Le cadre photo

Je l’avais placé sur un piédestal.

Etait-ce pour oublier le mal qu’il me faisait ?

Ou pour me convaincre que c’était moi qui n’allait pas ?

Ou est-ce lui qui m’a laissé imaginer qu’il n’était pas l’homme qu’il était mais bien celui qu’il disait être ?

C’est en parlant de cadre photo hier que je me suis posé la question. Ce cadre, mes parents nous l’avaient offert pour notre mariage. Lui, les cadeaux de mariage, il s’en fichait. Il disait que rien n’était à lui. Sauf moi.

J’aurai pu y mettre une photo de nous deux ou une photo de mariage. Et non, c’est un de ses portraits que j’avais placé sous le verre, un portrait pris à la terrasse d’un café, un soir où nous n’étions pas d’accord sur quelque chose, un soir où il avait pris un air grave et au cours duquel j’avais à peine réalisé que si je n’adhérais pas à son discours, je ne méritais pas son amour.

Son portrait a trôné dans notre salon jusqu’au jour où tout a dérapé et où j’ai caché le cadre. J’aurai pu juste enlever la photo et en mettre une autre. Je crois qu’il venait de descendre de son piédestal, qu’il était devenu humain. En l’espace de quelques secondes le mensonge qu’était devenu ma vie m’a explosé au visage.

Il s’est fait passer pour quelqu’un qu’il n’est pas. Et dans ma grande naïveté, j’ai pris ses silences pour de la discrétion, son égoïsme pour une grande sensibilité, son mépris pour une incapacité à exprimer ses sentiments. Je l’ai transformé à ma guise pour pouvoir supporter l’insupportable.

Le 14 mars est passé sans que je m’en rende compte. Le 16, j’ai réalisé que ce jour de rencontre était derrière moi. Je me suis dit que c’était la première fois que j’avais si bien encaissé le coup. Pas sûr. L’angine, la grippe, c’est aussi je crois mon corps qui craque sous le poids de tous les efforts qu’il a fallu faire jusqu’à aujourd’hui pour ne pas faiblir, même une seconde, ne pas flancher, ne pas regarder en arrière, garder la tête haute, reprendre confiance, reconstruire, tout recommencer, ne pas avoir peur de l’avenir, ne pas le détester, pour rester fidèle à moi-même, à mes rêves et à mes envies.

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9 thoughts on “Le cadre photo

  1. Que de chemin parcouru depuis cette prise de conscience 🙂 Si dans ce cadre tu mettais l’innocence de ton petit escargot en compagnie de la femme épanouie que tu as réussi à redevenir ? Bisous Marie

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    • Le cadre est resté derrière, c’est sûrement mieux ainsi. J’en ai de nouveaux, pour notre nouvelle vie Paulette!
      Grosses bises et merci

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  2. Ne jette pas je cadre il est précieux cadeau de tes parents d’abord puis souvenir de cette force qu’il t’aura fallu pour combattre et redevenir la belle personne que tu étais et que tu es Marie … le corps parfois donne des signes comme cela il faut aussi les écouter bises

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Un petit mot doux pour la route...

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