Papa, Inch’Allah!

Si tu étais là, près de moi, je te dirais quoi?

Je te donnerais de nos nouvelles. Je te dirais que je grandis bien sans toi. Je te dirais sûrement que j’ai des tonnes de choses à te raconter mais que je ne sais pas par où commencer. Je te dirais que je suis heureux. Mais pas tous les jours. La vie ce n’est pas le monde des « Bisounours » papa. Je suis petit mais j’ai déjà compris ça. D’ailleurs des « Bisounours », tu ne sais pas à quoi ça ressemble, je ne sais pas pourquoi je te parle d’eux alors, peut-être parce que j’en ai retrouvé deux cet été dans le grenier. Maman m’a laissé les toucher. Ils étaient encore bien doux.

Je te dirais que maman me fait rire. Je crois qu’elle riait un peu avec toi aussi mais son rire s’est vite fané. Je ne sais pas pourquoi et si je te demandais, tu ne me le dirais sûrement pas. Est-ce que tu le sais vraiment ? Est-ce que tu la connais vraiment, ma maman ?

Maman me parle de toi, me montre des photos. Je sens bien qu’elle le fait pour moi, pour garder le contact. Mais qu’à chaque fois, un peu moins avec le temps, son cœur se serre à l’évocation d’un quelconque souvenir de votre passé commun. Elle me raconte des histoires de ton pays et de ta religion aussi. Si tu voyais ça, tu n’en reviendrais pas.

Et puis on chante beaucoup avec maman aussi. J’aime la voir heureuse. Quand j’étais dans son ventre, je sentais bien que quelque chose clochait. Mais elle s’accrochait. Et moi aussi. J’avais décidé de vivre.

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Au début je ne te voyais pas. Et puis j’ai commencé à te voir, quatre heures par mois. J’ai beaucoup pleuré au début. Et puis je me suis habitué à quitter la main de maman pour passer deux heures avec toi, deux samedis par mois. Quand je sortais de la visite, j’étais toujours barbouillé de chocolat et j’avais des paquets plein les bras. J’étais content de retrouver maman mais un peu triste de te voir partir loin, sans moi.

J’ai des copains et des copines à la crèche qui ont leur papa et leur maman. Alors parfois je ne comprends pas pourquoi pour moi ce n’est pas pareil. Maman me dit que c’est une histoire de grands, qu’en grandissant je comprendrais mieux. Je la crois. Elle me dit aussi qu’elle fait tout ça pour me protéger. De quoi ? C’est dur pour moi de me dire que toi, mon papa, tu pourrais faire quelque chose qui rendrait maman très malheureuse. Mais bon, les grands c’est compliqué. Moi, je préfère de loin, serrer mon doudou dans mes bras, quand j’en ai gros sur la patate, quand ça ne va pas.

Depuis le début de l’été, je ne te vois plus. Tu me téléphones tous les samedis et j’entends le son de ta voix. Mais je ne te parle pas. Et quand je te parle tu ne comprends pas. Ta langue et la mienne sont différentes. Ce n’est pas facile papa. Maman est de plus en plus à l’aise avec toi. Elle en a fait du chemin, tu sais. Elle t’en veut moins ou bien elle est passée à autre chose. Elle regarde vers l’avenir en ce moment et je peux te dire que je suis rassuré.

C’est bizarre papa, tu ne m’appelles jamais par mon prénom. Tu dis « habibi » à la place. Je ne comprends pas pourquoi. Mais une fois de plus, il doit s’agir d’affaires de grands. Je ne m’en mêle pas. L’autre jour je t’ai chanté une chanson, tu as eu l’air d’apprécier. Mais tu as dû dire de drôles de choses à maman après car en raccrochant elle n’était pas très contente. Tu as le don de la mettre en colère, plus que moi parfois. C’est étrange, tu n’es plus un petit garçon, papa.

Je pourrais t’en dire encore, te dire que Nana et tonton m’adorent, que Didi et Dada m’entourent de plein d’amour, que toutes les amies de maman sont mes tatas, que j’ai deux arrière-grands-mères complètement gaga ! Dans ma chambre, il y a un pêle-mêle de photos que maman a fait quand j’étais petit. Il y a une photo sur laquelle je ne reconnais personne. Maman me dit qu’il y a ta maman et d’autres « tatas », qu’un jour on ira là-bas elle et moi. Je crois que tu lui as déjà demandé de m’emmener pour les vacances et qu’elle ne veut pas. Elle ne cédera pas. Tu crois parfois qu’en étant gentil, elle va finir par dire oui. Moi, je peux te dire qu’elle est douce maman, mais qu’elle ne rigole pas. Quand elle dit « non », elle si tient. Même si après je me roule par terre et que je crie, que je tape. Rien n’y fait.

A la fin, je finis dans ses bras. Elle me dit qu’elle m’aime et que rien ne nous séparera. J’ai bien conscience d’avoir le droit à un traitement de faveur.

Voilà Papa. Tu connais un peu de ma vie, moi rien de la tienne. J’espère qu’un jour tu me la raconteras. Rien que la vérité, d’accord. Sinon je risque fort de t’en vouloir. Ce serait dommage.

Comme on dit chez toi papa, Inch’Allah !

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51 thoughts on “Papa, Inch’Allah!

  1. magnifique ce billet si emouvant! j’adore l’idee que tes amies soient plein de Tata pour ton escargot… que de choses manquees par son papa, mais l’escargot a une super maman dont il peut etre fier! bisous a vous deux

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    • Mais quand les papas ne sont pas à la hauteur, on fait sans, n’est ce pas Catherine! Merci et bises de nous deux.

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  2. Superbe Marie….c’est beau ce que tu fais pour ton fils, pour maintenir le lien, malgré tout…il ne pourra jamais t’en vouloir pour ça et un jour il voudra sûrement connaître la vérité, ru n’auras rien à te reprocher…par rapport à mon billet de l’autre, dans ta situation, la super maman, c’est toi, pas de doutes là -dessus! Je t’embrasse

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    • Merci Cristina. Je pense que c’est important pour mon fils de savoir d’où il vient. Mais bon je ne peux pas tout faire, ni prendre la place de son père.
      Je t’embrasse fort moi aussi.

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    • Merci Laurie. C’est fou les choses qu’on a envie de dire aux absents, qu’ils soient partis ou qu’ils soient loin de nos vies.

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  3. Un texte si fort en émotion …
    En fait, là, je ne sais pas quoi dire, car j’ai le cœur serré …
    Je t’embrasse Marie (… tu remues beaucoup de choses en moi)
    Très douce soirée à toi
    *****
    Christine

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    • Je comprends que ce texte n’est pas facile pour toi Christine, sans connaître ton histoire. Douces pensées et merci de m’avoir lue.
      Prends soin de toi.

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    • Les papas qui ne sont pas là, c’est souvent plus ou moins la même histoire et même si on ne veut plus rien à voir à faire avec l’homme, on regrette un peu le papa… Bises Rachel.

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