Libre et Libérée

C’était facile pour elle de croire à l’amour, au bonheur.

Alors que moi, ma vie s’effritait à longueur de journée. Je perdais chaque jour la notion des heures, du temps qui passe, des sentiments qui se moquent bien de savoir si j’encaisse, si je m’en sors. J’attendais un coup du sort pour me sortir de mon mutisme, du silence qui pesait sur ma vie, qui prenait l’eau de toute part. J’affichais complet à toutes les séances, terrassée par des émotions absurdes. Je me voyais étendue sur un lit d’hôpital, enfin sereine et à l’abri, phénomène étudié par tous les médecins du pays – la fille qui s’était pris les pieds dans un piège à souris. A la différence près que le fromage avait un goût rance. Pourtant je ne pouvais détourner mes yeux de lui, j’en abusais jusqu’à en être écœurée. Je quémandais un peu d’air, comme asphyxiée pas mes pensées et un quotidien qui me poussait au bord du précipice.

Pour elle ce n’était pas si facile. Pour moi, c’était presque impossible. Il fallait que je m’en sorte. Mais comment ? A quel prix ?

Sur ma carte d’identité, la photo était moche. Le nom était celui d’un autre. Je ne l’aimais pas. Ni lui. Ni son nom. Je voulais m’en affranchir, une bonne fois pour toute. Je voulais retrouver ma place, mon authenticité. J’avais tout perdu en route. J’étais esquintée, abîmée. J’avançais telle une somnambule.

Le petit coup de pouce tant attendu ne venait pas. Ou bien mes yeux trop habitués à la pénombre ne distinguaient plus la clarté. J’hésitais. J’avançais. Je reculais. J’étais sur un fil, tendu entre deux immenses building. Je regardais en bas, ça me donnait le vertige. J’osais un regard vers le haut et je perdais mon équilibre. Attention colis fragile. J’étais bien en chair et en os mais j’avais l’impression que mon corps était fait de verre, que je pouvais casser à tout instant, que mon sang pouvait couler à flots sur les carreaux blancs et inonder ma maison.

Je tâtonnais, incapable de me poser, de savoir où j’allais, comment j’allais m’en sortir surtout, incapable de réfléchir, de prendre une décision, de savoir si j’allais prendre la bonne. Je regardais ma vie prendre un sale virage, un de ceux qui laisse le corps anesthésié, sur le bas-côté. De toute façon j’étais presque morte.

Quand on me demandait mon nom, je balbutiais, je perdais mes moyens. Est-ce que j’existais encore ? Je me faisais l’impression d’être devenue une ombre, une ombre errante, un fantôme fait de papier. Au moindre souffle du vent, je m’envolais, je disparaissais de la surface de la terre. Mon humanité s’était fait la malle le jour où j’avais été tentée par le fromage, dont la promotion m’avait vanté les mérites. C’était bon pour ma santé. C’est ce qu’il disait. Mais en fin de compte ça me bouffait de l’intérieur.

Et puis un soir, debout dehors, sous la pluie, la lumière m’a éblouie. Elle a mis feu à mon corps et mon corps s’en est sorti. Quelque chose en moi s’est réveillé. J’avais un nom et un prénom. J’étais vivante. Mal en point mais vivante. J’ai rebroussé chemin, sans me retourner. Ma vérité s’écrivait loin de lui. Son amour ne servait à rien, puisqu’il m’oppressait, qu’il me réduisait à néant, qu’il m’avait fait perdre contact avec ma réalité, mon humanité.

J’ai repris la main sur mon destin. J’ai découvert en moi des ressources insensées, un pouvoir de vie que j’avais sous-estimé. Je n’avais plus rien mais j’avais tout gagné.

Et aujourd’hui je peux enfin l’écrire, je suis une femme libre et libérée.

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Mon texte, mi-fiction, mi-réalité s’est imposé pour le thème de l’Atelier des Jolies Plumes de ce mois, organisé par Célie (http://missblemish.fr/) et Fabienne (http://www.jaiecrit.com/):

“Quête d’identité – Votre personnage va vivre une expérience qui va révéler un aspect de sa personnalité, de son identité qu’il ne connaissait pas lui-même. Quelle est cette expérience ? La vivra-t-il seul, accompagné ? Que va-t-elle changer dans sa vie ? A vous de nous raconter !”

Si vous voulez rejoindre l’Atelier, vous pouvez vous inscrire à l’adresse suivante:
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24 thoughts on “Libre et Libérée

    • Marie Kléber says:

      Tout à fait Paulette. Je n’ai pas eu à me poser 36 questions. Le courage paye toujours Paulette et une fois qu’on a retrouvé notre liberté, on savoure botre victoire. Tu le sais aussi bien que moi. Merci et grosses bises

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    • Marie Kléber says:

      Merci Christine. Une fois que le chemin est fait, quel soulagement. Nous sommes nombreux à connaître cette dépendance, cet emprisonnement. Quand on s’en sort, on peut être fier de soi. Mille merci et belle journée à toi.

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    • Marie Kléber says:

      Merci ma belle Karine. C’est un soulagement pour moi aussi. On y arrive toujours. Je t’embrasse et te souhaite de passer une jolie journée (à l’ombre si possible)

      Liked by 1 person

    • Marie Kléber says:

      Mille merci. Ca coulait presque de source, mais il fallait trouver le ton. Heureuse qu’il soit si juste (on peut vite tomber dans le pathétiqe!!)
      Bises à tous

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    • Marie Kléber says:

      Merci beaucoup Rachel. Le thème ne pouvait que me conduire sur ce chemin là. Belle et douce journée à toi.

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Un petit mot doux pour la route...

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