Devenir mère…

Dire.

Dire les choses.

Même celles qui choquent.

Et celles qui font mal.

Les dire.

Les sortir de soi.

Pas si facile.

Mais si nécessaire.

Encore une fois.

 ***

J’ai eu du mal à l’accepter dans ma vie. Cet enfant, j’avais choisi de l’avoir. C’était un choix à deux. Et puis un soir, la phrase de trop, celle qui dit « je pars, tu te débrouilleras toute seule avec l’enfant ». Une phrase en l’air. Suivie de d’autres phrase choc, des phrases qui sont venues détruire le peu de force qu’il me restait.

Et un aller simple hors de l’enfer. Est-ce qu’il me trompait ? Je n’en sais rien. Est-ce qu’il passait vraiment toutes ces soirées dehors avec ses copains ? Je n’en sais rien. Est-ce que les préservatifs dans son portefeuille c’était vraiment juste pour faire plaisir aux copains ? Je n’en sais rien.

Moi je suis partie à cause des mots durs, des rêves brisés, des menaces, du ciel qui se voile et devient trop noir. Je suis partie pour échapper à un destin qui m’aurait suicidée. Et qui aurait brisé notre enfant.

Je nous ai sauvés. Mais à quel prix ?

Repartir de rien. Sans logement. Sans travail. Sans vêtement à me mettre sur le dos. Juste des larmes et ce bébé au fond de moi, qui bouge et me rappelle qu’il va falloir le mettre au monde et l’élever. Seule.

Tout ce qui pouvait m’aider à reprendre contact avec mon bébé, ils l’ont fait. Mais tout était une torture. Faire la chambre, poser le lit et le berceau. J’ai pleuré. L’échographie. J’ai pleuré. La visite de la maternité. J’ai refoulé mes larmes et j’ai éclaté en sanglots à l’abri des regards, dans les bras de ma mère, fragile et inconsolable.

Et puis l’autre avec ses promesses et ses menaces, l’autre qui venait souiller mes faibles forces et efforts pour refaire surface. L’autre qui pensait que sa seule présence pouvait apaiser ma peine. Alors que c’est lui qui avait provoqué ce chagrin immense, lui l’instigateur de haine, lui qui avait proféré ces menaces, qu’aucun vent ne pourra jamais balayer.

Et l’enfant est né. Moment magique. Unique. Rien d’autre n’existait. Lui et moi. Et puis les mois ont passé, j’ai fait face. La séparation, l’éloignement. C’était comme si on me volait une deuxième fois mon enfant. Cinq lunes sans lui. Cinq lunes sans moi. Et toutes ses premières fois se sont faites sans moi, moi qui gardais le cap, qui ne pleurait plus, qui avançait parce que c’était vital, encore une fois.

Un jour nous nous sommes retrouvés tous les deux. L’angoisse. Que faire de ce petit homme-là ? J’avais peur de mon enfant. J’avais peur de moi. Peur de ne pas bien faire. Peur de lui faire du mal, sans le vouloir. Quand je refermais parfois la porte derrière moi le matin, en le laissant aux bons soins de ses grands-parents, je me disais que je pouvais partir, que je ne lui manquerais pas, que les autres l’aimaient mieux que moi. Je pensais que je pouvais m’évanouir dans la nuit, que ça ne changerait rien, qu’il serait plus heureux sans moi.

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Est-ce qu’on doit penser des choses comme ça ?

Quelle maman toutes ces pensées faisaient de moi ?

Un jour. Un mieux. Tous les deux, nous rions ensemble, nous faisions les pitres. Il était heureux et j’étais bien. Il aura fallu deux ans pour que je trouve ma place de maman, que je comprenne qu’il fallait en parler, pour ne plus porter cela comme un poids lourd, que ma culpabilité ne servait à rien, que la vie est ainsi faite. La maternité est un chamboulement important dans une vie et tout ne se fait pas si naturellement que ça pour tout un chacun.

Au fond: accepter que je ne suis pas une mère parfaite, que je suis une femme avec ses forces et ses faiblesses avant d’être une maman, qui toujours grandit et se cherche.

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14 thoughts on “Devenir mère…

  1. Il faut dire que ton parcours ne t’a pas non plus aidé Marie, alors j’espère juste que c’est un constat et que tu ne te reproches rien de ces deux années où tu as fait de ton mieux. J’aimerai aussi écrire un article sur ce sujet mais je ne sais pas si j’aurai la force, c’est éprouvant. Je vous embrasse très fort !

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    1. Je ne me reproches plus rien Petite Yaye mais ça a été difficile d’en arriver là. Ecrire fait du bien mais c’est vrai que c’est dur et que ça remue bien. Si ça t’aide fais le. Sinon ne t’imposes rien. Tu as assez de choses à gérer au présent ma belle. Grosses bises à vous deux et mille merci!

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  2. Que tes mots sont lourds, Marie. C’est sans doute une bonne chose de les avoir laissés sortir pour qu’ils cessent de t’empoisonner. Personne n’est parfait. Ce qui compte c’est de faire du mieux qu’on peut et d’avancer. Je suis sûre que tu es une super maman 🙂
    Bises

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    1. Merci beaucoup Marie. Peut-être que la remise en question m’aide encore une fois à y voir plus clair et avancer. C’est lourd mais ça sort. Douces pensées!

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  3. On reste humaine… la perfection n’existe pas et il n’est pas souhaitable qu’elle existe… Ton parcours, c’est un peu (beaucoup) le mien… on en ressort plus forte… ❤

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  4. Je n’ai pas le même parcours que toi et pourtant, combien de fois me suis-je dit qu’ils seraient peut-être mieux sans moi ? Combien de fois ai-je eu envie de tout plaquer et de me barrer ?

    Alors, non, ne t’en veux pas, c’est normal et humain. Tu avais été détruite, tu avais besoin de te reconstruire. Tu as eu une force extraordinaire, tu es une super maman.

    Bises

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    1. Pour être franche tes mots me rassurent. Etre maman c’est extra mais bien compliqué parfois. On se sent vite dépassé surtout quand tout le reste va de travers.
      Mille merci pour tes mots qui me font du bien. Je t’embrasse fort.

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  5. Une chose que je trouve très belle, c’est qu’il n’y a pas de mode d’emploi fourni avec le bébé lors de l’accouchement 🙂 Alors c’est vrai, parfois on se dit que ça rendrait bien service quand même, surtout dans des moments un peu déroutants (quand un enfant décide de TOUT jeter par terre par exemple ou encore de renverser son assiette d’ananas sur la table ;)) mais c’est aussi ce qui rend l’aventure de la maternité aussi chouette je pense : il n’y a pas de carte, il faut tatonner, on fait des erreurs, on revient en arrière, on a sans arrêt l’impression de se tromper… mais toujours avec beaucoup d’amour. Tu ne dois pas t’en vouloir car au vu de tout ce que tu as vécu, de toutes ces blessures si intenses et de ta grossesse mouvementée, je t’assure que tu as fait du très bon boulot. Je ne connais pas un seul parent qui n’a pas eu envie à un moment de sa vie de laisser ses enfants sur une aire d’autoroute et de partir à fond la caisse sans se retourner !! L’essentiel c’est de ne pas céder à la tentation… ahah ! Tu es une merveilleuse mère ma Marie, je le sais parce que j’ai toujours raison (et surtout parce que j’ai eu la chance de le voir ♥ ♥ ♥). Mille bisous à vous deux.

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    1. Merci ma belle. Tu trouves toujours les mots pour me rassurer. Tu as raison c’est ce qui rend l’aventure périlleuse mais très belle aussi. Nous nous réinventons chaque jour et nous grandissons avec nos enfants. Parfois c’est douloureux et parfois c’est merveilleux.
      Je t’ambrasse fort et t’envoie de douces pensées de nous deux.

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  6. Tu es parvenue à un équilibre Marie c’est le principal, tu n’as rien à te reprocher tu es une maman qui a vécu de difficiles moments et ce n’est déjà pas si simple d’être une maman alors dans les circonstances douloureuses il faut aussi trouver le chemin qui laisse la place à cet amour que lon ressent pour ce petit être que l’on a mis au monde… Îl te fallait survivre et être aidee était important pour ne pas sombrer tu es une super maman on sort toujours grandie de ces épreuves plein de bisous

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    1. Merci Catherine. Avec le recul, je prends conscience du chemin parcouru et de tout ce à quoi il a fallut faire face en si peu de temps. Aujourd’hui je m’impose moins de règles, je me laisse davantage le temps pour gérer les moments difficiles, je me dis que j’apprends chaque jour, et que mon enfant m’aide aussi à grandir.
      Grosses bises

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    1. Pas simple Christine en effet, surtout sur des sujets si délicats. Mais cela aide à avancer. Merci mille fois pour tout.

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Un petit mot doux pour la route...

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