle a accepté d’être à ce point utilisée ?

Parfois elle a envie d’en parler. Puis elle se tait. Elle ne sait pas par où commencer, comment le dire, sans choquer, comment écrire leurs corps enchaînés et son corps désarticulé.

Puis elle arrête d’y penser. Aller de l’avant. S’aimer.

S’en vouloir, lui en vouloir, n’y changera rien.

S’affranchir du néant. Enfin.

Elle le sait désormais.

L’avenir ne ressemblera pas au passé.

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Ceci est ma participation à l’Atelier des Jolies Plumes de Célie et Fabienne. Le thème de mars était Trahison.

Crédit Image – Eeuphoriaa Tumblr

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35 thoughts on “Une sombre histoire de devoir conjugal

  1. Petitgris says:

    J’ai connu ce devoir conjugal imposé, brutal, volé ! Je n’arrivais pas à concevoir une vie de couple en harmonie et douceur. Et pourtant le miracle s’est produit et la confiance s’est installée. Toujours garder espoir en l’avenir ! Bon mois de mars Marie bisous

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    • Marie Kléber says:

      C’est toujours doux de voir de belles histoires prendre forme, après de sombres années. Il existe des hommes droits Paulette.
      Mille merci et grosses bises de nous deux.

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  2. dhelicat57 says:

    C’est une certitude je te l’assure Marie l’avenir ne ressemble pas au passe car il est ce que tu en fera et peu a peu la confiance reviendra l’envie d’aimer aussi de nouveau! C’est ce que je te souhaite plein de bonheur pour un avenir rayonnant, bises

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    • Marie Kléber says:

      On a du mal à croire qu’on pourra à nouveau faire confiance et se sentir en sécurité Catherine. Mais tu as raison, nous créons chaque jour ce que nous souhaitons pour demain. Nous mettons à chaque instant un peu plus de lumière dans notre quotidien et l’obscurité diminue.
      Grosses bises et merci pour tout.

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  3. Catwoman says:

    Quelle expression horrible … mais malheureusement tellement à propos dans de trop nombreux couples. Comment en parler ? Telle est la question. Tu abordes ce douloureux thème avec une réelle douceur.

    Bises

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    • Marie Kléber says:

      Je crois que c’est le plus difficile ma belle, en parler. Car cela relève de l’intime et bien souvent, même dans nos sociétés, ce sujet reste un peu tabou pour beaucoup. Ce qui se passe à l’intérieur du foyer et encore plus ce qui se déroule entre les draps…
      Il reste des progrès à faire en la matière.
      Grosses bises et merci pour tes mots doux.

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  4. Sophie says:

    Ton texte raisonne tellement en moi, tu as mis des mots sur des sentiments que je n’ai dit à pratiquement personne. Maintenant c’est du passé, et que le présent est chouette !!!

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    • Marie Kléber says:

      Je crois qu’il est toujours difficile d’en parler Sophie. Tu as raison, ce qui reste au fond c’est la beauté du présent (même si on oublie difficilement le passé)

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  5. sweetiejulie says:

    Je ressens un profond dégoût pour cette expression dénuée de tout amour : “le devoir conjugal”. Cela me fait penser au droit de cuissage d’un seigneur sur les nouvelles mariées de son petit domaine. Comme un abus de pouvoir. Des frissons m’ont parcouru à la lecture de ce texte qui touche à un aspect bien sombre de la vie intime d’un couple. Quand les attentes et les désirs ne sont pas les mêmes, quand un corps prend possession d’un autre dans la mésentente et dans le désaccord. Le sujet reste tellement tabou que c’est un véritable poison qui s’infiltre dans les veines du corps malmené, une blessure profonde dans l’âme de la victime. Je devine entre les lignes ce que tu as vécu… Non, l’avenir ne ressemblera pas à tout ça. Il en faudra de la force, du temps et du courage mais quand ça ne peut plus durer, il faut réussir à sortir de tout ça. Je t’embrasse fort, tout en douceur.

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    • Marie Kléber says:

      Je n’aime pas le terme non plus Julie. Il ne cadre pas avec l’amour tel que je l’entends, tel que nous l’entendons.
      Nous avons fait des progrès, mais certaines choses stagnent. On porte ça en soi comme un secret honteux. Pourtant je pense que cette réalité concerne de nombreuses femmes encore aujourd’hui. Les femmes gardent encore trop en elles. La peur du regard des autres, du jugement. C’est dommage. Je crois qu’il faut arriver à briser cet énième tabou, pour libérer les femmes et leur offrir l’opportunité de mener une vie sexuelle harmonieuse.
      Merci pour le partage de ton ressenti ma belle sur ce sujet brûlant.

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      • sweetiejulie says:

        Je ne dénigre aucunement la libération sexuelle de la femme, son émancipation mais je trouve que ça a fait des dégâts. On en arrive à des comportements d’une telle perversion parfois, juste parce qu’on est censé être libre de faire ce qu’on veut de son propre corps ? Notre corps ne nous appartient plus, certains et certaines font le choix de tellement le donner aux autres qu’il n’a plus aucune valeur. La violence devient normalisée, sauf que le corps a une mémoire. Les personnes sensibles qui souhaitent faire des choix différents pour leur vie intime sont alors montrés du doigt… C’est un énorme tabou que la sexualité et l’intimé dans un couple.
        Je m’éloigne peut-être du sujet de ton article mais j’ai cette certitude que tout est lié. Qu’à la décadence et les mœurs “libertines” succèdent des personnes qui souffrent dans leur chair et ne peuvent en parler…

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      • Marie Kléber says:

        J e crois qu’on a libéré la parole sur ce sujet. Et je suis assez pour. Mais comme tu le dis bien, à partir du moment où nous faisons des choix différents par rapport au courant de pensée “général”, nous sommes montrés du doigt. Ce qui n’est pas normal. Du coup les personnes sexuellement libres en parlent sans se poser de question. Tandis que celles qui souffrent d’une vie sexuelle vide et tourmentée gardent cela pour elles. Et ce qui devrait être naturel devient tabou. On a du chemin à faire sur cette question…La lutte continue…

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      • sweetiejulie says:

        Un long chemin… mais je crois que nous pouvons agir pour que le silence se lève. Je pense qu’on sous-estime le nombre de femmes (et d’hommes) qui peuvent souffrir de tout ça. Quand nous brisons le silence sur nos propres vécus, c’est peut-être un signe encourageant pour celles et ceux qui n’osent croire qu’un jour ils auront la force de raconter leur histoire. En parler est pourtant nécessaire pour guérir.

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  6. Pidiaime Piwo says:

    Le viol au sein du mariage est tabou, justement à cause de cette expression, qui remonte à une époque révolue mais pourtant encore bien d’actualité pour certain-e-s. On peut penser que c’est normal, de se soumettre à ce “devoir”. On se sentirait pointé du doigt s’il n’avait pas lieu. Et pourtant, rien dans cet acte ne renvoie à la vérité de l’amour. Ce genre de texte contribue à briser le tabou, merci Marie. La description ultraréelle du ressenti fait froid dans le dos.

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    • Marie Kléber says:

      Merci Pidiaime. Il faut en parler, même si c’est dur, même si c’est soit disant “privé”.Personne ne devrait “devoir” avoir un rapport sexuel. L’amour et la sexualité d’ailleurs ont avoir avec le partage, le respect, l’échange mutuel.
      Merci pour ton soutien dans cette démarche.

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    • Marie Kléber says:

      Des choses douloureuses Christine. Je me demande si on arrive à oublier un jour…pour de bon. Je t’embrasse et te souhaite une belle soirée.

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    • Marie Kléber says:

      On tait encore trop de choses par peur du regard et du jugement des autres. Ce n’est pas si facile de parler des méandres de sa vie intime, surtout quand celle ci ne nous inspire que mal être et dégoût. Merci d’avoir lu ce texte, pas facile à digérer. Bonne journée!

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  7. archiaccess says:

    Tes mots nous emportent, Marie. J’ai du mal à trouver du sens à ces mots “devoir conjugal”. L’amour ne doit pas être un devoir. Mais comme tu le dis, ca existe et c’est bien triste et douloureux.

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    • Marie Kléber says:

      J’ai du mal moi aussi. J’ai l’impression que ces mots appartiennent à une autre époque Elodie.
      La réalité est tout autre et il s’agit d’un moyen de pression encore utilisé de nos jours pour faire plier le conjoint non consentant. Triste réalité ma belle.

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  8. zenopia says:

    Que dire ? que les mots sont importants lorsque les mentalités ne suivent pas… Malheureusement, Marie, j’entends et je lis chaque jour des remarques qui me rappellent que le poids de ce fameux devoir conjugal n’est que banalité pour beaucoup… Parfois pour des femmes, souvent des hommes… Gros bisous ma Marie ❤

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    • Marie Kléber says:

      C’est horrible de se dire qu’on en est encore là au 21e siècle Cécile. Petit à petit, peut-être aider les femmes (ou certains hommes) à se confier sur un sujet si délicat.
      Je t’embrasse moi aussi et bonne journée!

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  9. http://missfujii.over-blog.com/ says:

    Le viol conjugale, n’a rien à voir avec de l’amour ou avec une relation sexuelle souhaitée. L’homme qui viole sa partenaire, ne cherche pas à faire l’amour, ni même à assouvir un désir sexuel : il veut dominer, faire mal, humilier et avilir.

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  10. ezellega says:

    Le texte et très beau, très fort et évoque beaucoup de choses… Mais il faut avoir en tête que l’amour peut être quelque chose de très beau, le bon moment, le bon partenaire, avec la confiance, la tendresse, l’écoute, le plaisir partagé … Même si on en doute parfois, ça existe… 🙂 belle journée

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    • Marie Kléber says:

      Je garde cela en tête. Je ne perds jamais espoir, je travaille sur moi, pour pouvoir rencontre l’autre dans la confiance, la tendresse, l’écoute…comme tu le dis si joliment. Merci et très belle soirée!

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  11. ptitedelph says:

    J’ai eu beaucoup de mal à lire, parce qu’au delà de ce terme aux conséquences désastreuses pour une femme, je sais qu’Elle n’est pas si loin en gros… et j’ai mal pour Elle ❤ Mais je suis sûre qu'on peut faire à nouveau confiance à quelqu'un qui sait se montrer aimant, doux, patient et à l'écoute. Et surtout attentif aux signes qui peuvent montrer que certaines choses réveillent trop de souvenirs et savoir s'arrêter dans ses gestes sans avoir besoin de parler et justifier pendant des heures

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    • Marie Kléber says:

      Merci ma toute belle. Mais Elle sait que le passé est derrière et que la prochaine histoire sera respectueuse et belle. Je t’embrasse très affectueusement.

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    • Marie Kléber says:

      Toujours de l’espoir Karine.Nous ne sommes pas notre passé. Et l’avenir est ce que nous en faisons. Grosses bises et merci.

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Un petit mot doux pour la route...

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