Accepter de ne pas tout contrôler & Lâcher-prise

Elle regarde par le balcon. Les arbres dehors frissonnent sous l’assaut du vent. L’automne s’installe, de plus en plus doucement au fil des ans, laissant le temps à chacun de s’habituer aux jours qui rétrécissent, à la fraîcheur qui cueille à vif au petit matin. Elle regarde les arbres perdre leurs feuilles. Dans quelques jours, on verra à travers, et elle n’aura plus à se pencher pour apercevoir un bout du soleil derrière la masse compacte verte. Quand elle surprend une feuille s’envoler, elle s’arrête un instant, contemple sa chute vertigineuse. La feuille semble paisible, comme si elle avait accepté depuis longtemps sa destinée.

Ce matin elle s’est encore brouillée avec Léon. Rien n’y fait. Elle n’arrive pas à passer outre son mauvais caractère, ses idées bien arrêtées sur tout. Elle est pourtant pleine de bonnes intentions le matin au réveil mais tout s’effondre rapidement. Léon ne semble pas comprendre pourquoi elle s’énerve de la sorte, pour un rien. Ils n’ont pas la même conception des choses, voilà tout. Il faudrait pouvoir faire avec, lâcher prise, regarder la situation de l’extérieur et ne pas prendre la mouche dès que Léon fait, maladroitement, une réflexion. Toutes les réflexions de Léon semblent remettre en cause ce qu’elle est, comment elle vit, comment elle pense. Et son manque de confiance n’arrange rien à la situation, elle en a pleinement conscience.

Elle doit bien l’avouer, ils sont tous les deux têtus. Et si elle abdique, très souvent, c’est pour avoir la paix. Tandis qu’à l’intérieur d’elle, ça bouillonne, elle est dans tous ses états et elle part souvent furieuse, laissant la porte claquer derrière elle, derrière Léon encore tout contrarié.

1fd41aa28b36c991e9aa217a643a5415_resized

En contemplant la nature ce matin, elle se dit qu’il y a certaines choses qu’il faut savoir accepter dans la vie, certaines situations que nous n’avons pas le pouvoir de changer. Si on ne les accepte pas, elles finissent par nous pourrir l’existence, pour rien. Elle se dit que Léon ne changera pas, pas pour elle en tous cas. Elle se dit que c’est à elle, de faire le chemin, pas pour lui, pour elle, pour son bien-être personnel au quotidien.

Elle comprend soudain qu’elle a le contrôle, que tout dépend de sa façon de percevoir les personnes, les expériences. C’est déjà plus rassurant que de se dire que rien ne changera car Léon semble avoir été créé pour lui pourrir l’existence et qu’elle n’a aucun pouvoir d’inverser la vapeur. Elle ne sait pas comment elle va s’y prendre, ni comment elle va arriver à dépasser tout ça, mais elle sait qu’il est temps d’essayer, temps de se lancer dans ce nouveau chantier.

Advertisements

36 Comments

  1. pidipiwo says:

    La première phrase du dernier paragraphe résume l’essentiel à mes yeux 🙂

    Liked by 2 people

    1. Marie Kléber says:

      Quand on comprend qu’on n’est pas victime, tout peut changer, tout devient possible. Merci ma belle!

      Liked by 1 person

      1. pidipiwo says:

        ni victimes, ni responsables des actions des autres 😉

        Liked by 1 person

  2. Wondersissi says:

    Ou alors, elle peut prendre sa valise, laisser là ce grincheux et partir un week end avec des copines… Ou partir tout court! 😉

    Liked by 1 person

    1. Marie Kléber says:

      Tout à fait d’accord avec toi ma belle. Sauf si Léon est son père et qu’il est toujours sûr d’avoir raison!

      Like

      1. Wondersissi says:

        Ah oui…. Alors la, c’est un peu compliqué en effet….. 🙂

        Liked by 1 person

  3. missfujii says:

    Détachement, sérénité et acceptation voici le secret du lâcher prise. Arrêter de chercher la solution à l’extérieur, chez l’autre. la solution est en nous. Accepter que l’on ne peut pas changer l’autre et réaliser que l’acceptation n’est pas de la soumission, car l’acceptation conduit à la paix intérieure. Bien souvent le résultat s’apparente au miracle….

    Liked by 2 people

    1. Marie Kléber says:

      L’acceptation, une étape si importante et un cap si difficile à franchir Sabine. Comment procède t-on face à des deuils douloureux, face à la maladie, la mort?
      Merci pour tes mots qui font réfléchir.

      Like

  4. Loreleï says:

    j’ail’impression d’avoir déjà été à la place de ton héroïne de nombreuses fois dans le passé 😉
    C’est très bien écrit, comme toujours!
    bizz miss marie

    Like

    1. Marie Kléber says:

      Merci Loreleï. Je crois qu’on a tous des Léon dans notre vie, certains qu’on peut quitter, d’autres avec lesquels on doit “faire avec”.
      Des bises et belle semaine.

      Liked by 1 person

  5. mylenemuller says:

    C’est tellement bien écrit… et parfois – souvent – des histoires parlent mieux que de longues théories… tu as très bien résumé là quelques chose que j’ai mis 10 minutes à expliquer dans une vidéo:-)))

    Liked by 1 person

    1. Marie Kléber says:

      J’aime découvrir les mêmes messages sous différentes formes Mylène. Une parle plus ou moins aux autres et le but c’est de toucher, d’aider l’autre à avancer..Je vais aller voir ta vidéo!

      Liked by 1 person

  6. J’ai les larmes aux yeux en lisant ton dernier paragraphe.
    Je crois que je n’ai pas encore totalement fait ce chemin de rupture, de lâcher prise avec Big, meme si ca va faire 3 ans en Novembre…..
    Merci pour ce magnifique texte. Je le relirais demain encore et encore.

    Like

    1. Marie Kléber says:

      Le deuil prend du temps Carrie. Pas facile d’arriver à lâcher, à accepter de perdre le contrôle, pas facile d’accepter une situation douloureuse. A chaque jour suffit sa peine. Et doucement tu avances vers un mieux être. Courage.

      Liked by 1 person

      1. J’espere, meme si c’est tres lent je trouve.

        Like

  7. fedora says:

    Le lâcher prise est essentiel… C’est tellement difficile d’y arriver, de faire ce travail sur soi pour vivre sereinement… Je tente, je teste, la route reste longue… Bisous Marie

    Liked by 1 person

    1. Marie Kléber says:

      Comme toi je tente, j’avance mais que c’est dur Fedora!
      Grosses bises et merci pour ton soutien.

      Like

  8. Voilapapa says:

    Tiens, tiens, même en tant que mec, j’ai l’impression d’avoir déjà ressenti ça quelque part 😉

    Like

    1. Marie Kléber says:

      J’ai écris mon histoire au féminin mais c’est valable pour tout le monde, pour tout type de relation d’ailleurs! Merci

      Liked by 1 person

  9. Etranges ces petits signes de la vie. Tomber sur ce texte lorsque le contrôle est au coeur de mes préoccupations. Effectivement : tout dépend du point de vue. Merci Marie

    Liked by 2 people

    1. Marie Kléber says:

      Contente que ces mots aient pu t’apporter quelque chose. Le contrôle je connais, et pas facile de laisser glisser quand on a l’habitude de tout gérer et vouloir gérer aussi. Merci à toi et bonne continuation!

      Liked by 1 person

      1. oui ! le pire c’est de se poser la question : où puis-je lâcher prise ? Quel bastion je peux abandonner ? C’est juste parfois inconcevable…

        Like

        1. Marie Kléber says:

          C’est une réflexion houleuse avec nous même en effet. Où lâcher-prise? Quand? Comment?
          Sur des sujets sur lesquels on sait qu’on n’a aucune marge de manœuvre peut-être…

          Liked by 1 person

          1. C’est aussi une question d’angle. Il y a pls degrés de lâchers prise. Mais effectivement contrôler c’est se sécuriser mais est-ce être libre et heureux ?

            Liked by 1 person

  10. Miss Tamara says:

    On ne peut pas modeler l’autre selon notre bon vouloir pour lui donner la forme exacte dont on rêve, on ne peut qu’essayer de s’emboîter l’un à l’autre sans trop de bleus… Apprendre à se supporter, à s’aimer malgré tout est un travail de chaque jour une fois passée la passion. Mais cela en vaut la peine car la vie de couple réserve encore plein de surprises… Très beau texte ma belle ! Je t’embrasse.

    Like

    1. Marie Kléber says:

      Dans un couple, j’imagine que les choses se font au fur et à mesure Karine. Avec de l’amour, tout est possible. Mais entre parent et enfant, je trouve çà très compliqué, car on ne va pas à la même vitesse, on n’a pas les mêmes idées, les mêmes projets.
      Mille merci ma belle et douce semaine à toi.

      Liked by 1 person

  11. petiteyaye says:

    gros défi, mais belle philosophie !

    Like

    1. Marie Kléber says:

      Enorme défi Petite Yaye. Après deux pas en avant, j’ai déjà l’impression d’en avoir fait 4 en arrière!

      Like

  12. Je n’avais jamais considéré le fait de laisser l’autre “avoir raison” comme une force mais plutôt un signe de lâcheté (je fuis le conflit); je l’ai jusqu’à présent toujours fait pour ne pas me lancer dans une dispute sans fin qui de toute façon finirait par me laisser un sentiment de culpabilité,
    Mais je sens que ton texte m’entrouvre une nouvelle façon de voir les choses….
    Merci Marie pour tout ce que tu nous apporte…
    Bon week-end,
    Linette

    Like

    1. Marie Kléber says:

      Je déteste le conflit moi aussi Linette. Parfois il est impossible d’entamer une discussion avec quelqu’un, parce que l’autre personne n’est pas prête à écouter, elle reste sur ses positions. Ce que l’autre vit on ne le sait pas, on ne connait pas pourquoi il pense comme ci ou comme ça. Alors parfois il faut laisser couler et accepter ses propres limites.
      Contente que ce texte te parle et t’aide.
      Je t’embrasse

      Liked by 1 person

  13. aldoror says:

    Accepter de “faire avec” ce qui est plutôt que de regretter ce qui n’est pas, pour parler comme Arnaud Desjardins.

    Liked by 1 person

    1. Marie Kléber says:

      Très juste.

      Like

  14. Sur cette question du bonheur personnel, je viens de poster un article sur lequel j’aimerais avoir votre avis : https://jeanpaulgalibert.wordpress.com/2015/10/12/pouvez-vous-faire-votre-bonheur-vous-meme/

    Like

  15. Sophia says:

    J’aime beaucoup ce billet, qui me révèle que je ne me connais pas en fait. Je ne sais pas si je lâche prise ou pas. Des fois, je me rends compte que je suis énervée pour quelque chose qui m’indiffère au fond. Quand je suis concentrée sur ma discipline, rien ne compte. C’est dans ces moments que je suis la plus heureuse. Douce semaine à vous deux. 🙂

    Liked by 1 person

    1. Marie Kléber says:

      C’est important d’avoir un endroit, un espace dans lequel on se sent en harmonie Sophia. Est-ce du lâcher prise ou une manière de prendre sur soi pour gérer telle ou telle chose? J’ai du mal à faire la différence moi aussi.
      Je t’embrasse et te remercie pour ta présence.

      Like

  16. Miss K'ty says:

    on est nombreux à avoir un Léon, passer la porte est un grand pas, nous ne sommes pas responsables des actions des autres, seules nos actions personnelles peuvent nous mener vers l’avenir que nous choisissons.

    Liked by 1 person

Comments are closed.